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Foetus › Love

cd | 10 titres

  • 1 (Not Adam)
  • 2 Mon Agonie Douce
  • 3 Aladdin Reverse
  • 4 Miracle
  • 5 Don't Want Me Anymore
  • 6 Blessed Evening
  • 7 Pareidolia
  • 8 Thrush
  • 9 Time Marches On
  • 10 How To Vibrate

line up

J. G. Thirlwell (tout ou presque), Kurt Wolf (guitare), Pamelia Kurstin (thérémine), Christian Gibbs (guitare), Jeff Davidson (trompette)

Musiciens additionnels : Jennifer Charles (voix sur "Thrush")

chronique

L’Amour. Il est comme une fleur carnivore qui nous cueille puis nous dévore. Une douleur qui jaillit au plus profond de nos corps. Il attend notre mort. L’amour. Il nous saigne à vif, nous donne des ailes puis nous brûle en dedans. L’amour. Il est ce fruit de l’abandon, cette ivresse des chairs et cette peine des cœurs quand les viandes se détachent. L’amour. Aaah, l’amoooouuuur ! Jim n’en n’a pas beaucoup parlé avant. Lui, il préférait la folie. Mais finalement, quand on y regarde bien, l’amour, la folie, se sont deux états très proches, ils se confondent même souvent, quand la passion atteint son pic, quand l’osmose engendre la violence, quand les amants s’entretuent enlacés. L’amour est souffrance et soumission. Jim le sait, et lui seul pouvait faire un disque sur l’amour de cette manière : avec une perversité non feinte, un vice savoureux, le tout injecté comme du curare dans une symphonie grandiose. Savamment orchestrée, comme un grand festival hollywoodien. A cause des orchestrations qui surgissent tout à coup. A cause des cuivres et des violons surpuissants, brisant l’intimité créée entre lui et nous, puis retombant soudain. Un blizzard symphonique. Des grosses explosions à la John Williams. Mais surtout, du clavecin. Beaucoup de clavecin. Du clavecin partout. Comme du foutre partout. Jim chante par-dessus. Lentement souvent, comme sur les litanies visqueuses et langoureuses que sont "Don’t Want Me Anymore" et "Pareidolia". Il y’a évidemment ce parfum de romance folle… Jim a décidé de la jouer Sinatra à sa façon, voilà. Avec génie. Et puis il a gardé sa passion pour les musiques de cinéma, celle qu’il a exploitée à fond avec Steroid Maximus et sur Gash, celle qu’on entend dans les passages instrumentaux et qui est très présente ici. Jim s’essaie à une soul endiablée sur "Miracle", avec refrain terrible à la clé. Plus tard, il invite un végétal empoisonné sur "Thrush". Jennifer + Jim = sensualité. Pulsation lente. Outrage sexuel, patient, tortueux, sinueux, la moiteur féminine dans tout ce qu’elle a de plus vénéneux, additionnée au souffle du maestro. C’est beau et ça suppure. Ailleurs, Jim se permet un passage survitaminé façon cartoon, farandolant et excité avec sa voix nasillarde sur "Time Marches On" (and on and on and on and on and on). Ailleurs encore, et pour un des plus beaux moments, il chante dans un français dégueulasse sur la berceuse / valse – on ne sait pas très bien – "Mon agonie douce". Jim y est superbe, en vieux bluesman pervers (ignoble salopard ?), féroce et bouleversant quand la ritournelle s’emballe et se dérobe, jusqu’au bout du bout, jusqu’à ce que le cœur explose. A en chialer avec un couteau dans la bouche. Sur "Aladdin Reverse", il fait monter la tension, exploser les cuivres majestueux, puis laisse jaillir de grosses guitares qu’on croirait sorties de chez Marilyn Manson. Douce ironie. Sur "How To Vibrate", il atteint son climax, possédé, maléfique. Sa voix passionnée et protéiforme rampe comme un aspic à l’intérieur de ces dix ramages harmonieux. Elle envenime les tissus, malaxe les cavités, caresse les cartilages et s’insinue dans les veines et les artères. Jusqu’au cœur. Rien ne parle aux jambes dans ce disque, ou si peu. Pas comme sur les albums d’avant. Non. Ici, tout s’adresse au cœur, absolument tout. Cardiaque, névrosé mais construit de main d’orfèvre, Love est un album baroque et élégant, dégoulinant de perversité, mais aussi subtilement vicié par son joaillier. Entre Disneyland et la cellule capitonnée. Il n’a pas recours à la violence, mais à de fluides progressions, insidieuses et viles, pour nous séduire. Avec Love, Jim a mis au monde sa plus belle plante carnivore. Une fleur haute en couleurs. Une belle petite saloperie. On la regarde, et puis on a irrésistiblement envie de tremper ses doigts dedans. C’est chaud, c’est doux, et sous la carapace si verte, c’est rouge, plus rouge encore que le sang… On trempe ses doigts dedans. Et puis on fini par se faire bouffer. Dévoré par l’amour.

note       Publiée le jeudi 17 avril 2008

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Scissor Man › dimanche 30 octobre 2016 - 19:00  message privé !

Le meilleur album de Trent Reznor ! Ah ! Ah !

Jim_Aloku › samedi 23 août 2014 - 14:43  message privé !

"on dirait gunter" Gunter? Le mec qui chante "you touch my tralala?" Sinon, pour revenir sur l'album, mention spéciale à "Don't want me anymore". Dat spleen.

Procrastin › vendredi 12 août 2011 - 23:49  message privé !

J'ai découvert par celui-ci, coup de foudre!

Note donnée au disque :       
heirophant › lundi 8 juin 2009 - 13:57  message privé !

ultra kitsch, on dirait gunter, et la voix de thirlwell est ici carrément insupportable!

Lord Tom › mercredi 20 août 2008 - 17:03  message privé !
Du (très)bon Foetus mais trop de clavecin tout de go, et puis Jimmy a les défauts de ses qualités vocalement, un grower mais il a fait mieux.