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Mano Solo › Je sais pas trop

cd • 12 titres • 39:20 min

  • 1Te souviens-tu ?
  • 2Les fées
  • 3La Liberté
  • 4Sens-tu ?
  • 5Le drapeau
  • 6Ça n'a pas marché
  • 7Janvier
  • 8Il m'arrive encore
  • 9Que reste-t-il à vivre ?
  • 10Je suis venu vous voir
  • 11C'est plus pareil
  • 12Novembre

line up

Edouardo Lubo, Gratine Bisquay (violoncelle), Felipe Canales (contrebasse), Jean-Louis Solans (guitare), Pascal Reva (percussions), Sandrine Bijon (piano), Kropol (trombone), Dzong-Antoine Pham, Nedim Nablantoglu (violon), Philippe Laugier (violon alto), Mano Solo (voix, guitare)

remarques

chronique

Styles
chanson

Mano Solo est une méprise. Un malentendu entretenu par ceux qui sont justement censés l'écouter, vous savez, ceux que l'on croise dans notre adolescence, les zazous, les baboss, avec parfois des dreadlocks, souvent des cheveux sales, des habits à rayures avec beaucoup de couleurs, qui jouent souvent du djembé le soir au coin du feu, et qui ne jurent que par La Rue Kétanou, les Ogres de Barback ou, pire encore, les Têtes Raides. Tout ces gens vaguement identifiés qui nous ont un jour parlé de Mano Solo, Le Maître, l'Idole, sans que pour autant nous n'en ayons jamais entendu la moindre note, lors de ces soirées au THC (on ne boit pas, c'est mauvais) chez l'un ou l'autre de ces zazous baboss souvent issus de la petite bourgeoisie avec maison de vacance sur la côte de la Vendée, passant allègrement tout un pan de la musique chanson française jusqu'à écœurement lors des jonglages du combo bâton du diable + diabolo. Mais pourquoi diable (coucou) ce fameux Mano Solo n'est-il point le camarade de nos soirées ? Longtemps j'ai refusé la réponse, délit de sale gueule, amalgame, la totale. Et puis un jour je suis tombé, par hasard (oui, par hasard) sur l'un de ses morceaux les plus célèbres, « je suis venu vous voir », sur une compilation quelconque que j'ai depuis oubliée. Dès l'intro du titre, sa percussion de marche funèbre, ses cordes qui arrivent, au couteau, j'ai tout de suite compris pourquoi on ne mettait jamais, JAMAIS, du Mano Solo en soirée. Ce seul titre passera au moins deux cents fois dans le mois. Les paroles, si noires (Je suis venu vous voir avant de partir, Y'avait personne, ça vaut mieux comme ça, Je savais pas trop quoi vous dire, Croyez pas que j'vous abandonne même si encore une fois, Je vous laisse le pire), cette voix, putain, cette voix, la voix de la rage du désespoir, des dernières forces de la dernière bataille, cette voix qui hurle sur une espèce de musique péplum de la fin du monde d'un homme, cette voix tremblante comme un corps qui perd la vie, comme un corps à bout de souffle, voix de punk romantique, de chèvre qui refuse de suivre le troupeau, voix pied-de-nez éternellement juvénile et excessive du titi emmerdeur sur les quais de la Seine, une clope un béret un crachat une chaparde un sida. Mano Solo dérange comme un Misérable joué par des marionnettes malsaines russes en bois du début de siècle. « Je sais pas trop » est peut être bien l'album le plus abyssal de Mano, ne vous laissez pas aveugler par le dixième titre dont je vous ai parlé plus haut. Album testament, enregistré live, ode à la mort, en ses variations intimes. « Te souviens-tu ? » est la plus belle chanson qu'on puisse chanter à sa mère, des regrets de devoir la laisser derrière nous, avec notre père, seule ; « les fées » est un cauchemar éveillé au fond du couffin ; « la liberté », un des « tubes » de l'album, avec sa guitare flamenco, sa gloire à la vie, à la mort, c'est la même chose (« J'ai vécu si fort que j'ai tué ce corps, fondu désintégré en plein élan, comme une statue éphémère en suspend dans l'air ») ; « le drapeau », putain, ce truc est tellement noir que je ne sais même pas quoi en dire, j'en ai des frissons rien que de m'en rappeler – parce que je n'ai pas besoin d'écouter ce disque pour vous en parler, il fait parti de moi depuis l'année 2002 – Mano a souvent cet effet, celui de faire parti de nos vies à peine rencontré, comme un mec bourré le soir, dans un bar, trop collant, collant jusqu'à toujours. Qu'on soit un baboss, un zazou, ou complètement autre chose, Mano s'en branle, il chante pour ce que nous partageons tous, pour ces choses universelles, pour nos peurs, nos amours, nos échecs, ils les prends avec lui et les emmènent loin, loin au fond (“Les gens m’aiment parce que j’ai mal, et les gens m'aiment parce que je suis triste, et les gens m’aiment parce que je meurs à leur place en quelque sorte »). Itinéraire vertical qui vient percuter nos trajectoires paraboliques pour retomber de plus belle sous son propre poids entre les planches d'un cercueil. L'orchestre joue, la boule au ventre. Les larmes se mêlent aux rires, sans être tout à fait certain si c'est la vie qui donne du sens à la mort, ou bien l'inverse. On s'en fout.

note       Publiée le jeudi 25 juin 2015

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maouel › vendredi 26 juin 2015 - 02:05  message privé !

huhu, ce début de chro me rappelle tellement de (trop) nombreuses soirées qui m'ont complètement dégoutées de tous ces groupes. Mais Mano Solo je l'ai découvert bien avant ça avec les parents qu'étaient fan. Bon à l'époque c'est mal passé, faut dire qu'en boucle (là encore vive l'overdose), en voiture sur la route des vacances, quand t'as 12-13 ans, tu satires assez vite. Finalement j'y suis revenu quelques années plus tard avec plaisir et c'est l'un des rares chanteurs francophones que j'écoute. J'aime beaucoup cet album mais j'ai quand même une préférence pour la marmaille nue et surtout son projet Frères Misères un poil plus punk

Thomas › jeudi 25 juin 2015 - 16:35  message privé !

Je ne connais pas tout de Mano Solo (faudra penser à réparer ça) mais une chose est sûre, celui-ci est rempli de frissons, un disque à fleur de peau.

Shelleyan aka Twilight › jeudi 25 juin 2015 - 08:57  message privé !
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Quelle magnifique chronique, ça donne envie d'essayer en tout cas