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Run-D.M.C. › Run-D.M.C.

cd • 9 titres • 39:30 min

  • 1Hard Times
  • 2Rock Box
  • 3Jam-Master Jay
  • 4Hollis Crew (Krush-Groove 2)
  • 5Sucker M.C.'s (Krush-Groove 1)
  • 6It's Like That
  • 7Wake Up
  • 830 Days
  • 9Jay's Game

enregistrement

1983, Greene Street Recording.

line up

Run (MC), D.M.C. (MC), Jam-Master Jay (DJ)

Musiciens additionnels : Eddie Martinez (guitare sur "Rock Box")

remarques

La réédition récentes contiennent, entre autres bonus, un live brutal et minimal de 1983, "Here We Go", qui peut être entendu comme la base rugueuse de tout le rap.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
new school

Je perds la boule ? J'y peux rien : ce son me fait la tête au carré. "Est-ce que ça a vieilli ?" Je sais pas... est-ce que le carré a vieilli ? Essaie pas de clasher Mondrian, homie. En général ceux qui parlent des vieux Run-DMC nous font tout un cinéma sur l'influence historique et tout le tintouin, je n'éviterai du reste pas totalement cet écueil, mais je me concentrerai surtout sur le son, dont cette pochette résume assez bien la matière brute (on sera accessoirement libre de relever le signe de la main fait par D.M.C.) Ceux qui risquent de tiquer sur la présence dans nos pages des célèbres noirs à chapeaux de même couleur sont probablement restés sur leur médiocre tube MTV avec les glamouzes éphébophiles hystériques, ou leur promo totalitaire pour la marque à trois bandes. Point de tout ça ici : on cause musique pure, tas de pixels. Les trois bandes c'est deux MC's plus un DJ, OK? Et elles te transforment en chaussure humaine. En brique tetris d'homme. On va à la source brute pour comprendre l'évolution du moteur à explosion, et je peux t'aider si tu le souhaites : [D] pour Définition, [M] pour Mécanique, [C] pour Contrôle. Do you Me Comprends ? Run, maintenant : le beat est ton bitume. Inutile de parler des albums qui viendront après, pures variations FM de ce primordial et minimal assaut : tout est là. L'electro-funk, qui était cool au sens de sympa, devient le hip-hop, cool au sens de froid. Ecoutez ou réécoutez le premier Run DMC, et, si vous n'êtes pas de mauvaise foi avec le pixel qui gronde en vous, vous admettrez que ce hip-hop ultra-basique et froidement rythmique du premier album purement hip-hop jamais créé (1984 !) est autant à sa place dans nos pages que n'importe quel album de vieille EBM. En tout cas plus qu'un paquet de disques bien chaleureux de jazz ou de funk qui sont passés sans hoquet ! Run-D.M.C. ça n'est pas du tout chaleureux : c'est la machine hybride qui a plongé le funk dans un bain d'azote, l'a figé en micro-bloc. Run-D.M.C. c'était un son FROID, jamais compacté de la sorte avant dans le funk, ni même dans l'electro-funk. Rythmiques solides, reverb de cave en hiver, scratches radicaux, samples de respirateur artificiel, couplets croisés qui sont pure matrice des Beastie Boys... et de tout ce qui suivra. La datation par carbone 14 révèle une date qui tourne plus ou moins autour de Tchernobyl. Grandmaster Flash ? Bambaataa ? Hybrides brouillons. Run DMC = la cold wave du funk. Qu'on se le tienne pour brique. La machine glaciale à beats frigidaires de Jam-Master Jay faisait toute la différence. Les flows des deux MC's, évidemment très rudimentaires avec le recul, n'avaient qu'un intérêt purement secondaire, comme un insert humain dans la machine. L'intérêt venait des beats du DJ Master Jay : descentes de toms et frappes de droïde forgeron, final purement turntablism qui reprend des bouts de l'album, greffés-déformés. Le sampling hard rock ne servira plus à rien après "Rock Box" où la guitare n'est pas samplée d'un tube de chevelus mais jouée live : tout est là. Même si c'est cheap. Une puissance binaire-cheap, voilà, et souvent magnétique, m'en soit témoin le flippé "Wake Up" et son arrière-goût de tube pour abri nucléaire. Le hip-hop en 1984, avec ce son nouveau, était une des musiques les plus expérimentales qu'il soit possible d'entendre sur les ondes. Un genre de disco qui fait pas danser. On est à l'opposé du hard FM ou de la new wave qui n'a alors plus rien à voir avec ce qu'elle désignait à l'origine : ce premier Run DMC, c'est un son de container portable, a.k.a. ghettoblaster, le gros appareil à musique que les déclassés portaient sur leurs épaules comme des bûcherons leur tronc. Un feeling Casio. Ultra-minimal. C'est comme ça, et c'est comme ça. Zéro couleur : le hip-hop en noir et blanc. Binaire. Terminatoresque. "Sarah Connor ?" BEAT ! Hors "Rock Box", Run DMC n'étaient pas pop lors de leur entrée sur wax : juste le hip-hop de manufacture vide des années 80, le hip-hop qui pue le vieil ordinateur Atari, la disquette de jeu, le Minitel carré. Le hip-hop nouvelle école, enterrant les résidus retro-futuristes du funk à gonzesses des beaux gosses afros dans le son du Futur devenu Présent. Aussi rudimentairement cold en matière de rap que ce skeud, à part peut-être Radio de LL Cool J, je vois pas... Le jeu vidéo a Tétris, le rap a le premier Run DMC. Et le premier qui vient me dire que Tetris c'est pas sombre et expérimental, je le marave avec une brique !!!

note       Publiée le mercredi 29 avril 2015

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nicola › mercredi 29 avril 2015 - 20:43  message privé !

Ha oui, merci.
Il faut dire que le rap et moi, ça fait au moins deux.

torquemada › mercredi 29 avril 2015 - 19:43  message privé !

Non c'est Public Enemy (dramatiquement absent sur ce site) avec "She Watch Chanel Zero" qui sample "Angel Of Death". Le lien Slayer / Run DMC, c'est Rick Rubin.

nicola › mercredi 29 avril 2015 - 19:40  message privé !

Ce n’est pas Run DMC qui utilise des samples de Slayer ?

Seijitsu › mercredi 29 avril 2015 - 17:26  message privé !

La chro est excellente mais elle se plante sur un point: Walk This Way n'est pas médiocre ;)