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Cynic › Kindly Bent to Free Us

cd | 8 titres | 41:52 min

  • 1 True Hallucination Speak [06:03]
  • 2 The Lion's Roar [04:35]
  • 3 Kindly Bent to Free Us [06:27]
  • 4 Infinite Shapes [04:57]
  • 5 Moon Heart Sun Head [05:21]
  • 6 Gitanjali [03:58]
  • 7 Holy Fallout [06:35]
  • 8 Endlessly Bountiful [03:56]

line up

Paul Masvidal (chant, guitares, claviers), Sean Reinert (batterie), Sean Malone (basse, chapman stick)

remarques

Bonus track sur l'édition deluxe, "Earth is My Witness" de son petit nom. Sinon l'album est sorti le jour de la Saint-Valentin, si c'est pas un signe ça ?

chronique

Styles
jazz
metal
heavy metal
progressif
Styles personnels
prog-metal fusion sensodyne

J'adore Cynic. Cynic fait partie des groupes dont j'absorbe insatiablement la substance, que j'avale par mon esprit avec la passion religieuse d'un Ch'kéen en attente de l'Union, et sans jamais questionner sa place de néo-pape du monde libre. J'ai adoré Focus, comme tout le monde évidemment. Mais ensuite j'ai adoré Traced in Air, ce qui est déjà moins évident. Et quand pour finir j'ai même fait tourner Carbon-Based Anatomy en boucle pendant un bon mois à sa sortie, je me suis dis que vraiment, y'avait des questions à se poser. C'est mon con de cerveau qui doit faire des petits dans mon dos, et ses petits pendant la nuit se prennent de réarranger mes synapses, préalablement grillées par des écoutes trop répétées de Killdozer. Et à force de lire des bouquins pendant leur temps libre, les petits se sont aussi amusés pour la frime à tisser un extralobe cérébral, qui développe des goûts douteux, et m'attire fatalement et contre mon gré vers les pires horreurs enfantées du jazz-fusion crème Dubarry (ou du techno-prog de patates douces frites) que je voudrais jamais voir passer, avec délectation encore moins, dans mes esgourdes. J'ai pas hâte, vraiment. Et croyez combien j'aimerais mieux m'enfoncer dans le grindcore sardonique plutôt que de me laisser hypnotiser par ce genre de trucs avec l'incrédulité malsaine d'un pré-ado devant un burlesque show steam-punk. Mais faut bien s'assumer à un moment, on a qu'un corps pour y vivre. Et justement c'est tout le talent de Cynic, qui déjà à l'époque s'autoproclame révélateur de nos goûts les plus inavouables. Ainsi le vocodeur, qu'on croyait auparavant tout juste bon à commander une boîte de 21 nuggets au McDrive en rentrant des courses. Ou plus insidieusement le synth-sound au sirop d'érable éventé, celui dans lequel il ne reste que la longueur d'huile de foie de morue, et les quelques cristaux de sucre confis d'amertume, mais plus rien de bûcheron ni de friandise. Kindly Bent to Free Us (KBFU), s'il a un truc c'est qu'au moins on peut en parler calmement, sans excitation ni dans un sens ni dans l'autre. L'euphorie de la reformation est passée. Le line-up s'est stabilisé autour du trio de la mort Reinert / Masvidal / Malone. Traced in Air, huit ans après, a eu le temps d'être relégué aux oubliettes (éventuellement en même que temps le groupe) par les anciens addicts les moins adeptes du darwinisme adaptation & survival. Et les Cynic pour la peine n'ont plus d'autre souci à se faire que de savoir exactement où ils veulent aller, sans se poser les questions existentielles qui pourraient (Dieu s'en fait garde) ramener le groupe à l'éclatement. Les plus allergiques peuvent d'emblée être rassurés dans leur dégoût : rien n'a foncièrement changé ici depuis Traced in Air, qui s’avérait avec le recul bonne profession de foi, et non égarement fortuit. Et c'est bien parti pour durer comme ça autant que ça durera, même, au moins. Surtout qu'ils ont l'air -plus que jamais- d'être devenus les pires perfectionnistes qu'on ait connu, les Cynic. Si on prend KBFU, il marche aux riffs renouvelables, polis et repolis, passés par 300 fois dans leur éolienne de salle de répèt, jusqu'à atteindre enfin le voltage nécessaire. Et ses arrangements à KBFU, merde, mais les mecs, on est plus dans l'architecture à ce stade là, on est carrément dans la domotique. Quand t'appuies sur un bouton à un bout de la pièce t'as trois volets mécaniques qui viennent faire disparaître le jour avec le grâce descendante silencieuse et molletonnée d'une ballerine hémiplégique. Les cinquante spots halogènes du salon passent d'une seule voix en lumière tamisée. Scène. Les gosses filent au lit de leur plein gré en te souriant en plus un "bonne nuit papa, je t'aime" avant de prendre l'escalier. Adorables. Et on te sirote les $20 par mois avec une telle douceur dans le confort Total Recallien que même l'abonnement prend des allures de don charitable en vertu du bien-être mondial. Au début je voulais renvoyer quelques noms pour recadrer : Holdsworth, Weather Report, Dream Theater, voire Coroner période Grin... mais j'ai rapidement abandonné l'idée. Déjà parce que je finis toujours par en mettre un à côté, dans les tirs groupés de tête (hop, tu peux être sûr que là encore, ça a pas loupé), et surtout parce que c'est rendre bien peu hommage aux côtés infalsifiablement crème de jour de KBFU. À ce stade de cosmétique, je pense d'ailleurs que Season of Mist, déjà trop habitués à tester leurs anti-cernes sur des lapins de laboratoire, ont même dû à un moment exiger qu'on aille expérimenter ça sur les mecs d'Against Nature, voir si ça leur inspirait bien le minimum syndical de trois ou quatre albums dans le trimestre dont ils ont besoin pour valider un disque. Le heavy-prog de Cynic, restons courtois, est devenu tellement liquide que même un lait de coco fini par tourner d'embarras à son écoute. Avec ses trois modes de cuisson différents (en répet, en studio, chez l'auditeur) il rend un goût de plat exotique luxueusement mijoté un soir de semaine, et sans regret d'avoir attendu que ça fonde jusqu'à 23h30 en se gavant au mélange de fruits séchés et jus de litchi avant, tellement qu'il sirupe. Les riffs metal, c'est sûr cette fois, c'est plus leur cuisine à Cynic. Ils s'en servent tout juste comme manique pour pas complètement se cramer les mains. Mais en fait ça sert à rien, leur tambouille doit être servie tiède comme c'est écrit dans la recette. Le metal, ça leur vient plus comme une incontrôlable érection nocturne que comme une envie de baiser, désormais. Cynic est devenu un groupe relax, qui donne envie de s'allonger dans un hamac et de regarder les airbus passer en imaginant la coupe des costards des cadres à bord, et la marque de leurs laptops. Cynic c'est devenu un Repka invité sur un plateau de TF1, gominé et sélectionné pour faire la future com' de chez Nivéa. Mais pour autant, oui ça s'enfile toujours. Ça s'enfile comme une paire de chaussettes repassées, dont on ne découvre l'intérêt que le jour où on s'y met. Ça s'enfile comme une soirée en tête à tête avec la trop séduisante BFF de sa femme, qui vient sans arrière pensée vous aider à planifier votre demande en mariage. Ça s'enfile comme une page météo présentée par Louise Bourgoin, complètement absorbé par le sex-appeal de l'engin. Cynic, ça fait maintenant un moment qu'ils écrivent plus des disques en fait : ils écrivent des avions. Dans leurs morceaux en fibre de carbone, y'a pas un pèt' de travers. Tout est parfaitement équilibré, et trace l'azur sans faute de goût. Même les hôtesses de l'air sont sur leur 31. Il n'y a plus cette nécessité d'un riff miracle pour sauver un morceau qui tourne en rond, ça se tient et ça trouve son chemin tout seul, par GPS. Et même le chant, effet d'ultime repoussoir, depuis qu'on a eu le temps d'en analyser toute l'asexualité il vient avec le dessert, pour diluer ses vapeurs de cerise confite avec une industrialité toute rafraîchie (Bardamu qui s'enfile des boîtes de tomates pêlées, vous vous souvenez ? Tout juste), tout prévenant envers votre ventre déjà trop rond et plein. Et voilà. Mais comme j'aime bien finir mes chroniques sur une métaphore douteuse, je vous offre la dernière, qui devrait donner une bonne vue d'ensemble : KBFU, c'est la saveur des aubergines cuites vapeur et synthétisées dans des tubes à destination des astronautes de l'ISS. C'est tellement condensé de nutrition que j'en oubliais presque la note tiens : mon cerveau a pas encore tout à fait fini de faire des petits.

note       Publiée le mardi 8 avril 2014

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Consultant en informatique › mardi 17 mai 2016 - 21:40  message privé !
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S'il y'en a que ça intéresse, en ce moment Season of Mist bradent les Cynic. Celui-là osef mais sur Traced in Air et Carbon-based Anatomy y'a quand même quelques morceaux qui méritent de dépenser une thune ou deux.

Richter › samedi 19 avril 2014 - 19:44  message privé !

Je trouve le résultat assez moyen. La voix claire de Masvidal est remplie d'effets pourris. Autre souci, l'enchainement des titres. Sans queue ni tête. On passe d'un The lion's roar infâme (à part la basse bien présente) à un Kindly bent to free us absolument génial. Déception !

Note donnée au disque :       
Powaviolenza › samedi 19 avril 2014 - 12:24  message privé !
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je note pas ce disque car je n'aime que moyennement le cynic ressucité, mais j'ai trouvé le premier titre qui a tourné ("lions roar") très bon, on aurait dit du failure/cave in avec de la basse fretless et des paroles à la adventure time (!!?). après le reste m'a emmerdé.. mais j'y reviendrai.

Sirius › mardi 8 avril 2014 - 16:38  message privé !

Ce margoulin a réussi l'exploit de me faire lire jusqu'au bout la chro d'un disque dont je me bats l'oeil. Chapeau !

saïmone › mardi 8 avril 2014 - 16:12  message privé !
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Cette chro, non mais merde !