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Denez Prigent › Me 'Zalc'h Ennon Ur Fulenn Aour

  • 1997 • Barclay 539254-2 • 1 CD

cd • 12 titres • 75:20 min

  • 1An Droug-Red06:29
  • 2An Hentoù Adkavet05:43
  • 3Copsa Mica (Lodenn 1)04:03
  • 4Copsa Mica (Lodenn 2)04:27
  • 5Brall Ar Rodoù04:35
  • 6E Trouz Ar Gêr04:35
  • 7Ur Fulenn Aour04:44
  • 8Kereñvor05:52
  • 9An Iliz Ruz04:54
  • 10Al Lagad Foll04:42
  • 11Ar Wezenn-Dar07:25
  • 12Ar Rannoù17:04

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Denez Prigent, Arnaud Rebotini et Jean-Marc Illien

line up

Denez Prigent (chant), Arnaud Rebotini (programmation), Valentin Clastrier (vielle électroacoustique), Jean-Marc Illien (orgue Hammond, Rhodes, programations), Bruno Le Rouzic (biniou bras, biniou kozh), Kristen Nogues (harpe celtique), Jacques Beauchamp (bombarde), Bruno Caillat (percussions), Loïc Bléjeant (uilleann pipe), Cédric Berneau (scratchs)

Musiciens additionnels : Ludmila Dimova (chant 3, 4), Ivelina Baltcheva (chant 3, 4), Elena Bozova (chant 3, 4)

remarques

chronique

Styles
world music
electro
jungle
Styles personnels
dark gwerzioù électroniques

Le jour où résonneront les grandes roues à carillon, la fin du monde sera proche. Quiconque les entendra deviendra sourd. Quiconque les verra deviendra aveugle. Et qu'adviendra-t-il des imprudents qui entendront sonner la vielle électroacoustique de Valentin Clastrier, avant-barde annonçant de son "Fin' amours de flamenca" dissonant l'arrivée de l'homme en noir du Pays de Léon ? Happés pour toujours par la voix vibrante et profonde, sombre et hypnotique de cet être immobile aux regard transperçant venu pour vous parler du Mal. Nul besoin de piocher dans la tradition pour alimenter ses gwerzioù, complaintes en Breton pour raconter le monde et sa pourriture, les sujets abondent, les tragédies pullules, les massacres sont légions. De la gwerz moderne, sur de l'électro contemporaine, des beats arythmiques et concassés, des nappes sourdes desquelles émergent une menace palpable, une inquiétude omniprésente. Les bpm de la techno en contrepoint de la transe bretonne, extase ancestrale et ritournelles synthétiques sans fin. "An Droug-Red", mais de quoi parle-t-il pour sonner aussi lugubre, pourquoi cet écroulement soudain de la mélodie tel une irruption de masque grimaçant dans un film d'horreur, pourquoi cette atmosphère glaçante et cette cornemuse funèbre ? Qu'évoque-t-il dans les deux lodenn de "Copsa Mica" qui puisse faire autant froid dans le dos, ces drones rampant sur lesquels décollent trois voix orientales implorantes derrière Prigent, cette drum & bass lointaine aux brisures compliquées ? Et quelles sont les horreurs relatées pour que la musique s'y fasse si minimale, dark jungle freinée à l'extrème, fascinante et sédative ? Parfois les beats semblent venir de si profond de sous la terre qu'ils sont salis de souffle et de craquements, empreinte chthonienne de quelque tuerie perpétrée dans quelque église africaine. Mais oui, nous y voilà, quand retenti une bombarde catatonique dressant l'étendard d'une armée de percussions électroniques malfaisantes, la vérité se dévoile même à ceux qui ne comprennent pas les mots de Denez Prigent : "Des cadavres à droite, à gauche et au milieu. Des cadavres en bas et en haut. Des cadavres étendus dans les allées, et suspendus aux balcons. De cadavres rempli le choeur, dans la chaire encore des cadavres. Des cadavres partout éparpillés, Les bénitiers pleins de sang à ras bords". Peut-être vaut-il mieux ne pas saisir les mots des gwerzioù après-tout. Le virus Ebola qui décime des familles, des usines roumaines qui répandent un poison et des mères qui enterrent leurs enfants, des jeunes filles souillées par la prostitution forcée et le sida en cadeau, des bébés du mauvais sexe qu'on étouffe au berceau, et des massacres ethniques à coup de machettes laissant des paysages corrompus par la mort. Voilà pour les complaintes de Denez Prigent, avec en point d'orgue la légende celtique des grandes roues à carillons, "Brall Ar Rodoù", et sa uillieann pipe dramatiquement funeste. Quelques sentiers plus clairs serpentant au milieu de ce marais nauséabond, la harpe irréelle de Kristen Nogues montrant la voie vers un chant à danser monté en drum & bass atmosphérique sublime, "An Hentoù Adkavet"; d'autres kan ha diskan électroniques encore, trance grave et fest-noz entremêlés, cornemuse claironnantes et programmations sinueuses et tapageuses. Arrivé à la conclusion de la dernière gwerz, épuisante de beauté, Denez Prigent aurait déjà signé un album monstre, une synthèse inédite entre la musique bretonne traditionnelle et l'électro la plus finement ciselée. Mais voilà, il réserve sa pièce maîtresse pour la fin. "Ar Rannoù", les douzes séries du mythe cosmogonique celtique, chantées dans l'ordre en reprenant à chaque couplet les séries précédentes. Ni complainte, ni chant à danser, dix-sept minutes d'hallucination et d'hypnose vocale, dans un écrin technoïde arrangé par Arnaud Rebotini, la voix de Prigent se glissant entre les beats agressifs, adoptant leur scansion pour mieux les abandonner et se perdre sous des voiles synthétiques planantes, puis les rattraper alors qu'ils gagnent en brutalité, qu'ils se dissolvent ou implosent en nappes sous-terraines ou spatiales, qu'ils se colorent de hip-hop et de claviers psychédéliques. Quiconque l'entendra deviendra fou.

note       Publiée le lundi 18 juin 2012

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nicola › mercredi 25 mars 2020 - 15:01  message privé !

Mon frère m’a passé ce disque et franchement, j’ai détesté. Même dans la bagnole il ne passe pas. Le mélange ne me dérange pas mais là, je trouve ça mal foutu et chiant.

Note donnée au disque :       
Joss › dimanche 17 février 2013 - 22:01  message privé !

Depuis le jour de sa sortie je met ce disque sur un piédestal. Je suis heureux de lire cette chronique, elle m'en a presque donné la chair de poule tant j'approuve tout ce qui est dit. Le dernier est titre est juste fabuleux. Bravo.

Richter › lundi 25 juin 2012 - 15:00  message privé !

ericbaisons, tu t'es juste un peu planté d'album car le morceau de black hawk down (Gortoz a ran) est sur Irvi, pas sur celui-ci...

Note donnée au disque :       
(N°6) › lundi 25 juin 2012 - 14:38  message privé !
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On ne tape pas sur les coquilles, c'est fragile.

saïmone › lundi 25 juin 2012 - 14:30  message privé !
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Le blues s'en remettra, mais certainement pas ce pauvre i grec !