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Frédéric Chopin (1810-1849) › Les nocturnes

25 titres - 144:58 min

  • CD1 : 75.09 - Nocturnes - 1/ N°1 en si bémol majeur 5.42 – 2/ N°2 en mi bémol majeur 4.45 – 3/ N°3 en si majeur 7.10 4/ N°4 en fa majeur 5.03 – 5/ N°5 en fa dièse majeur 3.45 – 6/ N°6 en sol mineur 4.39 – 7/ N°7 en ut dièse mineur 5.23 – 8/ N°8 en ré bémol majeur 6.15 – 9/ N°9 en si majeur 5.37 – 10/ N°10 en la bémol majeur 5.13 – 11/ N°11 en sol mineur 7.12 – 12/ N°12 en sol majeur 6.59 – 13/ N°13 en ut mineur 6.17 - CD2 : 69.49 – Nocturnes – 1/ N°14 en fa dièse mineur 7.45 – 2/ N°15 en fa mineur 5.41 – 3/ N°16 en mi bémol majeur 5.26 – 4/ N°17 en si majeur 7.39 – 5/ N°18 en mi majeur 7.07 - 6/ N°19 en mi mineur 4.11 – 7/ N°20 en ut dièse mineur 4.25 – 8/ N°21 en ut mineur 3.35 - Impromptus – 9/ N°1 en la bémol majeur 4.41 – 10/ N° 2 en fa dièse majeur 6.02 - 11/ N°3 en sol bémol majeur 6.19 – 12/ N°4 en ut dièse mineur 5.37

enregistrement

Enregistré au Concergebouw, Amsterdam, 3/1978 (nocturnes) ; La Chaux-de-Fonds, Suisse, 8/1980 (impromptus).

line up

Claudio Arrau (piano)

remarques

Arrau est sans conteste le plus grand interprète de ces pièces, et même si sa prestation sur les impromptus fût plus dubitativement accueillie, en ce qui me concerne, je ne peux que recommander en grande priorité cette version des nocturnes. (perso, les impromptus d’Arrau ne me gênent pas, je ne suis pas Chopinophile… juste nocturnivore…)

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
piano seul-romantique

Chopin… nocturnes… piano… la musique de ce personnage à part est une véritable rencontre, intime, inattendue… sinon elle n’est rien. Car derrière ce génie révolutionnaire de l’expressivité pianistique se tient d’abord un romantique absolu, pétri de mélancolie languissante, de lassitude, comme un miroir désespéré de ce temps qui passe sans considération aucune pour notre misérable condition d’êtres conscients et souffrants. Dans sa délicatesse exagérée, dans ses ruisseaux mélodiques, sa lenteur affectée, sa préciosité rythmique, cette musique relève de la complaisance, de l’abandon à la mélancolie jusque dans ses déviances esthétiques. Plus retenue, plus atmosphérique le temps de ces incontournables «Nocturnes», l’art de Frederic Chopin n’en demeure pas moins un perpétuel aveu d’échec, une mise en valeur égotiste de la fragilité du personnage. Ce romantisme exacerbé des mélodies larmoyantes et complexes, ces aigus si travaillés qu’ils pèsent comme le cristal d’un lustre, ces emportements finalement mollassons qui affirment leur fatigue… le vocabulaire stupéfiant de Frederic Chopin a malheureusement trouvé depuis sa révélation de bien nombreux échos : dans les cages d’ascenseur, les arrangements bidons ou les best-sellers de Clayderman (et peu importe l’orthographe…). C’est pourquoi, oui, une rencontre est nécessaire. Car l’homme était un génie. Car ce jaillissement à l’allure nauséeuse d’une crise de larmes forcées n’est en fait que la rencontre sincère et totale d’un homme et d’un mode d’expression. L’homme semble faire des effets de manche, pleure au ralenti dans un tourbillon de feuilles d’automne, se lamente comme un Pierrot la nuit au bord du lac, mais en prenant bien soin de faire briller ses larmes à l’éclat de lune. Seulement voilà : ici, tout est vrai. Frederic Chopin est tout simplement traversé de part en part par la mélancolie, le tourment, le sentiment d’être misérable… il s’y est résolu, et il cherche à l’aimer. Il s’est résolu à ses larmes, les plus légitimes comme les plus exhibitionnistes, il s’abandonne à son clavier et à lui-même, et se montre comme il est. Un homme qui pleure et qui recueille ses larmes pour en faire des tableaux, pour s’en faire de l’eau de boisson, pour en mettre chaque matin au bord de ses deux yeux, non pas pour nous attendrir, mais pour se faire pitié à lui-même, et trouver par là, enfin, un semblant de grâce à ses propres yeux. Frederic Chopin n’avait pas d’autre choix que celui de la complaisance, celui de l’auscultation précieuse du moindre de ses tourments, du tout petit bobo à la blessure mortelle. A ceux pour qui la virilité, la morgue, le bombage de torse, et au-delà la pudeur ne sont pas des valeurs, Frederic Chopin parlera, et peut-être comme aucun autre artiste n’avait su le faire avant. Chopin vous laisse de marbre, ou vous transperce à vie, purement et simplement. Ses nocturnes sont d’une délicatesse inégalée, d’une qualité mélodique bouleversante et d’une charge émotionnelle merveilleuse, car pour une fois, savamment contrôlée. C’est un lent ballet d’automne, aux mélodies aiguës perlantes et étoilées, aux accords graves et lourds comme le poids du soucis ; 21 pièces parfaites où l’alchimie sonore entre notes, harmonies et toucher atteint à l’absolu. Dans la virtuosité de moments de dentelles, comme dans la pureté suspendue d’un écho qui perdure, la musique qui s’écoule sait vous rendre solitaire : fine et aérée elle vous enveloppe pourtant, elle vous extrait du monde, et vous laisse seul et libre vivre ses moments étranges, lunaires et poétiques. Même s’il faut, pour cela, savoir baisser la garde.

note       Publiée le mercredi 5 mars 2003

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DukeOfPrunes › mardi 7 février 2017 - 00:58  message privé !
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Difficile de choisir une version de (p)référence, mais j'adore l’interprétation d'Ivan Moravec. En plus, il y a moyen de choper ça en vinyle pour peau de zob.

NicoP › lundi 6 février 2017 - 15:56  message privé !

Je les ai par Rubinstein. Entendues par Arrau, que j'aime beaucoup. Je ne sais vers laquelle se porte ma préférence. En tout cas, face à ça, Dieu n'à plus qu'à prendre une tisane et dodo.

Moonloop › vendredi 16 mars 2012 - 19:00  message privé !

@mangetout: Je ne crois pas non, je n'ai pas écouté Gould en fait... cela dit, la version de Moravec citée précédemment contient quelques "chants", "mugissements" plutôt ainsi que quelques "coups de pédales" assez pénibles (mais le son demeure bien plus intimiste).

mangetout › dimanche 26 février 2012 - 18:48  message privé !

Ces fameuses respirations (il parait qu'on y entend se tourner les pages aussi) d'Arrau sont elles du même ordre que les légendaires "chants" de Gould dans son interprétation des "Variations goldberg" de Bach ?

Moonloop › lundi 18 juillet 2011 - 23:11  message privé !

Bein, un peu fâché avec cette version de Arrau en ce qui me concerne, sa respiration me gène assez à l'écoute du disque, dommage... je crois bien que je préfère l'enregistrement de Moravec, le son y est vraiment plus rond, plus doux, l'interprétation sublime...