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Anton Bruckner (1824-1896) › Symphonie n° 4 'Romantique'

4 titres - 79:11 min

  • 1/ I. Bewegt, nicht zu schnell (21:56)
  • 2/ II. Andante quasi allegretto (17:35)
  • 3/ III. Scherzo. Bewegt
  • Trio. Nicht zu schnell. Keinesfalls schleppend (11:04)
  • 4/ IV. Finale. Bewegt, doch nicht zu schnell (27:53)

enregistrement

En public, Philharmonie am Gasteig, Munich, Allemagne, le 16 octobre 1988.

line up

Münchner Philharmoniker, Sergiu Celiblidache (direction).

remarques

Les interprétations de Celibidache sont sans équivalent dans l'optique qu'il s'est fixée - un radar de spiritualité. Pour le reste, il y a Eugen Jochum, Günter Wand, voire même, pour cette quatrième et à prix modique, Georg Tintner chez Naxos, étrangement proche du chef roumain.

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
romantique/musique symphonique

Bach, Bruckner, Messiaen... Trois compositeurs en apparence si éloignés (ils le sont dans le temps), si dissemblables... Et pourtant, je ne peux m'empêcher de leur faire partager en mon coeur un destin commun, une même ligne directrice. Ce sont les trois plus grands compositeurs "théologiques", ayant consacré toute leur oeuvre et toute leur énergie à Dieu. De fait, il m'est difficile de décrire l'enthousiasme qu'a pu provoquer en moi une telle musique, oui, enthousiasme surtout au sens étymologique de ce mot : Bruckner vous insuffle le divin dans les entrailles, il édifie une gigantesque cathédrale sonore qu'il vous fait visiter depuis les fondations jusqu'au sommet, une cathédrale de vertiges, d'où l'on peut toucher Dieu du doigt. S'il est d'usage de ne pas applaudir entre les mouvements d'une symphonie, c'est pour ne pas la rompre, c'est que la forme symphonique doit constituer un tout cohérent qui se déroule dans une continuïté, de la première à la dernière note. Plus la symphonie est étirée, plus la cohérence est ardue à maintenir dans la durée. La durée, l'unité dans la durée, telle est la problématique formelle fondamentale chez Bruckner. Et la réponse de Bruckner à cette problématique est d'ordre purement mystique. Il s'abîme (et nous avec) dans la contemplation. L'absolu se réalise finalement comme par miracle. Le premier motif du premier mouvement se retrouve comme en écho dans le dernier mouvement. Le premier mouvement est un éveil à Dieu qui exalte sa création ; le dernier est une terrible chevauchée d'Apocalypse, se concluant par une apparition divine qui nous emporte dans l'Esprit. Cette quatrième symphonie, peut-être moins inspirée et sombre que la neuvième, moins grandiose que la huitième, moins célébrée que la septième (et l'on pourrait continuer le compte à rebours...) reste pourtant un modèle d'achèvement dans sa forme, et tout s'y résout dans une coda inégalée, propre à hanter le rêve de tous les mystiques. Tout commence par le monde sorti des limbes : le tremolo brucknerien des violons, qui pose, apaise, et sur lequel les cuivres prennent leur envol, premiers appels. Le mouvement initial est celui de la majesté, de la grandeur, de la solennité, d'une grâce encore pesante mais pourtant bien réelle. La partie centrale, plus faible d'inspiration, n'en reste pas moins admirable à bien des égards : le deuxième mouvement est celui du calme, de l'apaisement et de l'oubli de soi, étrangement exempt de toute surcharge pathétique, comme si l'on pouvait entrevoir là le lien mystérieux entre mystiques d'Orient et d'Occident ; quant au troisième, célèbre par son motif du cor de chasse, il constitue un brusque mais plaisant rappel aux réalités de ce monde, avant de nous faire basculer dans l'autre. Vient le monumental (surtout dans la vision de Celibidache) finale. Une telle musique, il ne faut pas en parler, il faut l'éprouver. C'est une masse instrumentale chauffée à blanc qui vous prend aux tripes, vous relache pour mieux vous rattraper ensuite, dans une course-poursuite effrénée de la lumière obscure contre le néant. Cela se vit d'une manière intense, étourdissante, chaque plan sonore se déployant l'un par-dessus l'autre ; l'orchestre est un orgue, une échelle qui monte à Dieu : de fait, écouter la coda de cette symphonie, c'est encore mieux qu'un orgasme ; et Bruckner, mort puceau, aura depucelé plus d'une oreille. "Romantique", cette symphonie est celle de l'amour mystique et du panthéïsme, de l'escalade dialectique et de l'explosion des sens, de l'angoisse du néant et de la mort en lutte perpétuelle contre la vie, de la durée faisant trépasser le temps. La forme se referme sur elle-même et se libère à la fois. Une expérience terminale.

note       Publiée le mercredi 23 janvier 2008

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Arno › mardi 22 septembre 2015 - 03:39  message privé !

Je viens de découvrir cette quatrième. Quelle lumière intense. C'est une musique d'une joie débordante. C'est assez surprenant, moi qui ne connaissais que les 3 dernières.

merci pour le fusil... › samedi 23 août 2014 - 23:18  message privé !

Intégrale 12 Cds à 23 boulasses sur Mamazone.

devin › jeudi 3 juin 2010 - 00:03  message privé !

De retour de mes pérégrinations brucknériennes - quoiqu'une fois qu'on y est... - je recommande une nouvelle fois chaudement les enregistrements qui ont servi pour ces chroniques. Par contre, il me paraît intéressant d'en essayer d'autres pour certaines symphonies où je trouve Celibidache trop froid et statique : Jochum pour la 5 (64 et surtout 86) et Boulez pour la 8 (on frôle le contre-sens mais c'est une très belle réussite, surtout pour se familiariser avec l'oeuvre). D'ailleurs, je crois bien que c'est la huitième qui me fait le plus d'effet. Très impressionant.

Note donnée au disque :       
devin › vendredi 29 janvier 2010 - 12:54  message privé !

Le Scherzo et le Finale claquent comme il faut. J'avais peur d'enchaîner après la 9ème mais je crois que je peux y aller les yeux fermés maintenant. Merci encore d'avoir mis l'accent sur ces versions!

Note donnée au disque :       
Potters field › jeudi 24 janvier 2008 - 11:54  message privé !
Beau