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Hail Spirit Noir › Oi Magoi

  • 2014 • Code666 CODE089 • 1 CD digipack
  • 2015 • Code666 CODE089V • 1 LP 33 tours

cd • 7 titres • 49:24 min

  • 1Blood Guru6:17
  • 2Demon For a Day6:00
  • 3Satan Is Time7:03
  • 4Satyriko Orgio (Satyrs’ Orgy)6:32
  • 5The Mermaid11:28
  • 6Hunters6:44
  • 7Oi Magoi5:18

enregistrement

Enregistré à l’Alright Studio (Thessalonique, Grèce) et au Lunatech Sounds Studio (Kateríni, Grèce). Mixé au Lunatech Sounds Studio par Dimitris Douvas. Masterisé par Jens Borgen aux Fascination Streets Studios (Österäng, Suède).

line up

Dim (basse, soli de guitare additionnels), Dimitris Dimitrakopoulos (voix additionnelles), Haris (synthétiseur), Theoharis (voix, guitares électrique et acoustique), Ioannis Yahoudis (batterie)

remarques

Artwork : Ra Design. Peinture corporelle : Natasa Karantoni. Photographie : Orfeas Papadopoulos.

chronique

Toujours le même rêve collant, pesant, qui étouffe et enveloppe – berce et enivre autant qu’il asphyxie. Rivage vide ou saturé, l’air qui s’épaissit, l’horizon qui se salit, s’infiltre de ce Pneuma Skoteino (Esprit, Souffle Noir) qui fait leur nom. Le Pacte et ses conséquences – la liberté d’action totale, le meurtre comme les jouissances, en toute impunité… Rien qui se reprenne, s’annule, une fois signé, les termes acquiescés. Et ce piège : l’immortalité garantie mais nullement la santé – physique et mentale… Hail Spirit Noir nous aspirent encore dans cette atmosphère épaisse, capiteuse, constructions, architectures chantournées, compliquées, complexes, torturées, enrobées sous les textures de mélasse onctueuse, fluides gluants, baumes de chitines fondues, odorants. Dans l’antre des Mages (Oi Magoi, en grec), cette fois, même. D’où peut-être ces structures plus saillantes, plus apparentes, les pliures, césures, soudures des articulations qui émergent des bouillonnements – les breaks plus nombreux, les volutes des synthés, leurs fugues, multipliées. Le propos décliné, les incarnations – en scènes et personnages (le Guru du Sang, le Démon Pour Un Jour – qui après ça peut retourner à son existence normale, balisée ? – la Sirène, l’Orgie des Satyres… Les Chasseurs, Satan, qui est le Temps – sa corruption, sa close de discrétion alors qu’il passe d’un siècle, d’un règne, d’une cosmologie ou d’une cosmogonie à l’autre. Et les Mages, donc). Toujours ce goût de l’apparat, des somptuosités vives ou moirées – les costumes et danses, processions et sabbats d’un « paganisme » pris à son compte par un curieux Lucifer (si ce n’est le contraire… qui dans ce jeu trompe l’autre ? Qui contrefait, retourne le but – fait en dépit du modèle imité, du Monde : un Eden terrestre vrai ; une malédiction trompeuse, puisque là encore corruption, pourrissement, déclin dans la décadence embrassée, le déchaînement de sens et de matière) ? Oi Magoi, tout de suite, s’affiche comme un disque plus progressif – au sens du rock prog – que Pneuma, son prédécesseur, que le sera Mayhem In Blue, le suivant. Les structures, j’y reviens, plus travaillées, moins en boucles longuement réitérées. Sans interludes de sons concrets (la nuée de stridulations au milieu d’Into the Gates of Time, sur le sus cité Pneuma). Encore ces survenues soudaines de voix black (nuance gargouille, coassée), de blasts, qui viennent rompre les arches de synthés seventies, les mesures soigneusement proportionnées (serait-ce par un nombre d’or délibérément moqué, grotesque), échafaudées ; les ténèbres enluminées de ces mêmes fines feuilles plaquées sur les volumes anormaux. Ces claviers, d’ailleurs, qui prennent le pas sur les guitares, ici – pas absentes mais rarement en avant (et toujours partagées entre étayement heavy – la plus grosse part du jeu, là – et brusques accès de trémolo, black, encore). Bien sûr c’est encore une ruse : et le psychédélisme intoxiquant, toxique, loge encore dans ces pièces d’une majesté bizarre, rococo, sardonique – près à s’exhaler sur qui s’y penchera pour s’ébaudir, s’exalter ou simplement comprendre. Le caractère faux-chaos, enchevêtrement du disque, des morceaux, peut d’abord rebuter – à contrepied du charme organique, spontané (mais pas moins insidieux) de Pneuma ; il faut s’habituer, apprendre à voir où tendent ses perspectives torses ; on saisit à mesure (des écoutes, des détails qu’elles révèlent) l’étrange harmonie déployée, déclinée (artifice, séduction du « goût acquis » ?), chœurs des voix en parties tendues ou lâches, en degrés curieusement combinés, effondrements qui sont dispersions d’un moment, d’un passage, pour que reprenne ou naisse un autre thème, fil repris ou brisé. Oi Magoi est un disque plus « lourd », plus alourdit, plutôt (je ne doute pas que ce soit volontairement) qu’avant, qu’après. Sables mouvants plutôt que trou noir, trouée qui happe net. Engloutissement long (alors que la durée des trois disques, au vrai ne diffère que de quelques minutes), où même « l’aérien » charge plutôt qu’il ne porte (alors que l’air ici n’est sensiblement ni plus ni moins vicié, empoisonné, que sur les autres). Sa marche, son climat, son travail, ont fini par me gagner – plus lentement, sans l’immédiateté d’hallucination de Pneuma ou de Mayhem In Blue (par ailleurs entre eux pas dupliqués, leurs posologies de venins et sucs pas semblables). Quelques traits de sa grâce raillée, railleuse, continuent, dans le flux, à me sortir par instants de son charme (les motets pas Era mais pas sur le titre éponyme… c’est devenu bien risqué à force, depuis un moment, ce procédé, même en instrument d’ironie). Je finis par y revenir, pourtant. Chez les Mages, de toute façon – c’est leur avertissement, peut-être, la chance qu’ils vous laissent d’échapper, à moins que ce ne soit leur manière pour trier, entre le chemin et l’âtre, le creuset – on ne peut rester longtemps en une aise trop parfaite.

note       Publiée le mardi 31 mars 2020

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Procrastin › mardi 31 mars 2020 - 17:57  message privé !

Sardonique et grotesque, oui! Mais plutôt l'Adversaire que l'enluminé ; l'arrogance et l'élitisme du second y sont diablement moqués, comme il se doit.

Note donnée au disque :