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Marvin Gaye › What's Going On

lp/cd | 9 titres | 35:01 min

  • 1 What’s Going On [3:51]
  • 2 What’s Happening Brother [2:57]
  • 3 Flyin’ Hight (In the Friendly Sky) [3:40]
  • 4 Save the Children [3:04]
  • 5 God Is Love [2:31]
  • 6 Mercy Mercy Me (The Ecology) [3:05]
  • 7 Right On [7:20]
  • 8 Wholy Holy [3:20]
  • 9 Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) [5:16]

enregistrement

Produite par Marvin Gaye.

line up

Bob Babbitt (basse), Earl Derouen (bongos), Marvin Gaye (chant, piano), James Jamerson (basse), Angelo Carlisi (saxophone alto), Elgie Stover (chœurs), Lem Barney (chœurs), Mel Farr (chœurs), Bobby Rodgers (chœurs), The Andantes (chœurs), Tate Houston (saxophone baryton), Max Janowsky (basse), Eddie Brown (bongos, congas), Johnny Griffith (célesta), Edward Korkigian (violoncelle), Italo Babini (violoncelle), Taddeus Marrkiewicz (violoncelle), David Van DePitte (direction, arrangements), Chet Forest (batterie), Dayna Hartwick (glûte), William Perich (flûte), Joe Messina (guitare), Robert White (guitare), Carole Crosby (harpe), Jack Ashford (percussions), Elie Fontaine (saxophone alto solo), William « Wild Bill » Moore (saxophone ténor solo), Larry Nozero (saxophone soprano), Carl Raetz (trombone), Johnny Trudell (trompette), Maurice Davis (trompette), Jack Brokensha (vibraphone), David Ireland (alto), Edouard Kesner (alto), Meyer Shapiro (alto), Nathan Gordon (alto), Alvin Score (violon), Beatriz Budinzky (violon), Felix Resnick (violon), Gordon Staples (violon), James Warring (violon), Lilian Downs (violon), Richard Margitza (violon), Virginia Hafmann (violon), Zinovi Bistritzky (violon)

chronique

De toutes les voix d’Apocalypse noires – comme leurs peaux, comme leurs quartiers, comme la great black music – qui se sont élevées cette année là, pour prévenir et clamer la chute, celle de Marvin Gaye est celle emprunte d’amour. Headless Heroes (Eugene MacDaniels) : la Raison blessée, abasourdie devant la foutaise, le carnaval des Stones grimés en Blackface flower-power, la folie guerrière froide et calculatrice, guerres dedans-dehors les frontières de l’Union, le vol à l’étalage obligé juste pour bouffer, le meurtre de masse "natif", originel, du pays, toujours caché sous les carpettes à bandes et à étoiles… Riot (Sly Stone) s’effondrant avec le rêve hippie, dans sa cendre et son vomi. This Is Madness (The Last Poets), charge de colère, de haine pure, biblique et embusquée l’arme au poing. What’s Going On, lui, commence ou presque par cette simple question : "Qui sont-ils pour nous juger/Sur la seule foi de nos cheveux longs ?". Gaye s’identifie. À celles et ceux – de toutes nuances – que l’époque, que le monde est en train de baiser à mort, de foutre au rebut parce qu’ils ne pensent pas droit, pas résigné, pas butin. Compassion blessée, fraternisation malheureuse et chaude – au fond du trou où tout semble sombrer. What’s Going On est un oratorio – en deux grands actes et neuf scènes de désastre, neuf suppliques et descriptions navrées mais rayonnantes. Les bongos reviennent, tout au long, métronome et cœur exacts ; une pleine section de cordes, d’orchestre, répand le bleu sur tous les paysages – villes aux cieux dégueulasses (Inner City Blues), nature empoisonnée, oiseaux qui crèvent, poissons ventre en l’air (Mercy Mercy Me) ; les saxophones, la flûte, jazzent – le piano, aussi, joué par Gaye lui-même ; les chœurs gospellisent, reprennent ou devancent la voix principale, meneuse – grande architecture sinueuse, pulsée comme le reste et flottant sur elle, portante et portée. C’est un grand ouvrage, à vrai dire. Sans une once de cynisme. Entier – et si célèbres que soient les "tubes" isolés, tirés de là (le morceau-titre ou Mercy Mercy Me), il m’est impossible depuis que j’ai découvert l’album dans sa continuité de l’écouter autrement que de bout en bout, chaque fois. Marvin a la foi – moi, son jésus m’indiffère ; mais peu importe, vraiment ; et puis au moins ce n’est pas un autre céleste croque-mitaine, pas un pasteur (comme papa qui a la fin dézinguera son fiston), la vision qu'il en a. C’est un autre frère, un autre camarade (God Is Love… "I ain’t talking about my father/God is my friend (Jesus is my friend)…"). Marvin s’incarne en junky temporairement déconnecté – suspendu comme on dit du temps jusqu’au retour du manque, instant de soulagement qui rendra pire le retour au monde (Flyin’ High...). Marvin voudrait l’unité. Le type est une star mais se rappelle qu’on n’est jamais tiré d’affaire, que partout les tirs continuent et la faim au bide, aussi, là d’où il vient. Le gars souffre de voir encore ces mêmes rues qui brûlent et pourrissent, les révolutionnaires qui s’entretuent (Curtis Mayfield un peu plus tôt en avait une bien bonne, là-dessus… Une bien juste et bien raide). Marvin n’est plus le Lover. La Motown lui lâche la bride – mais seulement parce que le patron Gordy ne veut pas mettre sa caillasse dans un tel machin, et que c’est Gaye lui-même qui l’allonge, qui produit, qui signe. Ce disque désolé et foisonnant, ce mec qui embrasse la terre d’un regard et d’un grand geste où il veut tout saisir, abjure en semblable qu’on cesse le massacre. Que ça cadre ou non avec la politique de la maison, Marvin Gaye mène la chose jusqu’au bout. C’est un geste grand. Et l’album, pris d’ici et maintenant, est toujours poignant, plombant et lumineux à la fois, fête de l’âme (la soul, on vous dit) et panorama des misères, fins de mois à la rue et pur élan solaire. Et la nuit qui tombe et gronde, vibre et tétanise et relâche. Souffrance, dans le noir et sous les néons, qui ne s’apaise pas, corps qui ne peuvent pas dormir. Marvin sous la pluie, grave, triste, beau (Vulnérable, comme dira, disait, dit le titre d’un autre album). Inner City blues qui clôt le cycle, toujours tuante, toujours magnifique, louange empêchée, contrariée, qui dit l’amer et la fin toujours continuée de l’espoir mais veut encore la communion, libre et par chacun saisie. Le cœur du bongo n’était pas parti. Il reste seul, avec cette phrase redite : "Who are they to judge us…". Il faut se tenir debout, encore – même et surtout quand l’air, au dessus, quand le monde, sans regarder, nous presse de toute part de ses milliards de tonnes.

note       Publiée le vendredi 16 mars 2018

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Dioneo › dimanche 18 mars 2018 - 20:56  message privé !
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"Va savoir".

Note donnée au disque :       
DukeOfPrunes › dimanche 18 mars 2018 - 18:58  message privé !
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Un disque maintes et maintes fois samplé, comme d'autres classiques de la soul, par les prods hip hop. C'est limite à ce niveau-là qu'on comprend le mieux l'impact de Marvin Gaye. Bon et après, Curtis Mayfield sur Guts ?

Dioneo › dimanche 18 mars 2018 - 16:40  message privé !
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Grande chanson parano, I Heard It... La soul music de cette époque en a quelques unes, des comme ça, cachées sous le lustre des arrangements. (Je pense vous en parler plus long dans pas longtemps, d'ailleurs...). (Y'a la version des Slits qui est bien cool, aussi).

Note donnée au disque :       
(N°6) › dimanche 18 mars 2018 - 15:25  message privé !
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C'est vrai qu'on a tendance à l'oublier quand on a dans la tête la version fantastique de Creedance Clearwater Revival, avec eux on a l'impression qu'ils ont composé tous les classiques du monde. Enfin, Marvin sur GoD, gros morceau, ça.

Twilight › dimanche 18 mars 2018 - 14:44  message privé !
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Ca m'a rappelé cette chanson incroyable 'I heard it through the grapevine' que je me suis enfilée en boucle ce weekend. J'avais complètement perdu de vue que c'était lui...Quel morceau ! Groovy mais avec cette sourde menace en arrière-fond, terrible !