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Eugene McDaniels › Headless Heroes of the Apocalypse

  • 1971 - Atlantic, SD 8281 (1 vinyle)
  • 2001 - Atlantic, 495733, SD8281, SD 8281 (1 cd)

lp/cd | 8 titres | 37:20 min

  • 1 The Lord Is Back [3:18]
  • 2 Jagger the Dagger [6:00]
  • 3 Lovin’ Man [4:45]
  • 4 Headless Heroes [3:30]
  • 5 Susan Jane [2:08]
  • 6 Freedom Death Dance [4:16]
  • 7 Supermarket Blues [4:07]
  • 8 The Parasite (For Buffy) [9:36]

enregistrement

Enregistré aux studios Regent Sound et Atlantic par Lewis Hahn. Produit par Joel Dorn.

line up

Eugene Mcdaniels (voix), Alphonse Mouzon (batterie), Miroslav Vitous (basse acoustique), Harry Whitaker (piano), Gary King (basse électrique), Richard Resnikoff (Richie Resnikoff) (guitare), Carla Cargill (voix féminine), The Welfare City Choir (chœur)

chronique

"Le Seigneur est de Retour !". Allons-bon. C’était bien la peine d’appeler de ses vœux la Révolution. "He’s riding the rails to Resurection…". Marx et sang versé, violences urbaines … Langton Hugues, Bobby Seale, Harlem Renaissance, Huey Newton. Black Power, Black Panthers, Black Dada Nihilismus. Les poètes, les écrivains – Richard Wright, allez, James Baldwin, Gil Scott Heron (contradictions, si ça tire c’est que c’est pas mort – lire Baldwin, écouter l’Heron : The Subject was Faggots… ça grince, c’est que ça bouge. Bref). Tout ça pour en revenir à ça ? Je veux dire : la figure tutélaire, le papa pas content, fâché, apocalypse pour punir la marmaille – Croquemitaine Reconnaîtra les siens ? Voir… Ne pas sous estimer la plume de McDaniels. Elle coupe. Son ironie. Comme cette guitare à la Ernie Isley sur l'ouverture – funk, jazz, rock souple qui esquive et pique. McDaniels avait déjà sorti un disque l’année d’avant – timidement subversif, élégant, gentiment noirs-blancs. ("Outlaw". Bon… L’Hors La Loi les Mains vides ?). Et puis avant encore tout une carrière. Soul-de-chambre sous le nom de Gene McDaniels, hits écrits pour d’autres – Compared to What pour Les McCann et Eddie Harris, repris par Ray Charles ou Roberta Flack. Et là : quelque chose casse. Remonte. Nous claque à la gueule et nous pète dans les doigts. Tout l’art du type – son savoir faire d’artisan-doreur, platineur – mis au service de… La panique ? Le chaos ? Le dégoût qui précède ou suit l’émeute ? … La rage ravalée. Le frein rongé qui cède (et avec, des bouts d’émail). Et la Vieille au supermarché : "Comment tu peux l’ouvrir, tu n’es même pas Blanc". Pendant ce temps Jagger – oui oui, Mick the Prick – joue les sorciers bohèmes et mille autres hippies (tous ces chevelus plats sont des hippies, on ne va pas faire dans le détail ; est-ce qu’ils s’encombrent, eux, quand ils pillent et disent "frères" ?) clament partout qu’ils sont Amour (bon dieu...). Des baffes ! Des gnons ! Pied au cul ! Et pourtant cette respiration : Susan Jane (… pieds-nus sur la route boueuse – comme une sœur enfin dé-eau-de-rose-ifiée, dé-catéchisée, dé-hootenaniaisée de la Suzanne de Cohen ?). Le portrait cette fois encore ne manque certes pas d’humeur acide, commentaire contrarié. C’est la bourgeoisie encore – sans doute moins "petite" cette fois ; toujours aussi blanche – qui rafle à bon compte la paix de l’esprit. (Pendant ce temps brûlent toujours les citées - et les suppliciés se balancent dans les champs). Mais la chanson est belle simplement, prise telle-quelle – et est-ce vraiment malgré son auteur qu’on y entend comme l’envie que ça marche, le regret déchirant que ces désirs aient fait long-feu, d'un plein-air sans couvre-feu ? Au vrai, là, McDaniels semble déboussolé. Sonné mais debout dans les débris de rêves, d’utopies, lambeaux des demains venus au monde déjà tout déchiquetés. Et que se passait-il, diantre, en Amérique Noire, cette année 1971 ?! Eh bien on constatait qu’une fois encore la Liberté était jetée aux faces de toutes les teintes comme une mauvaise blague, vendue, roulée en place public. Maintenant on savait le dire, on osait tout : désespoir, feu, douceur. Sly Stone le camé en plein crash infini ; les bilieux Last Poets et leur colère fanatique, "révélée" ; Marvin Gaye le pacifiste véritable ; There’s a Riot Goin’ On ; This is Madness ; What’s Going On… Mais McDaniels est parmi ceux-là l'homme raisonnable – effaré que "tout le monde marche" ; au pas de course, de l’oie, aux trémoussements les plus hip ; dans une combine ou l'autre fleurs aux fusils encore bouillants. Eugene nous rappelle que la paix ne viendra pas à danser sur des tombes – à piétiner le lit des corps pourrissants. Ce n’est pas du plat bon sens – c’est plus brut. C’est un constat. Et c’est ce qui fait la force singulière de ce disque, le rend si saisissant – ça et ces arrangements pleins, intriqués mais aériens en même temps. Ces contrastes : jazz-rock – jazz-fusion même, on oserait – rendu nerveux, âpre, par l’emballement du débit, la voix qui s'étranglerait si elle ne cavalait pas ainsi, lâchée, n'appuyait pas si fort lorsque ça ralentit ; que ça fasse un entaille, une saignée au contentement béat de l’amateur de musiques en frous-frous vaporeux et ronce de noyer. Ça finit par Plymouth – et ça fait vraiment mal. The Parasite – adressée à Buffy Sainte-Marie (parole, on vous parle d'elle). Les Pères-pélerins, l’épisode initial de la chiennerie. Certains vous diront que l’épisode relaté n’est pas strictement retracé, historiquement ; que non, les "Indiens" n’avaient pas tout de suite accueilli les puritains "à bras grand-ouverts". Cependant le génocide est avéré. Et l’horrible cacophonie à la fin du morceau – glaçante, comme disait un camarade – retourne chaque fois le cœur, le ventre. McDaniels n’est pas prophète – ni hagiographe de l'un ou l'autre prêcheur, même pas un moraliste. Il dit seulement que les viscères broyées continuent – continueront – d’empuantir la place, l’union, le monde, que feindre la fin de l'histoire est continuer de creuser les fosses. Cette fin ne s'oublie pas. D'autres, plus tard – nombreux, souvent avisés – sampleront, citeront abondamment ce disque, se l’étant d'abord encaissé de plein fouet, l'ayant sans doute ensuite ressassé. Chose peu commune : il mord aussi fort qu'alors – et pas moins par surprise qu’en ses circonstances.

note       Publiée le dimanche 16 juillet 2017

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Dioneo › lundi 17 juillet 2017 - 12:13  message privé !
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Oui, c'est ça : c'est véhément non seulement avec des raisons de l'être mais en plus en les énonçant clairement, sans avoir besoin de partir dans un discours "extrémiste" ou l'autre. Donc en effet d'autant plus alarmant.

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Klarinetthor › lundi 17 juillet 2017 - 01:05  message privé !

C'est peut-etre ça justement qui dérangeait le plus, comme dans la "scène au supermarché", le fait d'en voir un qui non seulement pense mais l'ouvre, et pas comme il devrait penser (la fermer). sans que ce soit dénué de nuances, en effet.

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Dioneo › dimanche 16 juillet 2017 - 17:50  message privé !
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(J'ignorais pour l'histoire de la sortie et du vice-prés', sinon, tiens... Simple coïncidence alors que je voulais vous causer depuis longtemps de cet album).

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Dioneo › dimanche 16 juillet 2017 - 17:49  message privé !
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Oui mais comment dire : dur encore de faire au fond plus "raisonnablement" politique - et, c'est à dire, vue l'époque et les événements (comme on appelait les guerres partout par euphémisme) plus désorienté ; je veux dire, pour résumer : irrésolu à s'en remettre à telle ou telle chapelle salvatrice pour échapper au désespoir... "Nobody knows who the enemy is/'cause he never goes in hiding"... Et d'en conclure "Better get it together/And see what's happening (... to you and you and you...)". Et même cet envoi est ambigu - est-ce un appel à lutter ou bien un plus prudent, un plus modeste avertissement que les couperets vont tomber sur toutes les têtes indifféremment, que les mains qui les tiennent trouveront, fabriqueront bien des raisons au châtiment ? (Et c'est ça aussi la beauté du truc : la nervosité qui tend et vibre ce disque c'est celle du doute dépassé pour voir "tout ce qui ne marche pas, n'a pas, n'a pas pu marcher" ; en même temps que celle de l'impossibilité d'abandonner, de se laisser couler dans le confort ou le suicide, je dirais ; et voir et dire à la fois l'impasse et l'impensable, l'inenvisageable recul, comme ça, sans que rien ne sonne tiède - qui plus est oui, en logeant ça dans une telle musique - eh bien... Sur que ça n'est pas un mince fait d'arme).

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Klarinetthor › dimanche 16 juillet 2017 - 17:31  message privé !

Il bénéficie aujourd'hui d'un regain d'attention partiellement à cause de sa sortie sulfureuse et de l'abandon de la promotion de l'album apparemment sur demande personnelle du vice-president... Dur de faire plus politique dans les textes, alors que la forme qu'on sent nerveuse, prete à bondir est très abordable - jusqu'au cri final.

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