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Eugene McDaniels › Headless Heroes of the Apocalypse

lp/cd • 8 titres • 37:20 min

  • 1The Lord Is Back3:18
  • 2Jagger the Dagger6:00
  • 3Lovin’ Man4:45
  • 4Headless Heroes3:30
  • 5Susan Jane2:08
  • 6Freedom Death Dance4:16
  • 7Supermarket Blues4:07
  • 8The Parasite (For Buffy)9:36

informations

Enregistré aux studios Regent Sound et Atlantic par Lewis Hahn. Produit par Joel Dorn.

line up

Eugene McDaniels (voix), Alphonse Mouzon (batterie), Miroslav Vitous (basse acoustique), Harry Whitaker (piano), Gary King (basse électrique), Richard Resnikoff (Richie Resnikoff) (guitare), Carla Cargill (voix féminine), The Welfare City Choir (chœur)

chronique

"Le Seigneur est de Retour !". Allons-bon. C’était bien la peine d’appeler de ses vœux la Révolution. "He’s riding the rails to Resurection…". Marx et sang versé, violences urbaines … Langton Hugues, Bobby Seale, Harlem Renaissance, Huey Newton. Black Power, Black Panthers, Black Dada Nihilismus. Les poètes, les écrivains – Richard Wright, allez, James Baldwin, Gil Scott Heron (contradictions, si ça tire c’est que c’est pas mort – lire Baldwin, écouter l’Heron : The Subject was Faggots… ça grince, c’est que ça bouge. Bref). Tout ça pour en revenir à ça ? Je veux dire : la figure tutélaire, le papa pas content, fâché, apocalypse pour punir la marmaille – Croquemitaine Reconnaîtra les Siens ? Voir…

Ne pas sous estimer la plume de McDaniels. Elle coupe. Son ironie. Comme cette guitare à la Ernie Isley sur l'ouverture – funk, jazz, rock souple qui esquive et pique. McDaniels avait déjà sorti un disque l’année d’avant – timidement subversif, élégant, gentiment noirs-blancs. ("Outlaw". Bon… L’Hors La Loi les Mains vides ?). Et puis avant encore tout une carrière. Soul-de-chambre sous le nom de Gene McDaniels, hits écrits pour d’autres – Compared to What pour Les McCann et Eddie Harris, repris par Ray Charles ou Roberta Flack. Et là : quelque chose casse. Remonte. Nous claque à la gueule et nous pète dans les doigts. Tout l’art du type – son savoir faire d’artisan-doreur, platineur – mis au service de… La panique ? Le chaos ? Le dégoût qui précède ou suit l’émeute ?

La rage ravalée. Le frein rongé qui cède (et avec, des bouts d’émail). Et la Vieille au supermarché : "Comment tu peux l’ouvrir, tu n’es même pas Blanc". Pendant ce temps Jagger – oui oui, Mick the Prick – joue les sorciers bohèmes et mille autres hippies (tous ces chevelus plats sont des hippies, on ne va pas faire dans le détail ; est-ce qu’ils s’encombrent, eux, quand ils pillent et disent "frères" ?) clament partout qu’ils sont Amour (bon dieu...). Des baffes ! Des gnons ! Pied au cul ! Et pourtant cette respiration : Susan Jane (… pieds-nus sur la route boueuse – comme une sœur enfin dé-eau-de-rose-ifiée, dé-catéchisée, dé-hootenaniaisée de la Suzanne de Cohen ?). Le portrait cette fois encore ne manque certes pas d’humeur acide, commentaire contrarié. C’est la bourgeoisie encore – sans doute moins "petite" cette fois ; toujours aussi blanche – qui rafle à bon compte la paix de l’esprit. (Pendant ce temps brûlent toujours les citées - et les suppliciés se balancent dans les champs). Mais la chanson est belle simplement, prise telle-quelle – et est-ce vraiment malgré son auteur qu’on y entend comme l’envie que ça marche, le regret déchirant que ces désirs aient fait long-feu, d'un plein-air sans couvre-feu ? Au vrai, là, McDaniels semble déboussolé. Sonné mais debout dans les débris de rêves, d’utopies, lambeaux des demains venus au monde déjà tout déchiquetés.

Et que se passait-il, diantre, en Amérique Noire, cette année 1971 ?! Eh bien on constatait qu’une fois encore la Liberté était jetée aux faces de toutes les teintes comme une mauvaise blague, vendue, roulée en place public. Maintenant on savait le dire, on osait tout : désespoir, feu, douceur. Sly Stone le camé en plein crash infini ; les bilieux Last Poets et leur colère fanatique, "révélée" ; Marvin Gaye le pacifiste véritable ; There’s a Riot Goin’ On ; This is Madness ; What’s Going On… Mais McDaniels est parmi ceux-là l'homme raisonnable – effaré que "tout le monde marche" ; au pas de course, de l’oie, aux trémoussements les plus hip ; dans une combine ou l'autre fleurs aux fusils encore bouillants. Eugene nous rappelle que la paix ne viendra pas à danser sur des tombes – à piétiner le lit des corps pourrissants. Ce n’est pas du plat bon sens – c’est plus brut. C’est un constat. Et c’est ce qui fait la force singulière de ce disque, le rend si saisissant – ça et les arrangements pleins, intriqués mais aériens en même temps. Ces contrastes : jazz-rock – jazz-fusion même, on oserait – rendu nerveux, âpre, par l’emballement du débit, la voix qui s'étranglerait si elle ne cavalait pas ainsi, lâchée, n'appuyait pas si fort lorsque ça ralentit ; que ça fasse une entaille, une saignée au contentement béat de l’amateur de musiques en frous-frous vaporeux et ronce de noyer.

Ça finit par Plymouth – et ça fait vraiment mal. The Parasite – adressée à Buffy Sainte-Marie (parole, on vous parle d'elle). Les Pères-pèlerins, l’épisode initial de la chiennerie. Certains vous diront que le chapitre relaté n’est pas strictement retracé, historiquement ; que non, les "Indiens" n’avaient pas tout de suite accueilli les puritains "à bras grand-ouverts". Cependant le génocide est avéré. Et l’horrible cacophonie à la fin du morceau – glaçante, comme disait un camarade – retourne chaque fois le cœur, le ventre. McDaniels n’est pas prophète – ni hagiographe de l'un ou l'autre prêcheur, même pas un moraliste. Il dit seulement que les viscères broyées continuent – continueront – d’empuantir la place, l’union, le monde, que feindre la fin de l'histoire est continuer de creuser les fosses. Cette fin ne s'oublie pas. D'autres, plus tard – nombreux, souvent avisés – sampleront, citeront abondamment ce disque, se l’étant d'abord encaissé de plein fouet, l'ayant sans doute ensuite ressassé. Chose peu commune : il mord aussi fort qu'alors – et pas moins par surprise qu’en ses circonstances.

Très bon
      
Publiée le dimanche 16 juillet 2017

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

C'est un disque qui se retrouvait souvent cité sur des forums de jazzeux obsédés par la période fin 60 jusqu'aux mid-70s pour faire simple. Un peu comme une extension de la philosophie de l'AACM: The Last Poets, Gil Scott, The Pyramids, Oneness of Juju, la galaxie The Tribe, etc......Des musiques un peu "mosaïque", non fixées juste en un lieu. Ça correspondait à un désir de l'époque (pas mal de choses produites par Terronès partageaient la démarche même si la musique est très différente- mais tous ces artistes le sont, donc.....) qui, ensuite, n'entrant plus dans les bonnes cases, a été oublié. Pour, finalement, ressurgir.

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, c'est relativement et un peu inexplicablement méconnu - je veux dire même parmi des gens qui sont à priori "le public", je ne sais même plus comment j'avais découvert ce disque, de mon côté, par exemple !

En revanche, comme je disais l'autre coup sur Twitch, c'est un album qui a été pillé par le hip-hop - le Gravediggaz cité, ou Headless Heroes sur Get It Together des Beastie Boys n'étant que deux ("gros") exemples ! Et de mémoire, McDaniels a été un des rares parmi les gens du funk etc. à tout de suite apprécier le hip-hop, en retour, à y voir une continuation de ce que lui faisait, au-delà du côté "piratage par les samples".

Message édité le 28-03-2026 à 15:37 par dioneo

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Cera Envoyez un message privé àCera

je découvre tout juste, incité par les posts de ces derniers jours. Merci, tout a fait ma came, étonnant même de ne pas avoir écouté plus tot. avec un bonus jagger the Dagger, deja entendu en sample sur le fabuleux 6 feet deep (Gravediggaz).

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

En effet, Outlaw est plus folkeux/troubadour, sorte de fin de soirée flore power qui commence à tourner aigre. Ça sent la fin de partie, tout de même. Et pour Donny, l'angle d'attaque est bel et bien différent mais j'entends une résonance, on va dire. C'est pas moi que tu verras se plaindre si tu chroniques les disques du funambule.

Message édité le 28-03-2026 à 14:29 par Coltranophile

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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De mémoire, Outlaws a un côté plus hippie-friendly, un poil moins tendu sous la soie côté "jetons un peu plus de feu dans la marre d'huile, il fait un peu frais dans le coin ces jours-ci", mais ma dernière écoute remonte à déjà pas mal loin.

Sinon je vois "l'articulation possible" avec Extension of a Man, assez facilement, même si le Donny en question me semble justement moins " étincelles", et aussi plus tendrement triste et lumineux à la fois... Encore un disque qu'il faudra chroniquer absolument, tiens, ça, en passant. (Et puis Everything Is Everything, aussi, allez).

Message édité le 22-03-2026 à 15:39 par dioneo

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