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The Last Poets › This Is Madness

lp | 15 titres | 35:35 min

  • A
  • 1 True Blues [2:03]
  • 2 Related to What Chant [1:09]
  • 3 Related to What [3:12]
  • 4 Black Is Chant [0:58]
  • 5 Black Is [2:31]
  • 6 Time [l1:40]
  • 7 Mean Machin Chant [1:22]
  • 8 Mean Machine [4:02]
  • B
  • 9 White Man’s Got a God Complex [3:39]
  • 10 Opposites [1:45]
  • 11 Black People What Y’all Gon’ Do Chant [0:46]
  • 12 Black People What Y’all Gon’ Do [3:23]
  • 13 O.D. [3:07]
  • 14 This Is Madness Chant [1:05]
  • 15 This Is Madness [4:53]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Tony Bongiovi. Produit par Alan Douglas et Stefan Bright.

line up

Alifa Pudim (voix), Umar Bin Hassan (Homar Ben Hassen) (voix), Nilaja (percussion)

chronique

Un disque de rage, de colère. De haine, même. En formes serrées, compactes, volontairement simples – pas la place d’enjoliver, ça éroderait l’attaque, l’impact. Percus et textes scandés, chœurs qui font du rythme aussi. Rien d’autre. Des intros qui font tourner quelques mesures de congas, bongos, cloches. Puis les versions avec les mots crachés. Une rhétorique d’attaque, de guérilla, de rue – black panthers, ton visionnaire et bitumier à la Leroy Jones, à la Malcolm X. Des mots d’hommes la torche à la main, l’alphabet kalash-en-bandoulière, la strophe onomatopée. Fierté brandie, intransigeance Robespierre. Tout doit tomber, raide : les têtes, les sentences, le vieux monde. À vrai dire par moments ça en devient difficile à entendre, tellement c’est tranché : la phraséologie extrême-gauche armée, le ton biblique, derrière, jugements et menaces vertueuses. Les Last Poets veulent une Nation Noire – séparatiste et dédaigneuse, agressive envers le monde autour, l’autre, le Blanc. C’est aussi finaud que de l’anarcho-punk versant "tête dans le guidon" ou du NSBM d’ancienne contrée soviétique, par passages. Avec un autre point de vue, d’émission, des locuteurs qui veulent détruire autre chose – mais pas plus en nuances dans la façon de l’asséner. Opposites, par exemple – qui permute les termes des plus insupportables clichés blanc/noir sans la moindre subtilité, pour un effet qui fait grincer les dents tant c’est aussi con dans un sens que dans l’autre (en clair et même littéralement : "le Noir est le Bien, le blanc est le Mal") . Les Last Poets s’en prennent à tout, ne pardonnent rien – annoncent crânement l’exécution, le retour de bâton. "Ça va faire mal". Ça claque, toujours – qu’on se sente ou non visé à travers les décennies et l’océan, pour une bête question d’épiderme. Puis on se rend compte aussi que certaines attaques touchent foutrement juste dans leur ton outré, leur ironie méchamment vive – White Man’s Got a God Complex. On finit par soupçonner que ce parti-pris extrême, cette ire jetée comme au débotté, ce doit être travaillé pour foutre ainsi les jetons, que si ça refuse en bloc de faire dans le détail, c’est une stratégie. Un choisi-ton-camp, c’est sûr, qui commence dès l’énoncé à faire le tri. Ça parle fréquemment de John Coltrane – homme de paix, lui, pourtant ; mais certes : Alabama ! – dans le flot enflammé, venimeux. Comme Gil Scott Heron, oui, comme d’autres qui le voyaient en héro. Mais contrairement à Heron (Pieces of a Man, sorti la même année) ; contrairement à McDaniels (Eugene et son Headless Heroes of the Apocalypse – idem), eux refusent le désarroi ; à l’inverse de Marvin Gaye, eux ne disent pas "Amour et Paix" mais "Brûle, Sodome, brûle !". La jeunesse sincère qui se fait gazer et tabasser par la garde nationale dans les manifs et les sit-ins ? Les avachis sur les pelouses de Woodstock ? DU PAREIL AU MÊME ! Le bébé et l’eau de la baignoire (au fond des comicos où l’on embarque les "frères" pour une petite séance de "question" ; au bord des marigots dans cette boucherie ou les troupes partent se faire étriper dans l’Asie du sud-est). Si Coltrane est le Messie, le Grateful Dead est la voix d’un diable ridicule – les agents de la dépossession, du vol, du pillage… Le blues, ÇA N’EST PAS EUX, pas ça – les foules hippies sont le corps du Grand Mensonge, moloch amolli et serpent séducteur. Et puis l’heure n’est plus à ça – à la friche aussi, le blues, passé l'introït. Il n’est plus temps de geindre mais de FRAPPER. Et puis enfin le verbe s’affole – débit, cassures, foulée qui se font virtuoses, folie, sortie de ce sens rigide, absolutiste, la forme qui se galvanise. Annonce sur This Is Madness les coq-à-l’âne saisissant d’un Chuck D (Public Ennemy) quinze, vingt ans plus tard – mais pas de Flavor Flav, ici, aucun bouffon, on n’est pas là pour déconner –, le souffle jamais court d’un KRS1 (qui posera en Malcolm, UZI au poing, sur la pochette de By All Means Necessary). Ce morceau-titre qui porte le disque vers autre chose – panique dépassée, l’amertume revancharde des plages qui précèdent dissoutes dans l’élan, l’arrachée. Poème fou-furieux qui dit que la poésie n’est pas, n’est plus, ne sera jamais assez – comme les programmes ne seront, ne sont pas, n’ont jamais été assez, seraient-ils ceux, jusqu’au-boutistes, des Panthers ou de la Nation of Islam. Parole toujours hostile mais qu’on ne peut plus écarter d’un revers pour défaut d’autonomie, comme bout plat et simple d’un autre catéchisme. Plage qui rend ce disque terrible – dans tous les sens du terme et au-delà de ce qu’on peut penser du propos de ces types, fanatiques jusqu’à l’aveuglement. "This is Madness" – eh, tu l’as dit ! À ces temps aliénés – l’année où c’est sorti ; pour les nôtres, on vous laisse y réfléchir – le remède qu’ils veulent administrer n’est pas moins violent, pas moins meurtrier, douloureux, que le mal. Je ne veux pas ce qu’ils clament, de cet autre ordre dont ils s’affirment prophètes – ce qu’ils en esquissent me semble d’une inanité égale à l’autre, à ce qu’ils exhortent à détruire. Leurs tambours et anathèmes, pourtant, me saisissent et dissipent tout envie de m’endormir, encore, dans ce contentement facile où eux – avec d’autres millions – ne peuvent pas accéder, et qu’à des millions d'autres on continue de vendre comme panacée et limite où se tenir. (Couperet contre couperet… De part et d’autres des deals frelatés dont la ligne finale est "le monde devient un endroit sûr").

note       Publiée le mardi 20 mars 2018

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dariev stands › mardi 20 mars 2018 - 15:18  message privé !
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bon, va falloir faire James Brown, tôt ou tard, hein ? Je me retrousse les manches... Je vais essayer de pas commencer par Sex Machine, ce qui est possible vu sa discographie... (au passage, si y'en a qui cherchent du proto-rap, farfouillez pas plus loin, James Brown était dessus en 1968, dès le break de Cold Sweat, qui est au passage dix fois plus implacable que du Jaki Liebezeit sous caféine). ça va pas faire baisser le nombre de 5 et de 6, c't'affaire

Dioneo › mardi 20 mars 2018 - 13:32  message privé !
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Assez d'accord avec ça - même si le Gillou est également une grosse influence et certainement un "proto", précurseur aussi, dans les débuts du rap. Son premier, à lui, alors que la forme est très proche de ce qu'on entend sur ce Last Poets (ou leur premier à eux, l'année d'avant... et tous les débuts en fait, dans cette formule percus-voix), j'ai toujours l'impression qu'il garde un truc plus "beat" dans le souffle (au sens des poètes de la beat generation, j'entends). Après - dès Pieces of a Man en fait - ça change, côté verbe, mais en même temps la musique s'étoffe, devient plus soul, carrément jazz, aussi. Alors que les Last Poets - outre qu'avec leur approche "séparatiste", ils devaient assez logiquement s'éloigner à toutes jambes de cette influence beat - ont direct une autre langue, plus argotique, moins portée sur la métaphore, avec aussi cette façon de faire groover des boucles de presque rien. (Par la suite ça deviendra plus funky dans les arrangements, aussi, franchement assez proche parfois des premiers trucs Sugarhill Gang, de la toute première génération de rappeurs).

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › mardi 20 mars 2018 - 13:16  message privé !

dans la catégorie proto-rap, il se pose là. Plus que le Scott-Heron, finalement.

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