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Gregorio Paniagua › Batiscafo

lp | 10 titres | 36:26 min

  • 1 Dragon [7:35]
  • 2 Placton [4:02]
  • 3 Kyrie Nicolai [2:24]
  • 4 Ciao [4:16]
  • 5 Spaguetti Alla Milanese [6:15]
  • 6 Vt De Sac [2:02]
  • 7 Preludio Balsamico Y Chacona [1:54]
  • 8 Batiscafo [3:11]
  • 9 Agua De Polifonia [1:47]
  • 10 Asi Es [3:00]

enregistrement

Produit par Gregorio Paniagua.

line up

Gregorio Paniagua (200 instruments, effets, production, montage)

chronique

Styles
avant garde
baroque
ovni inclassable
pop
krautrock
rock
Styles personnels
troubadour expérimental

Génie fantasque élevé au biberon du Conservatoire Royal et fondateur à 20 ans de l’Atrium Musicae de Madrid, Gregorio Paniagua peut se targuer d’avoir établi avec beaucoup d’astuce des ponts solides entre répertoire ancien et genres nouveaux, avec fraîcheur et drôlerie. Le regard perçant et rieur, entouré de sa fratrie, il donne du piquant hispanique à tout ce qu’il touche : de la musique arabo-andalouse à celle de Grèce antique – où se mêlent rigueur musicologique et liberté d’interprétation – les Paniagua font feu de tout bois. En 1980, l’aîné Gregorio avance masqué tel Arlequin dans l’univers plus binaire du rock, troquant son costume de chef d’orchestre pince-sans-rire contre celui plus loufoque d’explorateur sur son premier disque solo. Coup de tonnerre, lame de fond. Exit les cantigas et autres danses du moyen-âge, et place à une musique populaire actuelle, empruntant autant à l’électronique progressif qu’aux codes psychédéliques ; car avec sa pochette colorée d’aéronef à la Borowczyk, Batiscafo relève moins de l’école minimaliste italienne (type Roberto Cacciapaglia) que d’un krautrock au métissage inédit. Là où les précédents disques tiraient une base relativement savante vers l’expérimentation et la pop, l’inverse se produit ici sous nos oreilles ébahies, à grands renforts d’instruments divers et variés. Doux euphémisme ! Outre les incontournables guitare-basse-batterie-claviers, dressons vite fait un inventaire à la Prévert de l’arsenal musical déployé pour cette "extravaganza" jouissive aux faux airs de Vladimir Cosma. Flûtes, tournebouts, bombarde basse, chalumeaux, cor et olifant. Pianos et synthétiseurs divers. Violes, luth, psaltérion, vielle à roue, zanfora, organistrum, violoncelles, violon ou trompette marine. Les percussions n’ont rien à envier à cette gamme entière de cordes. Clochettes, cloches, campanile, carillon, glockenspiel, grelots, sistres, crotales, timbales, zambomba, castagnettes, flexatone s’ajoutent à d’autres instruments aux origines diverses. Derbouka, tabila, tarija et târ du Maroc ; cabasse, sanza et cymbales africaines ; tabla, sitar, tambûr, sarode, sarangi indiens ; tsuzumi japonais, gongs chinois ; claves, güiro, congas, lyre, hochets, guimbarde et percussions en bambou traditionnelles… De quoi donner le vertige. La choucroute musicale ibérique nous est étalée en dix services par le chef Gregorio Paniagua, en véritable héraut du do-it-yourself. Bien plus qu’un Mike Oldfied transpyrénéen, c’est en artisan qu’il interprète et structure chaque instrument autour de mélodies dynamiques, poussant le bouchon jusqu’à préciser au verso de la pochette l’origine de chaque son produit sur l’album. Il se plaît ainsi à mettre sur un pied d’égalité les instruments nobles avec tout un catalogue de bruits que n’auraient pas reniés Pierre Henry ou Luc Ferrari : bourdonnement d’abeilles, sifflements, boules de pétanques, balles de ping pong, vaisselle turque, champagne rémois, pétards madrilènes, ballons, bandes magnétiques, porte-clés, graines de caroube, conque, gourde, tubophone… et une scie égoïne, dont il estime la provenance du vingtième siècle. On l’aura compris, le maestro espagnol ne se prend guère au sérieux. Et pourtant… Même si Batiscafo demeure largement méconnu, qu’il n’a pas marqué son époque et qu’il n’est pas exempt de (menus) défauts, Gregorio Paniagua y multiplie les éclairs de génie et crée une perle d’inventivité non identifiée. Hispavox (EMI) devrait clairement songer à rééditer ce petit chef-d’œuvre, cette écoute essentielle, ce voyage rendu possible par la rencontre de deux vecteurs rarement associés : le talent et l’audace !

note       Publiée le mardi 8 août 2017

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DukeOfPrunes › vendredi 11 août 2017 - 14:14  message privé !
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Ouaip. Le tendu est meilleur mais j'espère que Wah Wah ou We Release Whatever the Fuck We Want nous ferons le plaisir d'une réédition sous peu !

Note donnée au disque :       
dariev stands › jeudi 10 août 2017 - 21:32  message privé !
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et ça se trouve en flac.... pas hyper courant, mais ça se trouve.

DukeOfPrunes › mercredi 9 août 2017 - 10:06  message privé !
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Le disque est dispo entièrement sur le Tube si tu veux ! Je l'ai découvert comme ça. C'est moins opti niveau son que le LP (on entend moins la richesse des timbres) mais ça donne plus qu'une excellente idée !

Note donnée au disque :       
David Locke › mercredi 9 août 2017 - 09:20  message privé !

Une présentation hyper alléchante...Mais une première recherche m'a déjà refroidi en voyant le prix où semble s'échanger le vinyle...Néanmoins, c'est noté dans un coin et un jour peut-être... En tous cas, merci pour cette chronique !