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Meurtre › Posthume

lp vinyle | 7 titres | 00:00 min

  • face a
  • 1 Travailleur Handicapé
  • 2 Therefore I Am
  • 3 Le Plug
  • 4 Le Cercle
  • face b
  • 5 Chips / Mord
  • 6 Exit
  • 7 Radio Capital

enregistrement

Enregistré A La Clara A Amiens En 2012-2013 par Captain France - Masterisé par Benoit Courribet - Mixé par Antoine Clémot sauf Chips/mord par Captain France , et Exit par Ditykman

line up

Antoine Clémot (guitares, arrangements, basse, programmation, synthétiseurs, percus, vocaux), Elisa Pône (basse, percus), Alexis Cailleton (chant, trompette, cor, percus)

Musiciens additionnels : Alexis Forestier (voix sur "Chips/Mord")

chronique

Styles
ovni inclassable
punk
noise rock
Styles personnels
excavation à 90°

L’histoire d’une marche forcée vers l’autodestruction, on vous l’a déjà contée, hum ? Restez quand-même, car pour une fois on tient un disque qui se prend le truc dans la gueule (et nous avec) sans faire dans l’ironie plus-salvatrice-depuis-un-bail. Posthume contient des scènes d’éviscération à vif qui pourraient heurter la sensibilité du jeune public, si celui-ci ne s’en enfilait pas au petit dèj par paquet de 12 sur youtube. "Travailleur Handicapé" transpose la peur dans le camp du réel le plus prosaïque, et prosaïquement insupportable. Comme Henry Rollins sur My War de Black Flag, le préposé aux hurlements ne mâche pas ses vitupérations contre le monde (fabuleux) du travail, ses répétitions, ses horaires et contraintes arbitraires, ses déplacements au milieu du troupeau, sa propension à fabriquer de la connerie et l’acceptation, voire satisfaction d’icelle. Guitares crades qui décolorent tout, pas de batterie mais un tambour qui rappelle ce premier ep de Joy Div "An Ideal for Living"… Et des rumeurs sinistres, tout du long. Samples, cris, bruits, grincements informes… Jusqu’ici, ça va, on peut se croire en terrain connu. Mais dès les trois premiers titres de la face A, on n’est pas exactement certain d’où on se trouve. Ça s’emboîte, ça bifurque, ça ménage un peu de silence pour mieux reprendre l’assaut… Meurtre ont une dynamique bien à eux, différente de la plupart des groupes de noise rock. Sans parler de sophistication, il y une recherche du coup fourbasse, que la prod met en valeur sans dévoyer le côté revêche. "Therefore I Am", ça racle et ça fait du bien… (je digresse, mais "Je suis donc tu hais", peut-on voir taggué sur les murs de mon quartier. L’idée que qui se déteste jusqu’à l’auto-exécration peut prétendre à la décharge de ses émotions négatives sur autrui. Mais l’obédience à sa propre aliénation est le préalable.) Enfant d’un noble désir mortifère, Petit Meurtre est devenu grand. Ce qui ne l’a pas empêché de disparaître. Mais après un truc comme "Le Cercle", on peut certes décemment tirer sa révérence : le champ de décombres est fumant. Nous voilà pris au piège dans un tout autre cauchemar. La grandiloquence chairs à vif de Fœtus, dans sa période indus-craspec années 80, le tout sur une base rythmique qui rappelle presque A Certain Ratio. Mais ce son des clairons torturés en mode free, cet enfer de marbre et de métal ici reconverti en arène pour gladiateurs ? Fœtus, encore. Pensez Jules César derrière son télécran, maniant l’euphémisme comme d’autres le couteau de boucher (tous les matins au boulot), pendant qu’en contrebas les cuivres rythment le massacre. Poussière dans les yeux, sang, sueur, et pas de temps pour les larmes. Un genre de Streets of Rage revisité par Leni Riefenstahl. Postume, post-humain ? Face-B : Vanitas, was ist das ? Ça commence avec le recoin le mois dépoussiéré du disque, ce truc encore enseveli sous un tsunami de clichés noise-rock (mais si l’addition Allemand + musique sombrex vous renvoie inconsciemment au dernier Reich, c’est de votre faute, fallait pas pioncer en cours d’Allemand et vous auriez d’autres clichés plus voll geil)… Mais d’une part la vague de noise-rock - bien que constituée à 90% de groupes similaires - continue de charger des détritus bizarres, ceux que l’époque veux bien y déverser quand personne n’en veut plus, et d’autre part, à y écouter plus près, ce qui s’annonce comme une répétition de l’accélération initiale de la face A… Se révèle un truc plus bancal, encore moins prévisible, encore plus retors. Et qui se termine deux fois en queue de poisson, meurtre avorté suivi d’un court silence de résignation. Et là, changement de fréquence : "Radio Capital", tournerie casio sur fond de diplodocus basse-grosse caisse qui avance, entrecoupée de bouts d’absurdités déversés par les médias, que le groupe a eu la bonne idée de faire déclamer par des voix de potes à eux, plutôt que de céder au procédé facile du sampling… Et c’est une fin adéquate pour cet album et la carrière de Meurtre : la litanie lobotomisante qui finit par gagner, ou bien peut-être que non, car on la récupère, on s’en fait un morceau indus-rock mâtinée de minimal-wave désabusée, on s’en approprie les mots et on lui colle son étiquette méritée sur sa non-gueule. Ça ne change pas le business as usual mais ça soulage. Car la musique a ses phases, et celle-ci est une phase cathartique. On garde au final le sentiment d’un skeud 90’s au sens le plus noble du terme, un disque qui charrie des images de détresse apocalyptique, de relents de rage sans objet ni cause perdus au milieu du néant de sens, absurde dans les nœuds de circulation de la Métropole, enfer propre pour mal-être sale. Qu’on en fasse un disque importe énormément, et au final tout ce qui en reste, au-delà des histoires de chant en français (ici, tout sonne juste, sobre et n’empiète jamais sur la musique, c’est rare, il faut le dire), de médium trucidant le message ou de fond assassinant la forme, tout ce qui en reste donc, c’est l’énergie. Plus tellement rock, mais punk, ça on le ressent. Et peut-être un constat froid et lourd, mais qu’il vaut mieux faire dans la hargne et en le matant dans les yeux : La préhistoire est longue, la curée, interminable. Et les T-Rex ne nous laisseront en paix que le jour du grand lavage à 90°. On écoute Meurtre en attendant, mais l’attente sera longue, pas sûr qu’on y survive. "Cette fois il a raison : l'enfer, c'est les autres."

note       Publiée le vendredi 29 juillet 2016

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Klarinetthor › vendredi 29 juillet 2016 - 14:29  message privé !

L'artwork met bien en valeur la musique, comme toujours avec Meurtre, mais cette pochette decoupée avec sa sous-pochette tachée de sang est particulierement reussie.

Note donnée au disque :