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Catherine Wheel › Ferment

  • 1992 - Fontana, 314 512 510-2 (1 cd)

cd | 12 titres | 57:11 min

  • 1 Texture
  • 2 I Want to Touch You
  • 3 Black Metallic
  • 4 Indigo is Blue
  • 5 She's My Friend
  • 6 Shallow
  • 7 Ferment
  • 8 Flower to Hide
  • 9 Tumbledown
  • 10 Bill and Ben
  • 11 Salt
  • 12 Balloon [bonus track]

line up

Rob Dickinson (chant, guitare), Brian Futter (chant, guitare), Dave Hawes (basse), Neil Sims (percussions)

chronique

Les artifices... Dangereux mais sans danger. Me rappellent que j'ai un passif assez particulier m'ayant peut-être ammené à ce groupe. En effet, encore tout môme lors d'un quatorze juillet, j'ai été brûlé au second degré par une Catherine wheel. Les feux étaient mal sécurisés. Cet accident a eu lieu l'année même de la sortie de Ferment, et j'en ai gardé quelques cicactrices diffuses. Bien sûr tout ceci est vrai... à moins que je ne l'aie rêvé... comme la musique de Ferment, que j'ai toujours un peu l'impression d'avoir rêvée. Comme Hüsker Dü, voilà un groupe imparfait mais attachant. Sans toutefois être aveugle concernant leur inocuité, leur légereté très pop et l'aspect indolore de leur musique aux premiers contacts... Je m'y suis attaché parce que j'ai un faible pour les 90's rock, leurs groupes velus mais aussi, parfois, leurs groupes imberbes (même quand leur nom évoque la torture). Je m'y suis surtout attaché car je l'ai écouté au quotidien, le "matin" en allant bosser, le "soir" en rentrant. Je l'ai écouté comme d'autres prennent ces pastilles pour avoir bonne haleine avant d'aller au travail. J'ai suçoté cet album, oui... cet album de Catherine Wheel qui est fade... si on essaie de se concentrer dessus. Il ne faut pas se concentrer sur Catherine Wheel, c'est une erreur. Il faut les écouter en fond, et fort. Ce n'est pas antinomique, non. Pas plus que de pointer leur rouille de guitares mêlée d'antiseptique vocal. Écouter ce premier Catherine Wheel pour qu'il fermente mentalement nécessite une approche typiquement shoegaze : l'approche frontale de biais. L'écoute lounge avec zoom audio pour en saisir le relief. Le contact répété avec ces refrains shoeshoe-la-praline (le bonus "Balloon" remportant la palme dans l'exercice), ses stalactites de riffs et ses accalmies troublantes - même son chant de british sensible aussi évanescent qu'une eau de toilette bon marché. L'évidence d'un intitulé comme "Indigo Is Blue" (le morceau avec l'intro à la Glenn Branca), indicateur sur la teneur du son même si la pochette a des teintes opposées à celles du suivant le plus bleu des deux est peut-être celui-ci... L'infusion lente... À condition évidemment de sentir dès le départ le potentiel. Le shoegaze est l'une des musiques qui impliquent le plus l'effet grower, et Ferment est l'un des vrais growers du genre. S'attacher à une aquarelle plus qu'une autre, trouver cette tiédeur-ci plus glaciale ou chaude que cette tiédeur-là... tout ça, c'est très shoegaze comme sensations. Si certains morceaux, comme "Flower to Hide", restent des moments purement frivoles, d'autres se sont révélés comme des compagnons. "I Want to Touch You", pour son aura typiquement nineties, ses guitares chatouillant le sublime, ses airs de tube grunge joué par des cadres anglais en costard sur-mesure. Mais aussi "She's My Friend" - ici dans une version au son de guitare moins corrosif que l'originale de 1991 - qui est peut-être mon titre préféré de Catherine Wheel (avec son sujet tout à fait approprié à la voix du chanteur qu'on imagine neutramisé par ses cibles sentimentales féminines avec son mojo d'adulte vierge), un morceau obsédant, pas très éloigné des titres les plus turquoises que feront Paradise Lost... Ou le titre éponyme plus aérobie et éthéré, avec ses passages calmes dignes des meilleures ambiances de Bark Psychosis (la présence d'un bout de Talk Talk aux manettes n'y est pas étrangère), et ses explosions électriques d'une douce brutalité. Ces morceaux me hantent désormais, lointains mais présents. Ce qui contrebalance la légèreté pop / power pop sur ce Ferment, c'était cet amour des zones d'ombre, que Catherine Wheel cultivaient. Catherine Wheel puisaient leur magnétisme dans les guitares-aquarelles, et leur charme opérait en clair-obscur avec la présence de ce chant qui n'est qu'enrobage incolore, nappage vocal tellement transparent qu'il en devient fantômatique. Si j'ai appris à être sensible à ce genre de chant grâce au Moz depuis ma découverte de The Queen is Dead, il faut bien avouer que la voix de Rob Dickinson est en effet tout autant sinon plus inoffensive que celle de son cousin Bruce (le conteur d'épopées pour puceaux à cheveux longs, oui, celui-là), inutile de se mentir : elle est transparente. Et ce n'est pas vraiment un drame, dans ce genre musical. Cette voix de Daho ébahi est le halo pâle qui sertit la pop très corrodée et très mélodieuse de Catherine Wheel, et contribue à la douce fascination exercée par Ferment. Un halo qui trompera les oreilles avides de crasse depuis trop longtemps, une voix rasée de frais et fraîche comme la pomme fraîchement cueillie - et finalement le meilleur chant possible pour mettre en valeur les attaques mollement furibardes telles qu'on peut en entendre sur "Black Metallic", ce morceau qui sonne comme un slow joué dans une aciérie, l'angelot au micro zonant au milieu des gerbes d'étincelles crachées par les guitares avec la sérénité du Nazaréen en équilibrisme pédiluve... Toegaze.

note       Publiée le mardi 14 juillet 2015

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Consultant en informatique › samedi 15 avril 2017 - 23:35  message privé !
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Tout n'y est certes pas mémorable, mais on y trouve de ces monstres ! She's my friend et Bill and Ben : difficile de faire plus ravageurs psychopompes.

Dun23 › mardi 14 juillet 2015 - 22:25  message privé !

ouch, me prend un coup de vieux. Je le sort de temps en temps. La chro résume bien la chose. J'en ai un souvenir un peu trop diffus pour noter à part que j'aime bien sur le moment. Ouais, t'écoutes ça de temps à autre comme tu te ferais du thé alors que tu carbures à l'expresso d'habitude.

Seijitsu › mardi 14 juillet 2015 - 20:02  message privé !

Roooh, cette blase de tepu. Alors que Catherine Wheel est un des groupes plus ouvertement pop rock du style.

Note donnée au disque :