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Catherine Wheel › Chrome

cd | 12 titres | 53:46 min

  • 1 Kill Rhythm
  • 2 I Confess
  • 3 Crank
  • 4 Broken Head
  • 5 Pain
  • 6 Strange Fruit
  • 7 Chrome
  • 8 The Nude
  • 9 Ursa Major Space Station
  • 10 Fripp
  • 11 Half Life
  • 12 Show Me Mary

line up

Rob Dickinson (chant, guitare), Brian Futter (chant, guitare), Dave Hawes (basse), Neil Sims (percussions)

Musiciens additionnels : Tim Friese-Greene (orgue)

chronique

Métallique. Plus dense que Ferment. Plus... calibré. Cadre. Plus compact, comme un noise rock hydrophile lorgnant par endroits vers le metal alternatif candide. Tel est Chrome. Un brouhaha chochotte au double effet kiss-cool. Un rock à la surface très granuleuse et en même temps très lisse, des dissonances ("Ursa Major Space Station") écorchant l'épiderme d'une créature pâle et alanguie nommée Catherine Wheel... "Kill Rhythm" met dans le bain direct sans intro. Les guitares sont magmatiques. Rob Dickinson se découvre un chant rugueux, une âpreté de gosier, mais qui ne change rien à la donne : il est gentil, fondamentalement GENTIL. L'innocence même du dadais albino exclusivement nourri à la flotte, virevoltant sur les braises ardentes de son rock avec des mimiques qu'on devine nunuches à souhait, celles de ces bellâtres respectant les femmes au point de ne pas les toucher. L'eau attaque la roche mais ça prend du temps. Le son du groupe est plus vigoureux, on sent que nos britons jouent plus que jamais à faire leur grunge, leur grunge d'anglais, leur grunge nautique, aux boulons et aux écrous flottants, aux bouées sidérurgiques.... Et aussi, malgré un son plus chargé, ce qui ressemble toujours à des tubes une fois l'oreille accoutumée à ce rock H²O, ou plutôt des tentatives, puisque déclamer l'expression "tube shoegaze" a quelque chose d'un peu malhonnête. Eau parfumée. Rêve monochrome, mental lactose et mélodies-bifidus, "riffs" plus compacts que jamais, tentatives d'écrasement désespérées (le titre épo) et fixegrole acrobate... Liquide. Catherine Wheel est plus chloré que jamais. Relaxant comme de bonnes brasses en solitaire dans une piscine olympique par un clair matin de printemps. L'accouchement de ce second album donna la perte des eaux nécessaire au bain du second bébé de Catherine Wheel, qui a la rugosité du cabillaud caressé à rebrousse-écailles (les guitares), et la fadeur ambivalente de sa chair (le chant). Une pochette qui est donc fort à propos pour ce Chrome fluide, lisse selon le sens dans lequel on le caresse, tellement micro-poreux qu'il en devient sans aspérité au toucher tympanique. Et pourtant selon le volume, puisque présentement je le réécoute fort, on perçoit tout son relief. Oui : écouter cet album en fond n'a aucun intérêt, il faut le jouer à volume adulte, sinon walou. Inutile d'essayer de vous décrire en quoi "The Nude", qui n'est basiquement que du Smashing Pumpkins sans l'infect bonze arrogant à face de quetsche leur servant de frontman, est un morceau qui me réjouit... La gaze sur le chou, voilà tout. Je suis moins fan de titres comme "Pain" ou "Half Life" avec leur côté indie rock à caban beige, même si rien de dramatique non plus de ce côté-là, je réserverais le plus gros bémol pour "Show me Mary", titre aussi couillon qu'inutile finissant sur une note un peu tâche ce joli petit album. Chrome a le poids que la légèreté peut avoir parfois, comme un Smiths chargé d'acier, séduisant la ferraille en de gracieux babils... Paradoxe ou simple résultante de cette voix décidément toujours aussi gentille (shoegaze) mais moins plane, qui tente de faire sa pute sur "Broken Head" en montant dans des aigus aussi timides que touchants. Il faut attendre l'hommage "Fripp" (qui m'évoque plus la plénitude de Gilmour que le venin de Bob pour le coup) pour que Chrome atteigne les profondeurs de sa piscine désinfectée dans les moindre recoins. Avant, après, cet album n'est qu'un bloc noise pop aux hits aquarellés à mort, aussi homogène que tous les albums recommandables du genre, un album que je résumerais au mieux en disant qu'il est d'une massive évanescence. Flourd comme un souvenir s'abattant sur nous sans prévenir. Délicat à chroniquer avec justesse, comme tout bon disque du genre, même s'il est un des plus immédiats... Ou alors peut-être faudrait-il inventer une nouvelle façon de chroniquer dédiée à la shoegaze, avec des essences mélomanes qu'on pchit-pchiterait sur des languettes papier à imprimer comme ces pimbêches employées de parfumerie, puisque ce rock, cette pop, est plus qu'aucun autre affaire de subjectivité. Pour moi Chrome ça sent le Bleu de Chanel, en eau de toilette plutôt que de parfum. Ce disque parle à mon côté "soulwashed" : j'ai le sentiment de plénitude de Moïse devant l'eau qui s'écarte tandis que les demoiselles me frayent une allée à l'unisson, dociles comme les molécules de l'eau épousant la silhouette du nageur. Les mains jointes pour la prière (apprentissage de la brasse leçon numéro un) sont la voix, les guitares sont l'eau, cette entrave malléable à travers laquelle on retrouve les sensations de l'état fœtal. Le flottement primordial. Voilà un album qui, même si je l'aime bien et ne l'aimerai jamais à la folie, reste un des disques auxquels je pense immédiatement quand je pense aux années quatre-vingt dix, aux groupes de "seconde zone" qu'elles nous ont servi discrètement sur un plateau d'argent. En fait je crois que je pense surtout à "Crank". Mais en fait, non : je crois que je ne pense pas à grand chose quand je l'écoute, me laissant balloter au gré des remous avec l'air un peu béat du petit Mayol dans son premier lagon.

note       Publiée le mardi 14 juillet 2015

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Raven › mercredi 15 juillet 2015 - 20:48  message privé !
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Ouais je kiffe le tube de ce groupe depuis 95 et la sortie de Dumb & Dumber en VHS ("Crash" à fond dans la toutou-car au milieu du film, justement, puisqu'on cause écoutes en bagnole dans le forum en ce moment), j'ai emprunté le premier en médiathèque bien après, c'est juste que mon best of avec la tête de Tracy en gros plan me suffit, jamais ressenti le besoin d'avoir plus.

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Seijitsu › mercredi 15 juillet 2015 - 20:43  message privé !

Le premier album est une pépite ouais. Si t'es branché Jesus and Mary Chain dans leurs moments les plus solaires et entêtants, c'est du petit lait. Et t'as une chouette blonde au micro en plus (Debbie Harry en mieux à mon goût...).

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Raven › mercredi 15 juillet 2015 - 20:39  message privé !
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J'ai que le best of des Primitives dans ma cédéthèque, mais il contient les très bons titres du premier donc pourquoi pas... il y a même un morceau qui préfigure Beast of Dreams de Pain Teens dessus.

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Seijitsu › mercredi 15 juillet 2015 - 20:38  message privé !

Bien vu Raven ! C'est pas ma préférée des Blink, mais Enema of State est un des seuls disques du genre que j'arrive à écouter avec plaisir.

Et The Primitives tu dis ? Aboule les chro...

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Raven › mercredi 15 juillet 2015 - 20:33  message privé !
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La power pop idéale pour moi c'est les Cars, les Primitives, le Costello quand il est bien échancré, ou Therapy? sur certains tubes... Catherine Wheel de ce point de vue n'est pas assez LIMPIDE (ce qui est le cas de Invisible Touch, ULTRA-limpide, et FROID), pour l'approche/accroche pop c'est très subjectif et je prends donc leur charme pop comme suit : soit le refrain marche ("She's my friend") soit il ne marche pas ("Show me Mary", qui sonne un peu Smiths mais surtout très campus rock ricain, donc si tu kiffes ce titre tu dois kiffer "All the small things" de Blink 182 non ? les refrains sont du même niveau d'épaisseur)

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