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Toad › #2

cd | 9 titres | 60:29 min

  • 1 Païre maïre/I eron un i eron dos/Bourrée à Chabrier [4:19]
  • 2 Polka à Chastagnol/Polka à l’abiru [4:02]
  • 3 Le curé de la chapelle/Los chaumellhos [6:36]
  • 4 Mazurka à Gravière/Mazurka à Rochon [4:42]
  • 5 Bourrée à Chabrier/Bourrée à Tournadre/Bourrée de Trémouille [5:01]
  • 6 Mariton ton pucelage [9:26]
  • 7 Le pas du loup/Scottish à Solomagne/Faï tontra [4:35]
  • 8 Bourrée à Solomagne/La simplette [9:08]
  • 9 L’aurelha de lebre [12:40]

extraits audio

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enregistrement

CD, pochette digisleeve. L’intégralité de l’album est en écoute libre depuis la page bandcamp du label (voir lien plus haut).

line up

Pierre-vincent Fortunier (cornemuse béchonnet 11 pouces, violon), Yann Gourdon (vielle à roue), Guilhem Lacroux (guitare)

chronique

La machine à rythme… Qu’on me comprenne : il ne s’agit pas là d’un jeu robotique, de périodes automates. Rien, ici, n’est programmé, informatique. Même… Pas plus que sur le premier disque du groupe, il n’est question là de scansions frappées sur des instruments supposément à percussion. Le rythme : c’est un débit ; des intensités qui pulsent d’elles-mêmes ; le tour infiniment varié que prend la matière sonore, qu’elle tient, garde, lâche… Qu’elle modifie soudain ou tout en progression. Vitesses et volumes. Ceux-ci, plus encore qu’avant, sont pour la danse, l’emportent. Celle-là intoxique. Les rythmes ont tous leurs noms. Ce sont ceux de lieux, de personnes, de familles. De villages et de places qui sont des communautés. Personnels. Et anonymes seulement au sens de "sans auteur qui soit autre chose qu’un de ces points ci : dans l’espace, croisée, pivot du monde". Certains de ces morceaux – dès la Bourrée à Chabrier qui clôt la première piste – ont été joués, déjà, sur le premier album. Il me semble qu’ici, ils vont plus loin, plus fort. Ces choses là – question toujours d’espace où elles sonnent – sont sans arrêt semblables, et jamais vraiment identiques. L’inflexion se nourrit et capte la lumière, les souffles, les harmoniques, encore. Aucune des mélodies n’est de hasard, on ne peut rien permuter. Les basculer, si. Chacun de ses motifs sans cesse remis, tournés, répétés, est comme l’âme de ces danses, de ces plages où elles s’articulent en suites. "Âme" non au sens religieux mais à celui, technique, de la lutherie : pièce de bois brève, cylindre net qui rend plus solide la caisse de résonnance, qui en même temps conduit la vibration jusqu’à son fond. Il se trouve que trois des instruments joués là ont dans leur mécanique ce genre de bouts de bois : le violon de Pierre-Vincent Fortunier, lorsqu’il ne tient pas la cornemuse ; la guitare "archtop" de Ghilem Lacroux ; et la vielle de Yann Gourdon ; de tous essaiment des fréquences en paquets, en complexes ; filés, nuées, vrilles, concrétions et déchirures, trouées dans quoi leur propre course s’engouffre, en bouffée ou en flot, vapeur et retombées. La présence des musiciens, sur ce disque, est simplement stupéfiante. La musique saisit l’attention, la perception. Elle est comme un coup qui, les frappant, les éveille. Lumière, disais-je… Ce n’est pas pour rien que les animaux et les arbres – cerfs et biches dans un bois, une orée, une clairière – sont baignés sur la pochette de ces couleurs vives, comme irisées. Je dirais presque : psychédélique. Les gens de La Nòvia, c’est sûr, ont une vision. Une intuition du son, de ses effets, de sa matérialité. De la lutherie, encore. De sa nature. La nature est milieux, trajets, lisières, mouvements. Lumière, encore, températures, consistances. La dissonance, à vrai dire, ne peut exister ; la tension, oui : parce que certains intervalles sont tendus, durs, et d’autres lâches, ouverts ; les intervalles : ils ne sont pas question de hauteurs fixes, justesses ou faussetés consignées ; ils sont des distances, et encore une fois les mouvements sur cette distance, dans elle, qui est sa dimension, sa taille – du verbe tailler, angle, biseau, autant qu’histoire de grosseur ou finesse, longueur, surface. Il me semble qu’ici, bien plus que sur son premier disque, Toad se libère des semblances avec le folk d’avant, la tradition modernisée telle que jouée dans nos contrées depuis les années soixante dix. Bien sûr, la substance – répertoire, collectage – est toujours commune. Mais plus rien ne les retient. Art, artisanat, fabrication, métier parfaitement original. Et complètement fidèle : aux thèmes, aux noms donnés, encore, comme titres. L’élément "drone" trouve ici une force inédite, même inouïe – paradoxalement dynamique, propulsive, là où le terme appelle souvent, ailleurs, l’idée d’une masse presque statique, ou simplement tremblante. Là, le bourdonnement attrape, se fait puissante centrifuge/centripète autant au moins que la ligne, la boucle des ritournelles. La densité des unes, de l’un, nous portent à leur couches d’atmosphère, équilibre gazeux, espaces béants ou resserrés, rayons qui se plantent dans l’œil et le voilent, obscurité qui tombe en voile. Cela se termine encore par une pièce lente et vaste, dont on a l’impression, en se concentrant assez, de pouvoir suivre le battement, l’oscillation plutôt, à même le sinué, à même ce temps qui ne se compte plus mais… Une fois de plus : s’écoule. Machine à trois hommes. Rythme qui est un cosmos. Un qui ne fait que pousser depuis l’espace où l’on joue. Aucune superstition, fausse poésie, magie frelatée. Et durant tout ce moment, rien qui soit œuvre de basse industrie.

note       Publiée le samedi 13 juin 2015

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Klarinetthor › jeudi 15 septembre 2016 - 12:01  message privé !

A St Merry le 24 (dans le cadre de ce festival: https://www.crakfestival.com/crak-5...), ce Toad, le Violoneuses, le Puech Gourdon Brémaud, et le Jericho devraient etre disponibles!

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merci pour le fusil... › samedi 13 juin 2015 - 11:31  message privé !

Verdouble, très bon, oui. Au début, l'équilibre semble rompu, puis je me suis rendu compte, au fur et à mesure des écoutes, qu'ils ont simplement mis en exergue un détail crucial, l'aspect le plus sismique-bouillonnant de l'affaire.

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Dioneo › samedi 13 juin 2015 - 11:27  message privé !
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Si tout va bien je les vois bientôt en vrai, les double-vielleux... (Aux Échos, donc. Ça s'annonce bien c't'affaire).

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saïmone › samedi 13 juin 2015 - 11:24  message privé !
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Verdouble c'est vraiment ultime oui

Dioneo › samedi 13 juin 2015 - 11:09  message privé !
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Y'a moyen que ça te rebute pas, ouip, je pense...

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