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Fairport Convention › Liege & Lief

  • 1969 • Island ILPS9115 • 1 LP 33 tours
  • 1969 • Polydor records 2310 919 • 1 LP 33 tours
  • 1970 • A&M SP 4257 • 1 LP 33 tours
  • 1986 • Island ICM 9115 • 1 EP 45 tours
  • 2003 • Island IMCD 291/586 929-2 • 1 CD
  • 2007 • Island 530 111-1 • 2 CD
  • 2008 • 4 Men With Beards 4M 159 • 1 LP 33 tours

cd • 10 titres • 55:23 min

  • 1Come All Ye5:02
  • 2Reynardine4:33
  • 3Matty Groves8:09
  • 4Farewell Farewell2:39
  • 5The Deserter4:23
  • 6Medley : The Lark In The Morning ; Rakish Paddy ; Foxhunter’s Jig ; Toss The Feathers4:08
  • 7Tam Lin7:13
  • 8Crazy Man Michael4:40
  • Bonus de l’édition CD
  • 9Sir Patrick Spence4:00
  • 10Quiet Joys Of Brotherhood7:48

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par John Wood, Sound Techniques, Londres, les 16 octobre (4 et 5), 19 octobre (8), 29 octobre (1, 6, 7 et 10), et 1er novembre 1969 (9). Produit par Joe Boyd. Titres 9 et 10 mixés par Paschal Byrne aux studios Universal en janvier 2002. Remaster CD par Gary Moore, Joe Boyd et Ashley Hutchings.

line up

Sandy Denny (voix), Ashley Hutchings (guitare basse), Dave Mattacks (batterie), Simon Nicol (guitares), Dave Swarbrick (violon), Richard Thompson (guitares)

remarques

Les titres 9 et 10 sont les bonus de l’édition CD Island de 2003.

chronique

Une trajectoire se brise. Ç'aurait pu être une fin. Au printemps 1969, le van qui transporte Fairport Convention – en tournée après deux albums déjà sortis cette même année – quitte la route. Accident. Deux passagers y laissent leurs vies : le batteur Martin Lamble, dix neuf ans ; et Jeannie Franklin, la compagne de Richard Thompson. Le groupe pense d’abord se séparer, ne pas s’en remettre. Pourtant... Joe Boyd – producteur du groupe, Américain établi à Londres, à qui la scène folk anglaise, rock ou pas, doit tant – loue une maison à la campagne, isolée. Propose qu’ils s’y retrouvent, qu’ensemble ils y recouvrent. Voilà : l’histoire est dite. Mais il n’y a pas, mais elle n’est pas que ça. Ce disque ne porte pas, n’est pas la marque sinistre du deuil, son ombre seule qui planerait. La vie n’a pas cessé, de ceux qui sont restés… À vrai dire, Liege And Lief commence par une fête, un appel, une injonction de joie. "Venez, roulants ménestrels/Ensemble nous essaierons/De réveiller l’esprit de la Terre/Et de mouvoir le ciel roulant". C’est Sandy Denny qui écrit la chanson. En anglais infléchi de dialectal (Come all YE rolling minstrels…). Et celle-là – comme toutes sur cet album – plonge ses racines à d’anciens répertoires. Locaux. Anglais, donc, "celtiques". Médiévaux, populaires. Parfois étranges… Gigues, ballades, légendes. Sandy, paraît-il, chantait et jouait déjà, à son arrivée dans le groupe, de ces poèmes et danses tirés du fonds anonyme, passés par tant de mains et de gorges qui, les transformant, avaient rendu presque impossible de remonter à une origine unique, certaine. Ashely Hutschings, semble-t-il, s’en délectait particulièrement. Et puis un autre choc – celui-là heureux – les avait tous frappés quelques mois plus tôt. Un disque. Le Music From Big Pink de The Band, sorti à l’été 1968. Incroyable plongée folk, country, formes appropriées complètement, absolument pas jouées comme au musée. Un bout d’histoire américaine – soudain vivante – s’était animé devant eux. Il n’était plus, il n’était pas possible d’imiter ce voisin d’en face. Il fallait – à leur tour – que ceux là trouvent d’autres sources. Hutchings se mit à fréquenter assidûment, à Londres, les archives de la Cecil Sharp House, afin d’y recueillir des textes anciens, de s’immerger dans ce trésor alors largement oublié. Tout ressurgi, ici, sur ce disque. Les légendes jaillissent. Les membres du groupe choisissent, remodèlent. Ils épousent les métriques parfois inhabituelles, irrégulières – caractéristiques qui parfois peuvent venir d’un village, d’un lieu dit, d’une cour, qui sait, particularismes de lignées, de tribu ou fantaisie de poète (si tant est que l’on puisse toujours démêler qui de quoi). Ils trouvent ce que celles ci accentuent, comment elles articulent les pièces. Il ne s’agit pas de recréer un modèle, d’imiter. Pas plus de croire, de se faire croire, qu’on fait renaître tel quel ce qui avait été interrompu, recouvert, suspendu. Il ne s’agit encore pas, cette matière investie – et modifiant elle-même le jeu, posant et poussant ses territoires – de "moderniser" à tout prix l’interprétation. Il est question, toujours, toutes techniques informées, idées découvertes, de jouer à même le jour, de continuer ainsi ce qu’on a saisi. Ils y parviennent – avec une sûreté de geste, un sens des durées, des vitesses adéquates, des changements et répétitions assez stupéfiants. Ces jeunes citadins se font une commune en pleine terre. Une place sans parquet pour la danse. La propulsion du jeu collectif, sur les morceaux, les parties enlevées, emporte comme jamais (ou autrement, plutôt… la cohésion du groupe était déjà palpable, magnifique, sur l’album précédent). Le jeu du nouveau batteur – Dave Mattacks – n’imite surtout pas celui de l’ami défunt. Tout en frappes brèves mais roulées sur la caisse claire et les toms, véloce mais sans brillance métallique – proche dans sa façon de lancer et tourner de ce qui se pourrait jouer sur des tambours sur cadres frappées des doigts, des paumes. Pas de syncopes, là, d’accents jazz dans les cymbales, comme auparavant dans le jeu de Lamble. Ce n’est pas qu’ils fassent défaut : c’est aussi que la musique passe, est passée ailleurs. Matty Groves ou la suite initiée par The Lark In The Morning sont d’irrésistibles rondes. Et pas vidée de toute autre substance, d’émotion. Une chaleur, aussi, les tient. Beaucoup de ces récits nous content sorts cruels, jalousie de dieux, déesses envers des mortels qui leurs résistent, vengeances atroces... L’amant y tue l’aimée de ses mains. Ce sont des thèmes – des couleurs, des choix – dont s’emparera bientôt le "mouvement folk", en Angleterre et au delà, en France, ailleurs. Certains en feraient peu ou prou un système figé, des musée ou kermesse ; d’autres sauraient en garder, en exprimer des substances vives, à leur tour. Pour l’heure, en de tels lieux, ce qui se joue, ce qui se dit, a quelque chose d’inédit. La forme poétique a quelque chose d’unique. Elle trouve sa concision, se fait un moteur des répétitions, des réitérations, de cette apparente simplicité ; les variations, déclinaisons d’images – dans la succession des vers, par exemple, de Tam Lin, qui commencent par "They will turn me in your arms…" – prennent dans ce contexte, cette économie, cet art de l’épique, une force expressive inouïe, puissante aussi parce qu’elle est directe, en langue du commun, ramenée hors l’allégorie en plein monde sensible, directement appréhensible. La scansion des strophes, sur ce même morceau, suit d’ailleurs avec un confondant naturel la curieuse battue du temps – mesures paires et impaires alternées. La poignante chanson qui suit, et conclut le disque – Crazy Man Michael – est de Sandy Denny, encore. Rien ne choque, ne fait rupture – de ton, de cohérence, irruption d’un autre monde – entre les deux. On les croirait d’une même plume. Le violon de Dave Sawbrick – déjà présent sur Unhalfbricking, qui avec la guitare de Thompson élevait en tournoyant, à de telles hauteurs, le traditionnel A Sailor’s Life – coure et s’alanguit de l’un à l’autre. Tout au long du disque, se mêle aux autres timbres, aux autres traits. Voix chorales et solistes mais jamais isolées, détachées, cherchant à faire aparté. Fairport trouve encore, à nouveau. Le groupe se fait à lui tout seul un genre. C’est en fait un début – celui d’une longue carrière, l’attaque d’une veine qu’aujourd’hui, encore, certains de ceux-là continuent de creuser. C’est un disque, aussi, une fois de plus unique, distinct de ce qui s’ensuivra. Sandy Denny, dès le suivant – Full House, en 1970 – n’y serait plus. (Pas plus qu’Ashley Hutchings d’ailleurs – alors que ce sont ces deux là, on l’a dit, qui avaient poussé le groupe, le plus fort, sur ces nouvelles terres folk). Et Richard Thompson partirait avant le suivant - Angel Delight, en 1971. On ne dira pas que leurs voix – les plus saillantes, dès Unhalfbricking au moins – viendraient à manquer. Elles résonneraient ailleurs. Et celle du groupe ne cesserait pas, plus que jamais d'être question collective. Je le disais : ce ne serait plus, tout à fait, la même histoire. Dès ici ces hérauts ont trouvé un pays.

note       Publiée le samedi 6 juin 2015

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Dioneo › samedi 17 juillet 2021 - 17:15 Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, le folk au sens pas-américain, c'est pas forcément la même chose que le folk au sens Dylan ou même Byrds, folk-rock... Après y'a des "ponts" hein - Dylan justement étant par exemple étant la figure/trauma de "la plupart d'entre eux" des deux côtés de l'océan (Fairport, Byrds, donc, et beaucoup, beaucoup d'autres !).

Quant aux influences médiévales, "musiques anciennes", sans doute ! C'était certainement assez "logique" aussi, dans le sens où ces répertoires-là, avec les disques de collectages, étaient sans doute parmi les rares dispos où on pouvait trouver des traces, des formes insiprées de ce qu'avaient du être les musiques "folkloriques", populaires des époques avant l'enregistrement - et avant l'harmonisation, l'harmonie comme système jugé "supérieur", avant en gros "l'ère classique". Probable aussi/par conséquents que les musiciens venus de là et ceux des mouvements folk (quand ce n'étaient pas d'une façon ou d'une autre les mêmes) aient pu se trouver des approches comparables, des points de "convergence".

(Ça fait longtemps que je vous ai pas parlé de La Novia tiens, sinon...).

Message édité le 17-07-2021 à 17:24 par dioneo

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nicola › samedi 17 juillet 2021 - 16:53 Envoyez un message privé ànicola

Folk mais avec de lourdes (dans le sens où ça se voit, pas dans le sens où c’est dérageant) inspirations médiévales. Pour ce que j’en entends du folk d’aujourd’hui (celui qui se danse), il n’y a pas cet aspect-là.

J’ai l’impression qu’on appelle folk deux choses différentes : le folk à la Dylan et les musiques folkloriques (des bals folks). Musicalement, je ne vois pas trop le rapport entre les deux ; à part les racines populaires et étymologiques.

On pourrait y ajouter le néo-folk mais j’y connais que dalle.

Message édité le 17-07-2021 à 16:54 par nicola

(N°6) › samedi 17 juillet 2021 - 16:53 Envoyez un message privé à(N°6)  (N°6) est en ligne !
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Y a cette "fameuse" vidéo de Dan Ar Braz en solo mais pendant un set de Fairport Convention, où tu vois que le folk irlandais, c'est un peu l'enfer à jouer apparemment. A cette époque le magazine Melody Maker l'avait classé comme un des meilleurs guitaristes au monde.

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Dioneo › samedi 17 juillet 2021 - 16:23 Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, les trois dont vous causez sont encore bien folk, "mouvement folk" même, ça fait même partie des "fondamentaux" du genre/mouvement en question, je dirais. Dans un sens c'est curieux d'ailleurs, je me dis, que le côté "prog" ne soit pas apparu tout de suite chez eux - alors que par exemple chez Dan Ar Braz (qui avait collaboré avec les Yacoub, Gabriel et Marie sur Pierre de Grenoble - et tous de toute façon avaient aussi joué pour/avec Alan Stivell), c'est sensible dès le premier disque, cet aspect... Enfin, assez différemment, après - pour le coup sans la dimension opéra rock/comédie musicale de Balançoire ou Cathédrales... C'est quand-même nettement plus subtil sur le Douar Nevez en question. Puis en passant, tiens, ledit Dan jouera plus tard avec Fairport, justement, en tournée - dans une version bien loin à priori de celle entendue sur le présent disque (sans richard Thompson et... je ne suis pas sûr pour Sandy Denny, qui était revenue brièvement avec le groupe justement vers ce moment-là - 1976...).

Message édité le 17-07-2021 à 16:25 par dioneo

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Alfred le Pingouin › samedi 17 juillet 2021 - 13:07 Envoyez un message privé àAlfred le Pingouin

Mon préféré c'est le sans nom avec un ciel de nuit étoilée, après Almanach je crois.

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