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Kool G Rap & DJ Polo › Live And Let Die

cd | 16 titres | 61:45 min

  • Terror Side
  • 1 Intro
  • 2 On The Run
  • 3 Live And Let Die
  • 4 Crime Pays
  • 5 Home Sweet Home
  • 6 Train Robbery
  • 7 #1 With A Bullet
  • 8 Operation CB
  • Horror Side
  • 9 Straight Jacket
  • 10 Ill Street Blues
  • 11 Go For Your Guns
  • 12 Letters
  • 13 Nuff Said
  • 14 Edge Of Sanity
  • 15 Still Wanted Dead Or Alive
  • 16 Two To The Head

enregistrement

1991-1992. Enregistré à Los Angeles aux Cherokee Recording Studio, Westlake Audio et Paramount Studio.

line up

Kool G Rap (MC, production), Sir Jinx (production), Trackmasters (production), DJ Polo (scratches)

Musiciens additionnels : Bushwick Bill (MC), Ice Cube (MC), Scarface (MC), Big Daddy Kane (MC)

remarques

Chroniqué à partir de la réédition double CD digipack (niveau bonus, encore une bonne tartine de versions 12", un instrumental et un a capella).

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
rough mafioso

Là on est pas sur du hip-hop de pédale les enfants ; ou alors de pédale de droite, vu la capacité d'accélération bestiale dont est capable Kool G Rap. Live and Let Die est pour moi l'album hip-hop matinal par excellence, le meilleur pour entamer la journée. Même s'il s'accommode très bien aux nuits et aux sonos des tires, c'est dans sa turne qu'il faut l'écouter, aux premières lueurs de l'aube, avec le double café noir et en peignoir. Et un bon havane de compète pour finir - et que le smicard ne vienne pas me rétorquer que c'est du luxe quand il a les moyens de claquer sept jetons par jour dans un paquet de blondes ! Kool G lui, il s'est donné les moyens, pour créer ce qui passe pour le premier album véritable de mafioso rap, alors qu'il était loin d'avoir le train de vie du mafieux tel qu'on l'imagine chez Coppola ou Scorcese. Dans le sillage des Geto Boys et Ice Cube pour mieux les doubler, il a mis la gomme sur le style gangster excessif déjà tâté sur Wanted Dead or Alive, et en même temps ses productions sont devenues plus matures, plus ciselées. On passe de l'egotrip au storytelling : invitation à la cavale criminelle. Bien que cette pochette d'une grande élégance renvoie plus au style albanais ou chicanos (on devine presque la tronçonneuse et l'acide, hors-champ), Live and Let Die est clairement réalisé avec l'idée de toucher au crime à l'italienne, sample de Nino Rota et références lyricales à l'appui. Mythomanie mafieuse, et, en même temps, le vécu urbain du MC suinte de partout, dans ses fulgurances, dans son adrénaline, y a un truc pas joué, vrai. Pour la production, du travail d'orfèvre, souvent porté par un groove énorme ("Ill Street Blues", le titre épo... tous en fait !). Un album construit comme un polar, où chaque piste fait office de scène culte. Ici nous avons en quelque sorte la version brutale et granuleuse du futur classique de Raekwon. L'origine, loin des intérieurs cossus, même si le MC en chef est déjà porteur d'écharpe fine. Après l'intro Godfather, quand s'évapore le sublime "On The Run" et son sample de soul glacé, tout semble limpide, évident, sublime. C'est de la popote du cartel, du hip-hop de daron, massif et putain de groovy. On flirte aussi avec le nauséeux, comme sur "Straight Jacket". Chaud-glaçant, à la fois cafardeux et galvanisant, Kool G assume pleinement le combo cagoule-costard trois pièces. Ses fantasmes de meurtre et d'argent facile se mélangent à une description quasiment bukowskienne du quotidien ghettoïsé. Il étale volontiers des angoisses de mort (le glaçant "Edge Of Sanity") à côté desquelles la très grande majorité des rappeurs actuels font figure de geignards. Kool G cherche l'issue, par cavale mentale. Il se paye encore de grosses accélérations, comme son si son flow était traqué, cherchant à survivre ("Go for your guns", boucherie, très proche du style Death Certificate, ou "Nuff Said", avec en embuscade ce sample sinistre qu'on retrouvera dans un certain "Mezzanine") en stoppant de temps en temps pour tirer deux-trois bastos ("Train Robbery", noir et massif), ou méditer sur sa condition d'ordure sociale prisonnière du béton, imaginer un genre de lupara bianca parfaite pour quelque flic qui l'aurait un peu trop contrarié. Le style de production, clé de cette qualité supérieure et secret de Sir Jinx, est nettement plus élaboré que sur les deux précédents, limite avant-gardiste par moments : on sent les origines de toute une frange du rap qui doit des billes à Kool G, et en même temps c'est quelquefois d'une bizarrerie dans les effets qui n'a pas à rougir de la comparaison avec les futurs MF Doom. Brillant et underground. Tout en gardant ce côté viril et direct, asphalte-à-asphalte, typique de Kool G Rap. Chaque titre a son feeling mais tout se tient d'un bloc, jusqu'au final "Two to the Head", ultime pépite d'un album qui en est gavé, où Nathaniel s'adjoint les services de la peste et du choléra (Ice Cube et les Geto Boys) pour un featuring d'anthologie, réunion menaçante de L'Ouest et du Sud sur les terrains gris de L'Est, qui, tandis qu'elle gronde dans mes baffles, me pousse à sceller un six sur six incontestable. L'album new-yorkais par excellence de l'ère pré-Wu Tang. L'Instinct de Mort du hip-hop, sort of.

note       Publiée le mercredi 1 avril 2015

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Raven › dimanche 5 avril 2015 - 12:01  message privé !
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Mon plaisir. La pochette est quand même d'un autre musc aussi. J'ai honte de toujours pas l'avoir en LP depuis le temps, mais bon le compact a un son pas dégueu du tout. Mais je veux le LP, ne serait-ce que pour l'afficher dans mes chiottes, sous le poster de Reservoir Dogs. Faut pouvoir poser sa pêche avec un cigare au bec devant ce genre de pochette, c'est le respect minimum.

Consultant en informatique › dimanche 5 avril 2015 - 11:46  message privé !
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Génial celui là. Carrément plus dangereux que Wanted. Merci bro !