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Kool G Rap & DJ Polo › Road To The Riches

cd • 11 titres • 46:40 min

  • 1Road To The Riches
  • 2It's A Demo
  • 3Men At Work
  • 4Truly Yours
  • 5Cars
  • 6Trilogy Of Terror
  • 7She Loves Me; She Loves Me Not
  • 8Cold Cuts
  • 9Rhymes I Express
  • 10Poison
  • 11Butcher Shop

enregistrement

1986-1988

line up

Kool G Rap (MC), Marley Marl (production), DJ Polo (scratches)

remarques

La version vinyle originale ne contient pas "Butcher Shop". La réédition 4XLP / 2XCD est exhaustive, donc gavée de bonus, à la fin de l'album et sur un deuxième disque (frestyles, originaux 12'' et remixes, plus ou moins intéressants). La chronique est faite à partir de la version digipack.

chronique

Styles
hip-hop

Intro mythique, puis le MC plus rapide que son flow - disciple de Just-Ice selon certains, LL Cool J psychopathe pour d'autres - entre dans le saloon. Ses mots crachés comme des balles d'une gatling, fument tous les ivrognes du beat, pendant que les filles de joie restent médusées en haut de l'escalier ; de tous les hommes seul le pianiste survit, stressé, pour servir de sample. Plus loin, un harmonica annoncera une grosse tuerie (*). Western hip-hop ? Kool G Rap vient juste après Rakim, de la même façon que pour certains Slayer vient juste après Metallica. Comprenez-le comme ça vous arrange. Tradition de l'egotrip vieille école, la personnalité du 'G', plus féroce rappeur issu du Juice Crew (et ce n'est pas peur dire) est encore dans un carcan orthodoxe, mais elle déborde déjà. Blase à l'ancienne, caboche de taulard, vilaine cicatrice d'acné mal soignée à la joue, ou d'éraflure datant du jour où il s'est fait plaquer face contre crépit par la flicaille, on sait pas trop. Rime, rythme, capacité de gérer le débit d'adrénaline : le taulier d'un style se reconnaît assez vite. Gare au moteur le plus traître du Juice Crew. Car Kool G Rap, plus encore qu'une fine gâchette du mic, c'est un peu le camion de Duel, réincarné en rappeur. Au début comme ce couillon de Dennis Weaver, tu l'trouves pataud, moche et polluard, tu t'dis "bouais, juste un rappeur des années 80, un suiveur un peu crade de Rakim et Chuck D". Pas de peur, pas d'inquiétude outre mesure. Et tu veux le doubler. Fatale erreur : y a un gros turbo de tonton sous ce capot perché à trois mètres, et c'est après le cul de ta chaîne hi-fi qu'il en a désormais. Pare-choc contre pare-choc, flow contre baffle. Une fois repassé devant toi, il ralenti un chouia, et comme il est taquin ses rimes te font des signes de la main dans les virages au moment où une bagnole arrive à fond d'en face. Technique de crevard, principe du gangsta rappeur des bas-fonds. Kool G il s'acharne, presque citoyen pour l'oreille profane, mais il s'acharne, on lui change le micro tout grillé par les postillons à chaque titre. Peu importe de quoi il cause d'ailleurs, bien que ses lyrics bêtes et méchantes soient évidemment pas négligeables : tout est dans le charisme dégagé, comme une émanation hydrocarbure. Pourquoi Kool G est-il différent ? Pourquoi l'eau ne sent rien, alors que l'essence qui a le même aspect m'étourdit ? Le mauvais goût, le grivois, la non-gonflette, l'authenticité ? Même voler Gary Numan est le genre d'opération de mauvais goût qu'il revendique, mais il arrive à transcender le larcin. L'originale de "Cars" en devient même assez fade quand on l'écoute après, c'est sans doute la magie du hip-hop quand le tunning pillard fonctionne. En 1989, le hip-hop carbure encore à une forme puérile et bon enfant d'egotrip, genre "moi je rime le mieux, moi les filles tombent toutes à mes baskets, gnagnagna, bisque bisque rage !"... Et Kool G Rap avec lui c'est un peu moins poli, le mec entérine l'appelation "bad boy" majeur tendu, mais c'est aussi un spirituel à ses heures, il pourrait être du genre à souhaiter le sida à une ex pour un anniversaire manqué, mais l'étrange ballade "She loves me she loves me not" nous prouve qu'il sait aussi rapper la peine du juste et sonder l'âme sous la testostérone ("You move too quick / You become seasick / And a one-night stand is for the one-track mind man / The kind of guy you kick like a can"). Et puis bien sûr il y a le son Marley Marl, une évidence pour ceux qui pensent Eric B. quand il pensent Rakim... car DJ Polo est sur l'affiche mais c'est pas son Eric B., lui c'est juste pour le scratch. Le vrai artisan du son c'est Marley. Un son entre deux âges, à la fois rudimentaire et auquel y a rien à rajouter. "It's a Demo", "Men at Work", "(*)Trilogy of Terror", "Rhymes I Express" avec sa greffe fatale de Kraftwerk, "Poison" (pure puissance !) : les classiques sont là, implacables, mis en valeur par une ou deux pistes en mousse (une chiure laid back et une instru house inutile avec le scratching sympathique de Polo) mais il faudrait être un sacré pisse-froid pour ne pas voir dans Road To The Riches la suite directe d'un Paid In Full, d'un Follow The Leader. Même si je préfère sans hésiter Wanted Dead Or Alive et Live & Let Die, ce qui justifie le 4/6 au verdict. Les plus jeunes trouveront probablement un tel album désuet comparé à leurs daubes "hardcore" en vogue à base de sons de rave party et de flow syncopé, mais bon... on peut aussi trouver Jean Gabin désuet par rapport à Vin Diesel, mais je crois bien savoir lequel des deux tirerait l'oreille à l'autre pour lui faire terminer sa soupe.

note       Publiée le mercredi 1 avril 2015

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notes

Note moyenne        2 votes

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Rendez-Moi2 › dimanche 3 mai 2020 - 11:23  message privé !

J'en ai marre de commenter des tueries chroniquées depuis des années qui n'ont même pas une note :'(. Sérieux c'est tellement une boucherie.

Note donnée au disque :