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Orchestre Rouge › Yellow Laughter

cd | 9 titres | 40:04 min

  • 1 Soon Come Violence [3:53]
  • 2 Je Cherche Une Drogue (Qui Ne Fait Pas Mal) [4:43]
  • 3 Soft Kiss [3:33]
  • 4 Red Orange Blue [4:20]
  • 5 Hole In His Tigh [4:54]
  • 6 The Consul [4:54]
  • 7 Speakerine [4:24]
  • 8 Slugs [3:55]
  • 9 Crows [5:28]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Chris Nagle aux Strawberry Recording Studios, Manchester, sauf 1, enregistrée au studio Vénus, Longueville. Produit par Martin Hannett.

line up

Denis Goulag, Pascal Normal, Pascal des A, Pierre K., Theo Hakola

remarques

Les albums Yellow Laughter (1982) et More Passion Fodder (1983) ont été réédités ensemble, augmentés d’une piste (Kazettlers Zeks) par RCA, en 2012, sous forme d’un double CD (RCA 88697 09801 2).

chronique

La passion est noire, et l’Orchestre est rouge. Il joue tendu, rentré. Les griffes d’inoxydable contre ses propres côtes. C’est encore du nocturne. C’est encore du rythme nerveux, de la grâce crispée, soubresaut, convulsions dansées. C’est mince, maigre, effilé… C’est à l’os. La musique est dans le sang, vitesse, ivresse, germe, fièvre. C’est coupant. C’est encore cette décennie, indéniablement dès les premières notes balancées sec : les quatre vingt du mil neuf cent. Quatre vingt deux, précisément, pour ce disque. Un temps où croisaient quelques vrais dandys – Japan étaient de ces rares-là, David Sylvian sous le maquillage glam asséché ; les plus anciens – Bowie ? Ferry ? – tentaient de s’attraper à la froideur du jour ; avec à côté tout ce tas de gommeux qui n’avaient au vrai rien à cacher – et pour ça y tenaient tant – derrière le masque, le détachement ; le pli du pantalon parfait, le revers du bout de la manche, mais tout ça vide d’homme, de vivant ; la surface calme parce que rien à contenir dessous qui aurait été réelle agitation. Aussi, à part ça : il y avait des Romantiques partis d'emblée du bout de l'idée. Les véritables : ceux, on y revient, pour qui c’était noir et en qui ça bouillonnait. De post-punk à new wave, ils n’avaient pas passé le pas. Ils avaient sauté sans abandonner le schlass par dessus l’obstacle, étaient entrés sans ticket de vestiaire. Par ici – en France, disons ; pour eux, à Rennes – on avait Marquis de Sade ; bientôt Mark Seberg. Un peu plus tôt dans d’autres villes, il y en avait eu d’autres qui pointaient vers "ça", le décharné et charnel ; Marie et les Garçons, à Lyon, mais la poésie n’était pas compacte ; les Dogs à Rouen mais c’était moins lanterne sourde, plus chrome, encore ligne claire souvent dans le tracé des frappes, dans la bagarre avec ce fameux couteau. Orchestre Rouge, eux, étaient de Paris. Avec un chanteur venu de la rive lointaine – Theo Hakola, Américain de l’état de Washington aux origines d’Europes très au nord, installé par ici après quelques années de voyages un peu partout, sous les tropiques de la Latine, entre autres. Belle rencontre. Jeu serré – mais rien d’étriqué dans la coupe. L’accent percute dans les deux langues – et même s’il faut un moment pour saisir tout ce qu’il dit : ça hante pas mal, cette voix. ("Elles sait pas où elle est" ou bien "où aller"… Elle dort, en tout cas). Pour eux post-punk – comme pour tous ceux pour qui, pris d’alors ou d’après, ça peut ne pas vouloir complètement rien dire, les termes – ce n’est pas un genre, une somme de sources et de limites. C’est un âge. Pas seulement leur jeunesse en ce temps. L’âge d’une secousse qui avait bondi – décidément – ou s’était écarté pour ne pas crever dans le mur avec la précédente, d’impulsion. Post-punk parce que le punk n’était pas fait pour réussir. Et que dans ce qui fleurissait des fringues et des slogans laissés, il y avait contre sens, il fallait délester. Post-punk aussi parce que ladite brisée avait tout mélangé. Que braves Clash ou vraies folles de Slits ou The Police en costards, ou pervers Public Image – voire que résidu, empreinte rythmique touché du doigt ailleurs par les Talking Heads – il restait quelque chose de ces musiques chopées aux voisins d’émeutes ou de squats ou de nuits fracturées : reggae, funk, choses même africaines dans certaines marges d’une certaine mesure (a certain ratio, dans la langue du type au micro ?). Bref… Orchestre Rouge l’étaient, d’ailleurs : brefs. La frappe ramassée, le fil du riff passé sans fatigue – une face, l’autre, à la vitesse du dégainé-décoché – sur la lanière. Ils groovaient glacé, on s’en sera douté. Leurs chants et danses d’insomnie, de séduction, d’égarement effaré, se tiennent aussi droit que sur le moment, sans doute, écoutés dans nos jours – à l’heure plutôt, au moins, où décline la lumière… J’insiste : c’est le bruit exaspéré de celles où l’on serait sensé dormir pour se refaire. Et dedans – en bas – ça ne surprendra pas plus : c’était brûlant, passé la barrière ; la grille et l’épiderme. C’est tout une époque, d’accord. C’est un contraste qui ne prend pas toujours, qui reste rarement sur la longueur – une guerre avec la gravité qui fait qu’ailleurs, souvent, ça se rétame à la fin ou alors bien avant. Là, ils ne continuent rien – en tout cas pas en donnant ça comme tel. Ils tiennent leurs positions. Ne lâchent rien. Ou trop vite – et c’en sont alors de rudes – pour qu’on ait le temps de voir à travers la garde. Ils cherchent une drogue qui ne fait pas mal (ô innocence ô ironie). Ils n’ont rien à perdre ; sûrement : ils n’espèrent pas – parce que le temps pris à ça en est qu’on paume tout de bon ; ils veulent, ça s’entend : férocement ; désir dans la viande ; ils n’ont que le feu dans leurs prunelles ; ils ont l’électrique. "Orchestre Rouge", avant eux, c’était le nom d’un autre réseau – histoire de résistance, d’informateurs disséminés, le filet tenu du côté de Moscou ou Volgograd. Voilà pour l’anecdote. Pour le mot claqué peut-être bien un peu, aussi, à la face de certains d’alors qui jouaient avec les symboles d’un autre camp… Je n’en sais à peu près rien à vrai dire, de ce côté de la chose ; seulement que ça éclaire un peu cette pochette à calot et accordéon, à poses Potemkine, qui m’avait semblé d’abord si étrangère à la musique et aux mots envoyés. Reste d’ailleurs que c’est bien un autre genre de comité, cette brigade ci, internationale. Le rapport le plus pertinent, encore une fois, serait que là non plus, une fois la place investie, on ne rend pas un pouce. Et que dans le sens de l’assaut on ne doit pas semer des traces – seulement du silence, le fracas éteint ; un silence autre prélude. Et puis des cicatrices, pour ceux qui s’en relèvent. C’est sensible, ces bords-ci, même les tissus une fois régénérés.

note       Publiée le jeudi 2 octobre 2014

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Kagoul › mercredi 25 février 2015 - 11:56  message privé !

Un doc très intéressant sur ce groupe fabuleux: https://www.youtube.com/watch?v=0blom9pCDfY Tiens faudrait bien que je me fasse la discophraphie de Théo HAKOLA, ça a l'air bon aussi du peu que je connaisse.

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Kagoul › lundi 6 octobre 2014 - 12:32  message privé !

découvert au lycée dans les années 80 :-) un de mes groupes français favori et de loin, 6 boules :-) je recommande le Live officiel qui est dément !

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Twilight › dimanche 5 octobre 2014 - 11:20  message privé !
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Il y a parfois des surprises, un pote Facebook texan est un grand fan des Thugs depuis qu'il a trouvé leurs disques à Dallas...Comme quoi...

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Klarinetthor › dimanche 5 octobre 2014 - 04:42  message privé !

J'ai trouve un single de Passion Fodder pas cher a Melbourne; un de Programme aussi, curieusement. Enfin faut encore que je recupere mon bagage

Dioneo › samedi 4 octobre 2014 - 15:32  message privé !
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Eh eh... Je me disais bien que tu devais connaître ça ! (Et je me doutais bien que ça devait te causer, aussi, "curieusement"). J'ai pas More Passion Fodder - ni rien de Passion Fodder, d'ailleurs, le groupe d'après de Theo Hakola - par contre. Donc si tu te sens de le faire... Bah te gênes surtout pas ! (Enfin, de toute, comme si y'avait à se gêner...).

Et oui tiens, marrant que tu en parles : Dazibao, j'y ai pensé assez fort à peu près juste après avoir chro celui-là pour ressortir ça direct... Y'a un lien, nettement, même si c'est évidemment pas tout à fait la même chose, le même mélange justement. J'aime spécialement les morceaux chantés en arabe, chez eux, souvent les plus tranchants (je trouve que la vois du mec est plus "juste" dans son côté lâché - excessif et passionné - sur ceux-là que sur ceux en anglais et surtout en français, en fait, en général).