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Dead Prez › Let's Get Free

cd • 18 titres • 69:30 min

  • 1Wolves
  • 2I'm An African
  • 3'They' Schools
  • 4Hip Hop
  • 5Police State
  • 6Behind Enemy Lines
  • 7Assassination
  • 8Mind Sex
  • 9We Want Freedom
  • 10Be Healthy
  • 11Discipline
  • 12Psychology
  • 13Happiness
  • 14Animal In Man
  • 15You'll Find A Way
  • 16It's Bigger Than Hip Hop
  • 17Propaganda
  • 18The Pistol

enregistrement

1998-2000

line up

stic.man & M-1 (MC's et productions)

Musiciens additionnels : Kanye West (production), Prodigy (MC), Lord Jamar (production), Tahir (MC), Indo, Abu, Keanna Henso, Umi, Becca's Smoke, Candy Store (choeurs), Maintain (M)

remarques

Les pistes 17 et 18 de la tracklist sont en réalité les pistes 44 et 45 du CD.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
militant

Quasiment vingt ans après la dissolution des Black Panthers et la déification de MC's glorifiant le flouze et l'insouciance capitaliste, sans parler de l'indifférence dans laquelle ont été plongés ou se sont plongés eux-mêmes Public Enemy malgré leur acharnement militaire à défendre un rap politique, le premier Dead Prez était le genre d'album motivé par une hargne panafricaine et une attitude véner-consciente descendant directement de relous tels que KRS-One ou Zach La Rocha, qui avait tout pour péter son p'tit bras de gamin pourri gâté au hip-hop de la fin des 90's. Mais Let's Get Free sortait peut-être déjà trop tard et armé maison comme un militant formé à l'arrache, psychologiquement monté à bloc et prêt à tout péter en mode Ilich Ramírez Sánchez, mais en réalité plus proche de la puissance d'impact d'un Besançenot. Car Let's Get Free a un son beaucoup trop "clean", beaucoup trop "à concessions" (pas automobiles, même si on est parfois proche du rap à grosses berlines dans les prods) pour motoriser de telles ambitions afro-revanchardes. Je me suis toujours demandé si le côté éducloré dans le son de Dead Prez était voulu, genre "on se fond dans la masse", façon "camouflage pour infiltrer par radios et baffles de gamos" (ce qu'un titre comme "Hip-Hop" avec son simili-g-funk parodique-avec-les sourcils-fronçés semble indiquer), mais en fait je crois qu'ils ont juste basiquement utilisé les trucs en vogue, à savoir boucles synthétiques et bonne louche de r'n'b sans aspérités, faute d'avoir leur Bomb Squad. La production sur le tas, accouchée dans la douleur sous péridurale (avec des tentatives de greffes organiques notables cependant, m'en soient témoins les fins respectives de "Psychology" ou "Animal in Man") bride clairement la machine. Finalement, le message qui plombe dès la pochette et son verso, et les premières minutes du skeud, est vite relégué à un niveau plus gentillet (à l'image de ce "Mind Sex" mimi tout plein ou des titres plus conscient-relous comme "We Want Freedom") avec un double-flows véner assez terne et anonyme, malgré tout un conceptuel chambardement et des paroles qui puisent direct chez Orwell, le mouvement Uhuru et le vegan. Pour ceux qui seront passés par BDP ou avec plus de veine par Ras Kass, tout ça sonne plus basiquement "conscient" que violemment revendicateur. Et cet aspect "mi-molle" déforce pas mal l'impact de Let's Get Free. Pourtant l'introduction de cet album reste cultissime, avec ces sirènes de police dont on ne sait pas s'il s'agit de hurlements de loups, suivies par le puissant "I'm an African" avec son beat électrifié-anxiogène et son flow aussi décontracté que Kémi Séba venant tout juste de recevoir des coupons d'offres promotionnelles pour packs de Banania. Négritude propulsée turbo... mais à la suite de ce hold-up mental d'intro promettant une série de titres punitifs, l'ambiance se nuance, se moire, voire se ramollit passant dans le côté crépusculaire-soft et mélancolique de la force à coups de petits samples mignons et de vocalises r'n'b très lisses qu'ils conspuent pourtant ("I'm sick of that fake thug, R&B-rap scenario, all day on the radio")... il y a bien quelque chose d'assez troublant dans Let's Get Free, une genre de mélancolie nouveau millénaire et soul, un peu sale il faut bien le dire ("Police State" sonne comme du Mobb Deep déprimé, "The Pistol" comme du Mobb Tang), qui sourd en permanence, sans vraiment éclore, restant aux frontières bien propres de beats trop artificiels... certains pourraient dire que c'est la force de Let's Get Free, ce côté larvé, cette colère rentrée et contenue dans un écrin synthétique, et ils auraient sûrement raison. Mais moi le rap politique en plastique, c'est pas trop mon truc. Ce skeud aurait juste mérité un son puissant, ou de naître dix ans plus tôt. Dead Prez avaient la hargne, mais la puissance de feu a pas vraiment suivi, et à mon avis le culte dont jouit cet album a été amplifié parce qu'il est sorti pile au moment où le rap était devenu une merde totalement vidée de sens, absorbé par la pop. Let's Get Free est donc frustrant, comme un esclave évadé qui s'apprête à buter son maître sans réaliser dans sa frénésie vengeresse que la machète qu'il tient est en fait un jouet en plastique... et c'est aussi ce côté "combat sans moyens" qui rend cet album attachant... (notation sévère avec petit pincement de joue affectueux).

note       Publiée le dimanche 27 avril 2014

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azfazz › mardi 29 avril 2014 - 14:53  message privé !

Je suis plutôt d'accord avec No background, il y a dans ce disque une vraie cohérence qui donne aux Dead Prez une crédibilité certaine. Musicalement, il est bon, pas vraiment avant-gardiste, non, mais là encore, une certaine fluidité se détache. Les MCs et les productions ont leur personnalité, ce n'est pas du rap inter-changeable comme il en existe. Le tout est plutôt mélancolique, le combat est plus nuancé que ne le laissent penser la pochette ou le nom du groupe et pas vraiment gagné d'avance...

No background › dimanche 27 avril 2014 - 08:51  message privé !

L'aspect prod en carton ne m'a jamais gêné dans le rap, probablement parce qu'on est moins sensible à ce genre de choses quand on est jeune (et que je n'ai pas évolué n'écoutant quasiment plus de rap). Après, difficile d'être crédible dans le militantisme quand on est signés sur une major. Mais si on veut être entendu par le plus grand nombre, difficile de ne pas faire de concessions. Cela dit, ils se sont quand même vite fait interdire d'antenne (Turn off the radio sorti peu de temps après). En fait les titres réellement militants sont ceux prônant le respect des femmes (mind sex), l'hygiène de vie (be healthy, discipline) et la presse (propaganda). J'apprécie cette cohérence là, rien de plus ridicule qu'un rappeur chiant sur le système tout en bouffant son fast food au volant de sa voiture de sport, la radio allumée et une pétasse à ses côtés.

Note donnée au disque :       
nicola › dimanche 27 avril 2014 - 08:38  message privé !

Le symbole du Yi-king, c’est armée.