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Jeru The Damaja › The Sun Rises In The East

  • 1994 • Payday 697-124-011-2 • 1 CD

cd • 13 titres • 39:36 min

  • 1Intro (Life)
  • 2D. Original
  • 3Brooklyn Took It
  • 4Perverted Monks In Tha House (Skit)
  • 5Mental Stamina
  • 6Da Bichez
  • 7You Can't Stop The Prophet
  • 8Perverted Monks In Tha House (Theme)
  • 9Ain't The Devil Happy
  • 10My Mind Spray
  • 11Come Clean
  • 12Jungle Music
  • 13Statik

enregistrement

1993

line up

Dj Premier (production), Jeru The Damaja (MC, production), Guru (production)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
...c'qui s'passe sous les buildings

Cette pochette prémonitoire est devenue culte, alors que tout bien considéré, imaginer la destruction du WTC quelques mois après les attentats de 93 dans leurs fondations ne demandait pas non plus une imagination débordante. Mais même sans ça, l’image a son charme. Faut dire que ce premier Jeru, c'est un album de tireur d'élite. Dans le genre opération terroriste hip-hop, en solo, on a rarement fait plus efficace. Le titre, lui, tombe sous le sens ("c'est par là que ça se passe", tout simplement). La pose, aussi : l'impression d’avoir affaire à un type qui cogne et qui cause après, pour le coup, bien que le côté mytho soit encore assez prononcé chez notre ami autoproclamé "prophète". Ce MC à la moue crispée veut nous dire quelque chose, devant son décor apocalyptique… mais quoi exactement ? La réponse sur 40 minutes compactes et noires nuit. Le premier (hum) mot qu’on peut déjà dire au sujet de cet album, c’est que normalement, en sachant que vous tenez un disque de rap new-yorkais, et en lisant "1993" et "production DJ Premier", vous devez même pas sentir le début d’un cheveu d’inquiétude, et en toute logique vous avez déjà acquis l’objet sans passer par la case teaser. Vous faites bien, parce que ce 1er Jeru est juste ce que DJ Premier a produit de plus cru et efficace avec Daily Operation et Illmatic (qui sera toujours le petit frère bravache de cet album à mes yeux), et il renferme ses prods les plus vénéneuses. Son premier album officiel hors-Gangstarr : est-ce pour cela, que c'est aussi brut, et est-ce donc pour ceci, qu’il s’est senti de ne pas abuser de samples jazzy touffus, pour taper direct dans ce gros son bien toxique, piochant même dans la musique concrète des années 60 pour ses samples ? Les beats sont incisifs, mmmh non mieux que ça : cogneurs. Mixés (très) en avant, accentuant la sécheresse de ce rap à l’austère sobriété. Jeru c’est de l’organique, du "secos", de la gitane maïs, qui te laisse ce petit goût âpre caractéristique sur la langue. Il y’a Premo, ok, mais il y a le MC, un des "personnages" les plus singuliers de la East Coast. Je dois dire que ce type m’a toujours fasciné : un flow anti-démonstratif au possible, chirurgical, adulte, froid. Les mots sont scalpels, les syllabes sont hachées, elles bondissent, le rythme est catalyseur, le trip lorgne vers le métaphysique sans prévenir. "I’m a scientist", lâche-t-il avec ce détachement presque morbide. L’egotrip est réquisitoire glacial, pas délire de petite frappe. Jeru est un pisse-froid, une sorte de moralisateur qui n’aime pas ce qu’est devenu le hip-hop, et entend bien redresser le tort qui a été fait à sa culture chérie. Un genre de KRS-1 imprécateur. On peut trouver ça parfaitement pathétique, d'ailleurs les mignons Fugees qui auront quelque moquerie déplacée à son intention, mais Jeru était pourtant un gardien du Temple, un de ceux pour qui le hip-hop avait encore un sens au-delà de l’exotisme prisé par les radios. Ce qui lui permettait de cracher un truc salement collant comme "My Mind Spray", sample le plus fatal de Bob James d'entre tous ceux qui ont précédé et suivi : du Premier pur jus, dans son habit le plus occulte, instrus 100% poltergeist urbain à base de sampling massivement hypnotique. Jeru cartonne serré, au fil des lyrics étincelants ("ignorance is contagious"), poses inquisitrices, et autres concours de bite furtifs avec nos copains cinéphiles du Wu-Tang ("Plus more styles, than a Shaolin mon-es-tary") pourtant recyclés sur "Ain’t the Devil Happy", autre titre qui fout la grosse branlée. Le kung-fu, c’est vrai qu’il s’en lave les mains, le Jeru, tout autant que des trips cinématographiques et autres provocs de maquereau : zéro doudoune, naked style, même dans l’egotrip on reste dans la tenue et la précision, l’asphalte de ces rues est gris, et seule la vérité du verbe compte. À part le cuivré "Da Bichez", qui reste encore son seul et unique "tube" - quoiqu’encore plus amer que le reste peut être - rien de mellow ici. Que du brut. L’album s’achève sur un "Statik" au son de vinyle crade. Et on le relance. Cristal noir des joailliers de Brooklyn, en provenance directe de l’épicentre. Limpide. Magnétique.

note       Publiée le mercredi 27 janvier 2010

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Raven › samedi 4 avril 2015 - 18:27  message privé !  Raven est en ligne !
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Ecoute annuelle. Chro raccourcie, note augmentée (enfin ?). Béton style.

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Seijitsu › vendredi 13 mars 2015 - 10:56  message privé !

Mais qu'est-ce qu'il fout là ce tag grower ? Je n'ai jamais entendu un disque de hip hop aussi rapidement obsédant. C'est carrément en train de devenir un de mes préférés dans le genre parce qu'il est intense et concis (qualité très appréciable et rare dans ce style donc). Même les interludes déchirent avec leurs atmosphères puant la crasse urbaine. J'en change ma note.

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Seijitsu › lundi 23 février 2015 - 10:21  message privé !

C'est vrai que ce morceau fait très "chronique de NY depuis ses égouts par Jeru". Rien que son sample est déjà évocateur...

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Raven › lundi 23 février 2015 - 00:02  message privé !  Raven est en ligne !
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Celle-ci m'a toujours un peu fait le même effet que "Careful" du Wu - même si c'est pliutôt l'inverse en fait (style typiquement NYC mais versant souterrain, sous terre)

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Seijitsu › samedi 21 février 2015 - 14:53  message privé !

Come Clean est plus monotone que le reste, donc ce n'est pas ma préférée... Même si je l'aime quand même !

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