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Gang Starr › Daily Operation

cd • 18 titres • 53:26 min

  • 1Daily Operation (Intro)
  • 2The Place Where We Dwell
  • 3Flip The Script
  • 4Ex Girl To Next Girl
  • 5Soliloquy Of Chaos
  • 6I'm The Man
  • 792 Interlude
  • 8Take It Personal
  • 92 Deep
  • 1024-7/365
  • 11No Shame In My Game
  • 12Conspiracy
  • 13The Illest Brother
  • 14Hardcore Composer
  • 15B.Y.S.
  • 16Much Too Much (Mack A Mil)
  • 17Take Two And Pass
  • 18Stay Tuned

enregistrement

D&D Studios, New York, 1991-1992

line up

Dj Premier (production), Guru (MC)

Musiciens additionnels : Jeru The Damaja (MC), Lil' Dap (MC)

remarques

chronique

Styles
hip-hop

Davantage que la troisième meilleure pochette de rap de tous les temps (je ne livrerais le nom des deux premières que sous torture au briquet à bougie), Daily Operation, c'est aussi cet enchaînement introductif absolument imparable des deux premières pistes. Kill The Vultures a eu son petit succès dans nos pages, chez certains de nos membres bouffeurs occasionnels de hip-hop ; l'écoute de "The Place Where We Dwell" est obligatoire pour ceux-là, le pourboire est à laisser en commentaires dans le petit pot à crayon. "Flip The Script", balafré par un sample parasites de concert et solidifié par un beat et une boucle en granit, offre quant à elle un des instants les plus purement hip-hop techniquement et humainement possibles. Une leçon d'efficacité brute. Gang Starr s'est tranquillement assis, Gang Starr a grossi. Un son ambré, tout en boule, un peu comme la tronche d'un pilier de bar blasé qui aurait des choses de la rue à raconter, impassible, comme un métronome. Les paroles comme le son ont grimpé d'un cran, pris des rondeurs, mais Guru reste égal à lui-même, encore que son flow soit désormais plus froid que basiquement chiant : symbole de la neutralité d'un MC parmis d'autres, chroniques de la vie d'un rappeur, évocation d'une rue anonyme, d'un New-York cité des ascensions brutales et des chutes encore plus violentes, des combats de la communauté noire... le phrasé étant sans surprise sans surprise, balançé de la façon la plus stricte, droite, rectiligne, sur les beats pur ébène et les samples pur cuir de Premier. Premier, encore, qui reste le centre de toutes les fascinations, le corps de Gang Starr. On s'attardera en plus des deux beautés citées en début de chro sur les violons anxiogènes de "Soliloquy Of Chaos", ou sur le seul et unique featuring "I'm The Man", prod en granit intégral (du Mingus remanié par Premier, y a pas, c'est du bon gros fuselage de bâtard classieux, du Pommard en Jaguar) Premier mitonnant une instru différente pour chacun des trois MCs au sein du même titre (le couplet de Jeru devrait à ce propos en calmer plus d'un...) inutile que je parle de "2 Deep" : Premier est un des rares producteurs qui aient le pouvoir de rendre les cuivres menaçants. Encore moins que je mentionne l'intro de "No Shame In My Game" qui fait l'effet d'une chute de commode sur la face, et l'interraction admirable entre le rappeur et le DJ, qui coupe son instru bloquée sur vitesse 'tortue' et la ré-active en mode 'lapin' à la demande expresse du MC (big up rugissant à toutes les tondeuses). Ni de "Conspiracy", ni du final "Stay Tuned"... du looouuurd, bordel ! On finirait par toutes les citer, avec ses conneries... parce que tout Daily Operation défonce tranquillement, d'un point de vue purement instrumental s'entend... et surtout en écoute fermée. À bien y regarder, et à reconsidérer toutes les âneries que j'ai pu penser ou dire au sujet de Gang Starr -(excepté qu'il leur aura toujours manqué un charisme assez gros au micro), les chassés-croisés de mon esprit vagabondant d'album en album au fil des années, je réalise que Daily Operation est rien de moins que leur album le plus lourdement jazzy, plus qu'une simple suite à Step, un album plus pesant, plus étouffé, plus massif, avec un son globalement énorme, même sur simple compact disc, un charisme plus... épais. L'épaisseur, voilà le mot que je cherchais : Gang Starr ont épaissi, pris ce que j'appellerai... les poignées d'amour de la maturité musicale. Non, je retire, avec ce genre de métaphore je vais niquer tous mes effets... Surtout que je m'adresse avant tout à ceux qui sont plus Denzel Washington que Samuel L. Jackson dans l'âme : avec ses reflets ambrés, sa puissance tranquille, son aplomb capitaliste, on réservera cet album sans lueur de passion ou de rage - mais armé de quelques-unes des prods les plus lourdes des années 90 - à celui qui préfère son hip-hop cigare en pogne, avachi dans son chesterfield, le regard morose perdu dans les menaces du fisc et les comptes... juste retour à l'ambiance business quotidien de la pochette, donc, qu'on fasse attention aux vitoles de Premier, au portrait de Malcolm X ou à la pose pédante de Guru. La définition gangstarrienne du rap new-yorkais n'est ni affaire de politique, ni de branlette gangsta, ni de street credibility déprimante, elle est au centre de tout ça, robuste comme un putain de chêne centenaire, et ne parle qu'un langage : hip-hop... A tous ceux qui seraient tentés de contester la profondeur de l'impact : réécoutez avec un casque à peu près valable, on en reparle après.

note       Publiée le mardi 30 octobre 2012

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Note moyenne        3 votes

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Rendez-Moi2 › vendredi 20 mars 2020 - 13:34  message privé !

Ahahah. Moment de Vérité c'est leur plus aimé je crois, je l'aime bien mais je préfère largement Difficile à Mériter, pour l'atmosphère plus sombre.

nowyouknow › vendredi 20 mars 2020 - 12:44  message privé !

Quoi t'es raciste ?

Bon j'ai réécouté le moment de vérité et je confirme. C'est même encore meilleur que dans mes souvenirs et pourtant j'avais pas lésiné avec ce disque fut un temps. Ces manœuvres quotidiennes restent bien sympa tout de même, avec une sacrée bonne (presque) première moitié d'album, Soliloquy Of Chaos en tête.

Note donnée au disque :       
Rendez-Moi2 › dimanche 15 mars 2020 - 17:53  message privé !

Ouah t'abuses sur ce cliché, on peut se détruire à Hard to Earn et je viens de finir Jvlivs d'SCH avec le même plaisir, pas de problème j'suis blanc.

nowyouknow › dimanche 15 mars 2020 - 16:00  message privé !

Je l'avais pas réécouté depuis des lustres et mon avis n'a pas franchement changé : très bon jusqu'à "Take It Personal" et ensuite gentiment chiant. Leurs travaux milieu-fin de carrière - plus brutes et clinquants - sont franchement meilleurs dans un créneau moins susceptible de plaire au blanc occidental moyen amateur de Solaar et d'A Tribe Called Quest.

Note donnée au disque :       
SEN › jeudi 1 novembre 2012 - 14:55  message privé !

L'âge d'or du hip hop... 5 Boules bien méritée pour cette petite pépite !

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