Vous êtes ici › Les groupes / artistesDAntonin Dvorak (1841-1904) › Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.104

Antonin Dvorak (1841-1904) › Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.104

cd • 3 titres • 78:40 min

  • Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.144 (1895) | 38:17
  • 11.Allegro14:43
  • 22.Adagio ma non troppo11:24
  • 33.Finale : allegro moderato12:20
  • Symphonie n°8 en sol majeur, Op.88

line up

Pierre Fournier (violoncelle); Orchestre philharmonique de Berlin; George Szell (direction)

remarques

J'ai découvert l'oeuvre par cette version que je trouve par ailleurs magnifique. Pierre Fournier était un des plus grands violoncellistes de sa génération, et George Szell un chef brilliant, dont les plus grands éclats ont souvent rivalisé avec ceux de ses confrères les plus mythiques. Philharmonique de Berlin : ça joue plutôt correctement, donc. Rostropovitch en a gravé deux versions, je ne connais que celle avec Giulini, qui est inévitablement somptueuse (emi classics). J'ai aussi pu jeté une oreille sur celle de Jacqueline Dupré avec Celibidache, dont le mariage est... curieux, dirons nous. J'avoue, néanmoins, malgré Rostropovitch et le très grand Carlo Maria, que je reste fidèle à mon Fournier/Szell, plus chatoyant.

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
musique concertante/romantique

J'adore le hautbois. Ceux qui me font l'honneur de me lire ont déjà pu

noter que je ne rate jamais une occasion d'insister sur le rôle

essentiel que la plupart des compositeurs lui font jouer; l'instrument

est de fait considéré comme le deuxième héros de l'orchestre, après le

violon. Mais s'il est un instrument dont le chant si particulier

rivalise dans mes modestes oreilles avec celui de son frère de la

famille des bois, c'est bien la clarinette. Dvorak en fait ici un

usage protagoniste : c'est elle qui dévoile le thème principal, sombre

et sévère, en ouverture de la pièce, c'est encore elle qui va baigner

de son acoustique ronde et nocturne tout le déroulement du nostalgique

adagio. C'est avec elle que le soliste dialogue tout au long du

finale, dans sa lumière étrange qu'il va exprimer ses plus marquantes

mélodies. Mais nous sommes là pour parler de violoncelle, et

d'orchestre. Bien plus que celui de Schumann, le concerto pour

violoncelle du compositeur tchèque est en effet une incarnation

littérale de la notion de concerto pour "soliste ET orchestre". Et

quel orchestre! Car l'oeuvre est aussi marquante par ses puissances

orchestrales phénoménales, que par une partition soliste au comble de

l'expressivité. C'est une véritable symphonie avec soliste, une

symphonie telle que la pratiquait Dvorak : particulièrement dynamique,

contrastée, aux accès sonores d'une intensité qui frise la violence,

aux thèmes éclatants, saisissants, et dont les régulières percées de

joie et de lumière se font engloutir sous le flot proprement océanique

des ténèbres mélodiques de cuivres titanesques. Rien, pas même

l'adagio, ne résiste aux fureurs cumulées des cordes et des

trombones; l'oeuvre est un tourbillon de mélodies et de timbres

chatoyants, une orgie d'émotions. Et Dvorak le sait, lui le coloriste,

le généreux : un orchestre c'est aussi, et peut-être avant tout, une

gigantesque palette, de formidables miscellanées de teintes et de sons,

dans lequel le compositeur va aller chercher tous les détails précieux

qui vont accompagner les voyages du soliste. Le violoncelle est

rarement seul, de fait, et quand il l'est : attention aux yeux qui

piquent. Pulsation des cordes légères, soutien du cor, marches de

contrebasse, dialogues avec les flûtes, vols de violons sauvages,

atmosphères de bassons : ce sont des trios avec violoncelle, des

sonates, des quatuors et des quintettes, où le soliste dirige de sa

voix principale les humeurs et les angles, les lentes plaintes

douloureuses. Virtuose évidemment, le soliste joue avec ses soutiens à

l'inversion des rôles, devenant atmosphérique en vibrations nuages

tandis que la clarinette reprend la mélodie pour varier les couleurs

et les zones de densité : c'est dans les permutations secrètes du

rythme et des mélodies d'un instrument à l'autre dans les parties

solistes que le maître Antonin fabrique en souterrain ses creux et ses

tensions, amenant peu à peu ses entretiens à quatre sur les routes

symphoniques de l'orchestre. Redisons le : Dvorak était un mélodiste

génial à l'inspiration particulièrement féconde; tout ceci n'est que

tournures, harmonies et lignes exemplaires, et si le violoncelle tient

souvent le devant de la scène de sa voix essentielle, chaque mouvement

d'arrière plan est aussi une mélodie superbe, une fleur ou un jardin.

Ecoutez la tristesse sublime du soliste lorsqu'il sort de l'orchestre

au début de l'adagio : la qualité formelle et émotionnelle de cette

ligne, la force de son expression... et la beauté limpide de la flûte

qui vient finalement l'accompagner. Chaque épisode d'orchestre est une

histoire captivante tant la force de son thème, sa prégnance, l'impose

à l'auditeur. Un mélodiste génial, à l'inspiration particulièrement

féconde, et d'une générosité unique. Oeuvre de l'ultime maturité,

moins souillée par la gloire que la 9ème symphonie, imprégnée de la

Bohême et de ses mélodies, le concerto pour violoncelle est à mon sens

l'oeuvre la plus caractéristique, la plus représentative du grand

Dvorak. Prince des thèmes, immense symphoniste, sorcier des contrastes

et général du rythme, merveilleux chambriste (procurez-vous

l'intégrale de ses trios, c'est un rien plus décoratif, mais tout

aussi beau que ceux de Schubert), Dvorak trouve dans cette forme, qui

allie le symphonisme le plus éclatant aux passages les plus

intimistes, la plus pleine occasion d'exprimer toute l'étendue de son

génie. Le chef-d'oeuvre d'un des plus grands maîtres du romantisme,

passionné, secret, multicolore et généreux.

note       Publiée le samedi 23 janvier 2010

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.104".

notes

Note moyenne Aucune note pour ce disque pour le moment. N'hésitez pas à participer...

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.104".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, Op.104".

ellington › lundi 15 octobre 2012 - 12:13 Envoyez un message privé àellington

Dvorak n'est pas Mahler , mais enfin ...

( J'interrompt ma phrase pour que vous compreniez bien ce qui vient d'être dit : 1) je parasite ma phrase par une négation qui relative l'excellence de l'objet 2) la référence à Mahler induit malgré tout un certain niveau de qualité 3 ) la comparaison sous-entend une familiarité stylistique qui aide le lecteur à situer l'oeuvre ).

Trois idées dans une demi-phrase , il fallait quand même le souligner ... MAIS enfin , disais-je , cette symphonie est bien agréable à écouter

NevrOp4th › samedi 23 janvier 2010 - 11:28 Envoyez un message privé àNevrOp4th

Chronique qui viens à point nommé, je découvre ce compositeur en ce moment et c'est tous simplement grandiose. Une musique qui me fout les frissons. Merci.