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Antonin Dvorak (1841-1904) › Symphonie n°9 en mi mineur "du nouveau monde", Op.95

cd • 6 titres • 72:14 min

  • Symphonie n°9 en mi mineur "du nouveau monde", Op.95 (1893) | 44:12
  • 11.Adagio - allegro molto10:03
  • 22.Largo13:54
  • 33.Molto vivace8:14
  • 44.Allegro con fuoco12:01
  • Bedrich Smetana (1824-1884)
  • 5La moldau, extrait du cycle "Ma vlast"
  • Franz Liszt (1811-1886)
  • 6Les préludes, poème symphonique n°3 pour grand orchestre.

enregistrement

Enregistré à la Jesus-Christus Kirche de Berlin en 1959.

line up

Orchestre Philharmonique de Berlin; Ferenc Fricsay (Direction)

remarques

Relisez bien : Berlin... l'acoustique de la Jesus... Friscay... cette collection du millénaire fut à l'époque une véritable bénédiction (pas seulement pour ce volume), et inutile de vous dire que j'ai rangé mon Karajan sans jamais plus y revenir (et pourtant!!). Cette version a été également rééditée dans la collection "the originals" (autre bénédiction du label allemand), toujours trouvable; c'est selon moi l'interprétation la plus magistrale de ce "tube" de la musique classique. Une agressivité à laquelle Karajan ne se résolut jamais complètement (la puissance oui, l'agression, non), tout en assumant le romantisme XIXème siècle de l'auteur, Fricsay se présente comme l'antidote absolue au holywoodisme trop tentant de cette partition. Sinon, Karajan était évidemment grand, très grand même, dans son enregistrement pour DG (Karajan Gold). Il y aussi le remarquable Kubelik, toujours DG, et lui aussi réédité en "the originals". Et d'autres, mais que je n'ai pas écoutés... (ce qui ne m'empêche pas de considérer celle-ci comme...)

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
musique symphonique - romantique

Il en est de certaines mélodies comme de certaines femmes : elles sont

si belles, si éclatantes, qu'elles en deviennent victimes. La nature

humaine peut être si salement habitée par l'envie, qu'on les convoite,

on les reluque, on ne peut s'empêcher de les toucher... dans le plus

terrible des cas : on les viole. Mais le viol ne déshonore que celui

qui le commet, et comme toutes les victimes, la symphonie n°9

d'Antonin Dvorak demeure telle qu'elle a toujours été : sublime. Elle

a résisté à ces centaines de westerns, bons ou mauvais, qui y ont

pioché leur bande son, aux émissions de télévision qui en ont fait

leur générique : elle a surtout résisté à notre Gainsbourg national,

dont le pire des travers n'était pas les jeux de mots franglais à la

con, mais bien cette manie d'aller chercher quelques unes de ses

mélodies là où il aurait mieux fait de les laisser. Si, à l'écoute de

cette symphonie, vous trouvez toujours que l'existence de "Initials

BB" présente un quelconque intérêt, je vous encourage à aller lire

Télé Z et/ou les Inrocks et à ne plus perdre votre temps sur ce site

absurde. Fin du prologue. Ecoutez-moi ces premières minutes... le

calme, à peine troublé de violons endormis, la lame tranchante des

cuivres qui luit dans le noir, le chant de la flûte dans la nuit,

cette tension qui s'annonce peu à peu... puis le thème qui s'éveille

doucement en ouvrant l'espace, avant de nous revenir tout à tout coup

dans la figure, surgonflé de puissance et de grandeur : à vous en

faire sortir le coeur de la cage thoracique. L'arme principale de

Dvorak était la mélodie. Il fut sans doute un des plus grands

créateurs de "thèmes", de ces mélodies qui vous arrivent immédiatement

à l'intérieure, ou vous collent au plafond, et dont vous ne pouvez

plus vous défaire. Outre ce fantastique (mais alors, vraiment

fantastique) thème principal qui ouvre l'oeuvre et l'imprègnera

jusqu'à sa conclusion, revenant sans cesse, plus noir, plus puissant encore ou juste esquissé dans une mélodie lointaine, il y a évidemment la déclamation monumentale et

terrible (mais alors, vraiment terrible) du final; mais brillent aussi

tous ces motifs passagers, tous plus séduisants, plus émouvants,

marquants et précis les uns que les autres. Et comme Dvorak n'est pas

une des très grosses carrures de l'histoire de la musique pour rien, il

va mettre au service de son génie mélodique un talent exceptionnel

dans l'art de la construction, de l'annonce, de la "mise en

conditions". C'est dans la manière dont il place ses pions avant de

lancer sa trouvaille que Dvorak met tout le monde à genoux : dans

cette symphonie du nouveau monde s'enchainent les montées en

puissance, les jeux de tensions/relâchements, les breaks rythmiques,

les transitions harmoniques et les retours de thème les plus explosifs

et efficaces qui soient; on passe de l'ouragan sonore au silence en

une inspiration, on se fait remettre en selle et lâcher dans l'oeil du

cyclone sans qu'on n'ait rien pu faire : ahuri, ébahi, écrasé par le

son et la noirceur des thèmes, en pleine et pure jouissance mélodique.

Particulièrement dynamique et contrastée, la pièce en est proprement

vindicative, toute dressée de pics de cuivres hurlants, de

déclarations monumentales et pétrifiantes de puissance, mais aussi

largement articulée d'accalmies soudaines, de suspensions dans le vide

et de douceurs bleutées. Le largo, malgré un retour aussi bref

qu'agressif du thème central avec cuivres chauffés à blanc, est

l'exception à cette règle de montagnes russes, longue méditation

dépouillée de près d'un quart d'heure, baignée de nostalgie douce,

dans laquelle le mouvement calme des cordes accompagne le chant du

hautbois ou de la flûte, avant qu'il ne prenne sa tournure plus

ouvertement sombre et solennel, avec l'arrivée des cors qui le

referment. S'il y a bien un exemple significatif de cette fameuse

science de la "mise en conditions" évoquée plus haut, c'est

précisément l'entrée du troisième mouvement, cette chute thématique de

cordes ténébreuses et puissantes dont les dernières mesures saccadées

nous laissent sur une pulsation rythmique à l'efficacité redoutable,

sur la base de laquelle tout semble ensuite pouvoir arriver; une chute

thématique et un motif global que Dvorak va replacer tout du long du

Vivace, pour conclure ses digressions et reprendre à chaque fois sa

route... et à chaque fois on repart avec lui, et avec, chaque fois,

plus de conviction et de plaisir à se laisser posséder par cette

pulsation qui redémarre. Tout est possible, ici, tout peut arriver :

le pire comme le plus doux, le plus ravissant comme le plus

épouvantable. Les deux mouvements d'extrémités sont traversés de part

en part par des apothéoses orchestrales violentes, des hurlements de

cuivres aux mélodies funestes; Dvorak compose un véritable feu

d'artifices, au centre duquel il n'oublie jamais de faire trôner

l'essentiel : une mélodie qui marque au fer, un thème effroyable et

sublime, porté et mis en relief par des roulements de cordes profondes

et des vagues orchestrales qui vont et viennent dans la plus

contrôlée, la plus spectaculaire des tourmentes; un avion

indestructible en plein coeur de la plus incroyable zone de

turbulences. On n'en sort pas indemne pour autant : les dernières

minutes n'en finiront pas de vous aplatir sur le mur sous la force

totalement impitoyable des cuivres, qui non contents de vous hurler

dessus à vous en arracher la peau du visage, vont aller jusqu'à vous

terminer à coup de poings, brefs, et radicaux. Parce-qu'il a su la

mettre en valeur, au milieu de douceurs délicates ou de silences,

parce qu'il a su l'exprimer dans des mélodies étalons, Dvorak a fait

de sa dernière symphonie une des incarnations parmi les plus belles,

et les plus fortes, de la notion de puissance orchestrale.

Référentielle, la symphonie du nouveau monde est un chef d'oeuvre de

contrastes et de dynamiques, de joliesses, et de violence.

note       Publiée le samedi 23 janvier 2010

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julius_manes › mercredi 31 août 2011 - 12:39  message privé !

"Neil Armstrong emporta un enregistrement audio de cette symphonie lors de la mission Apollo 11" : Tu m'étonnes... Parmi toutes les fois où elle a été utilisée, le 4ème mouvement fait toujours son petit effet lors de l'entrée des russes en Yougoslavie dans le film "Underground" (1995) d'Emir Kusturica. Le seul bémol pour moi réside dans le 2nd mouvement ("Largo"), un peu trop en retrait et un peu trop long... mais le reste est tellement puissant... 5,5/6

Ah, j'oubliais : belle chronique. ;-)

Note donnée au disque :       
Ghoulish Goblin › samedi 27 mars 2010 - 01:23  message privé !

Dire que j'ai trouvé cet album sur un banc de parc avec des trucs merdiques comme Piano by candlelight ou cousin Joe (cherchez pas, vous trouverez pas)

chef d'oeuvre épique,

  je connais rien en classique, mais je sais

apprécier et je sais ce que j'aime. je trouve aussi bien drole de voir que Rhapsody et Dimmu borgir aient repris certaines des pieces ci présentes.

Charles Pasqua › samedi 6 février 2010 - 11:09  message privé !

il y a une citation de l'air de l'Oiseau de feu de Stravinsky dans un morceau de Magma ça n'en fait pas pour autant une chose dévalorisée, la citation était quelque chose de courant si je ne m'abuse dans les symphonies classiques ou modernes (Chostakovitch en use à plusieurs reprises). De toute façon le père Gainsbourg a dit et répété que son art était un art mineur (ce qui ne l'a pas empêché de réaliser de belles réussites dont "Initials BB") et en ce sens je pense qu'il connaissait bien et admirait les grandes œuvres du passé.

Sheer-khan › samedi 6 février 2010 - 10:33  message privé !
avatar

Juste un point : où ai je écrit que Gainsbourg était un nul?

Arno › samedi 6 février 2010 - 03:55  message privé !

(En même temps, dans le même genre, je ne suis pas un grand fan de la 9ème de Beethoven...) (Shame on me)...

Note donnée au disque :