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Sergueï Prokofiev (1891-1953) › concerto pour violon n°1

  • 1995 - Erato, 0630-11072-2 (1 cd digipack)

cd | 10 titres | 66:54 min

  • Dimitri Chostakovitch : Concerto pour pian, trompette et orchestre à cordes, Op.35
  • 1 Allegro moderato
  • 2 Lento
  • 3 Moderato
  • 4 Allegro con brio
  • Dimitri Chostakovitch : sonate pour piano n°2, Op.61
  • 5 Allegro
  • 6 Largo
  • 7 Moderato
  • Sergueï Prokofiev : concerto pour violon n°1, Op.19 (1917) | 21:25
  • 8 Andantino [9:51]
  • 9 Scherzo [4:06]
  • 10 Moderato [7:28]

line up

Pierre Amoyal (violon); Orchestre Philarmonique de Strasbourg; Alain Lombard (direction)

remarques

J'aime particulièrement cette version, pour n'avoir jamais retrouvé le même sentiment d'espace dans aucune autre. Le grand violoniste français Amoyal y est exceptionnel. De celles que j'ai pu entendre, je conseillerai en priorité les versions du grand Oistrakh, rééditée chez Brilliant, et de Gil Shaham chez DG. Ce Cd étant une collection économique, et le couplage avec les deux magnifiques partitions de Chostakovitch aussi bienvenu qu'inhabituel, je conseille ce disque en priorité.
Il s'agit d'une réédition d'un enregistrement de 1974 dans le cadre de la collection économique "Erato collection".

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
musique concertante/xxième siècle

Aaahhh... j'aimerai vous la faire vivre, vous la décrire dans tous ses détails, faire une chronique qui puisse rendre compte de l'extraordinaire magie sonore de cette musique. Sombre et lumineux, aérien, aussi vif que poignant. Ca ne ressemble à rien d'autre, ça s'écoule avec la facilité de l'eau, ça brille de mille reflets : l'oeuvre la plus miraculeuse de l'étonnant Prokofiev. Le rythme comme aventure, tour à tour suspendu ou trépidant, la plénitude acoustique la plus fine, mais aussi la plus contrastée qui soit, grâce à une focalisation sur les cordes aigües et les bois, et une inventivité d'une inspiration prodigieuse, qui donne au violon une expressivité picturale et surtout lyrique éblouissante. Prokofiev possédait une technique d'écriture d'une précision rare. Ce premier concerto pour violon est une oeuvre fondamentalement évocatrice, narrative, où l'orchestre de cordes déploie peu à peu toutes ses plus folles ressources, rythmiques, acoustiques, mélodiques, plastiques et harmoniques, pour dresser un véritable décor en perpétuelle découverte, vivant, imprévisible, complexe et changeant : des champs de neige miroitant de soleil et de givre, où se joue l'histoire à la fois tragique, amusante et élégante du violon soliste. Comme en apesanteur, le russe virevolte dans les aigus frigorifiques, constellant ses harmonies d'un impressionnisme savant et scintillant, l'orchestre tremble de mille vibrations vives et légères. On est ravi, halluciné par la perfection esthétique et atmosphérique, ému, touché au plus intime par la beauté du chant soliste, qui mêle l'insouciance de mélodies burlesques aux sentiments les plus profonds. Un soliste dont la délicatesse est constante, et qui dès les premiers instants, nu dans le silence et empreint d'affliction, cherche déjà dans son équilibre mélodique les lumières, les chaleurs de la nostalgie et du rire. On écoute, on le suit, on ne s'aperçoit de la présence du ciel que lorsque celui s'obscurcit et gronde... peu à peu, tout devient vibrations, pulsations, inventions. Des élans de cuivres puissants semblaient pourtant avoir scellé le destin du Scherzo : mais le violon s'échappe soudain, comme par une fenêtre vers le ciel... il s'envole, il fuit, libre comme le vent glacé. La pulsation, oui, cette ponctuation lumineuse qui amuse le début du moderato avant de s'acérer, grincer, pour culminer tout à coup dans un effroyable coup du sort, dont l'optimisme singé, typique du compositeur, révèle toute la portée névrosée. D'un raffinement extrême, la mélodie ne prend jamais le pas sur l'impact purement plastique de ce ballet de sons et de notes; les écarts de textures sont si subtils, si travaillés, que les innombrables détails ne se perdent jamais de vue, et se fondent en un tout pluriel, tour à tour superbe, infime ou turbulent. Une des prouesses de l'oeuvre est notamment là : à aucun instant la richesse et la densité n'entravent la fabuleuse sensation d'espace, l'atmosphère merveilleusement aérée et céleste, la légèreté spectrale de cette musique. La profondeur, la qualité des lumières et l'agilité si précise des rythmes, la remarquable cohérence harmonique qui maintient la partition dans une sphère de subtilité et de finesse véritablement hypnotisante, la beauté, enfin, de l'épanchement mélodique du violon, dont le chant illumine chaque seconde qui passe, tout, dans cette oeuvre, converge vers l'esthétique et l'émotion, avec une science alchimique totalement sorcière. Du rire aux larmes et de la terre vers le ciel, de l'aurore à midi, du hautbois mystérieux qui passe comme un renard à l'envol de flûtes comme une nuée d'oiseaux. Mais au delà de cette perfection, ce qui transforme ce sommet esthétique en grande oeuvre de musique, c'est bien sa nature première, sa destination : c'est l'histoire du violon, de son début à sa fin, dont les prouesses précitées ne sont que l'alibi, le prétexte à une évolution romanesque, à la forme parfaite, depuis les premiers sanglots qui naissent dans le silence de l'andantino, jusqu'à l'accomplissement éthéré et poignant qui conclut le dernier mouvement. Oui, c'est d'abord cela l'opus 19 du jeune Prokofiev : le long chant émouvant, à la fois pudique et sincère d'une voix virtuose, aux accès d'expressivité exacerbée, au langage coloré, confident et moqueur. Alors : bien sûr que la musique est émotions, mais j'aurai réellement voulu vous parler de la Russie, de l'hiver, du froid ensoleillé et qui ravive les joues... et bien sûr que la musique est peinture, mais je ferai bien mieux de vous dire la tristesse, la liberté, et la joie de ce coeur qui bat, de cette âme qui respire... de ce violon qui sifflote et qui pleure, qui chante, et qui danse.

note       Publiée le dimanche 10 janvier 2010

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Charles Pasqua › dimanche 10 janvier 2010 - 20:47  message privé !

que rajouter de plus à cette chronique qui ne serait pas paraphrase si ce n'est que le reste du programme est aussi très bien notamment la superbe sonate de Chostakovitch, il se trouve en plus que je possède cette version précisément paru dans une collection économique dans les années 90 qui reprenait le fond d'Erato dans des éditions digipack certes plutôt belles mais assez succinctes dans les textes de présentation, maintenant il y a le net mais jadis il fallait y aller à la pêche aux infos