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Patty Waters › Sings

  • 1965 - ESP, ESP1025 (1 vinyle)
  • 1993 - Venus Records, TKCZ-79126 (1 cd)
  • 2009 - ESP, ESP1025 (1 cd digipack)

cd | 8 titres | 27:54 min

  • 1 Moon; Don’t Come Up Tonight [2:59]
  • 2 Why Can’t I Come To You [2:52]
  • 3 You Thrill Me [1:20]
  • 4 Sad Am I; Glad Am I [1:24]
  • 5 Why Is Love Such A Funny Thing [1:11]
  • 6 I Can’t Forget You [1:48]
  • 7 You Loved Me [2:28]
  • 8 Black Is The Color Of My True Love’s Hair [13:51]

enregistrement

Enregistré le 19 décembre 1965 au RLA Sound Studio, N.Y.C par Richard L.ANDERSON

line up

Burton Greene (piano et piano-harpe sur 8), Patty Waters (chant, piano), Steve Tintweiss (basse sur 8), Tom Price (percussion sur 8)

chronique

Styles
jazz
avant garde
free jazz
ovni inclassable
Styles personnels
murmures et hurlevent

Ces Vierges Folles des campagnes, sises en leurs pavillons. Fanatiques. L’œil liquide et fascinant, qui veut scruter vos gouffres et fixe à travers vous. Lèvres entrouvertes, toujours, sur un souffle. Ces bouches qui, brûlantes de n’avoir jamais été goûtées, chuchotent en litanie les noms innombrables d’Amour. Le confinement des Angleterres, Victorienne ou Nouvelle. Emily Dickinson ou Emily Brontë… Que ne soupçonnerait-on, sous ce cliché proprement gothique, ces chairs blanches et replètes de première communiante, cette chevelure corneille qui boit le noir ambiant ? Et pourtant… Nous sommes à New York, en des clubs famés. Cette femme est de leur faune. Son art est consommé, adulte, d’un raffinement presque maladif. Son époque est de celles où l’on ne s’embarrasse guère d’encombrants pucelages. Le doute, certes, peut subsister. Si résignées, si désespérées sont ses plaintes, ses complaintes, ses mots d’adieux et de regrets, si doux pourtant... Si frémissants de craintes, ses aveux de ravissement, qu’on peut les croire sans objet concret, épris d’un mythe sans chair à pétrir. Ressassement, appels d’air. Mais peu importe, finalement. Le trouble demeure, la manière est poignante. Sept index durant s’écoulent les déplorations. Amères, peut-être, chérissant leurs meurtrissures. Comme un franchissement, un dépassement du Cool. Ici la perte, la mélancolie, ne se parent pas d’arrangements aux drapés impeccables. Le jeu des séductions ne vaut que par ce qu’il induit, de chutes potentielles, de défaites - espérées presque parce qu’enfin, elles sont vitesse. Si l’on n’élève pas la voix, c’est d'en savoir la faiblesse quand hurlent les boulevards… Jamais pourtant l’ennui ne point. C'est que cette lente créature est une musicienne inouïe. En sourdine, en feu couvant, ses brèves ébauches, ses mélodies (au sens romantique, presque, XIXème siècle...) n’ont au fond rien de lisse. Leur inachevé, assumé puisque tout est dit (en à peine plus d’une minute parfois...) a l’attrait de ce qui vous fuit sans vous avoir montré sa fin, son mystère. Art de Sélénite, pierres dépolies aux reflets mats. Et puis… Et puis, à l’époque, on retournait le disque. On attendait. L’autre face, oui. C’est peu dire ! Car alors jaillit l’enfer. D’autres l’ont rejoint, grattant, cognant, frottant, jetant au vent des bribes, des fragments de quartet. Black is the Colour. Le couvercle a sauté, la façade. Le désir trop longtemps comprimé, la rage de l’Intouchée… Tout s’enfle en murmures grondants, terribles, menaçants ; balbutiements ; courroux et frustration, qui se fendent au noyau. La pâle fille explose en cris de goule. Quelques instants plus tôt, on entendait encore, en tendant l’oreille, le frottement de l’air à ses cordes vocales. Maintenant ce sont des stridences inhumaines, déchirantes, qui pressent à vos tempes et fouillent le tréfonds. Des râles profonds, douloureux, puisés au plus lointain du ventre, plus bas encore ; littéralement, aux régions hystériques. C’est effrayant et merveilleux ; impudique - obscène presque -, bouleversant, inendiguable. Comme une chair neuve, ignorante, insatiable qui se jette en offrande, débondée, surabondante. En cette fureur, c'est vous qui êtes pris, retourné, violenté. C'est vous qu'à l'aube, on trouve mis à nu. Ces Vierges Folles... Prenez garde. Leurs failles insondées veulent vous dévorer.

note       Publiée le jeudi 17 septembre 2009

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stankey › dimanche 9 mars 2014 - 08:38  message privé !

xD

Raven › samedi 8 mars 2014 - 02:56  message privé !
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Pas touche à Nina, en vrai. Non mais !

Dioneo › samedi 8 mars 2014 - 02:53  message privé !
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(Mississippi) Godam... J'ai failli marcher, Collègue aux Ailes de Ténèbre.

Note donnée au disque :       
Raven › samedi 8 mars 2014 - 02:50  message privé !
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Roooh t'exagère là Dioneo, Nina Simone ? Overrated....pas très fine ni très noire, honnêtement; allez en poussant : 4 boules, maximum, pour saluer objectivement les efforts de la pauvresse, mais même arrivée à 60 ans elle était looooooin d'avoir livré ne serait-ce qu'un chef d'oeuvre (d'ailleurs je viens de parcourir ses mp3 pour vérifier - assez ringard tiens, certains craquent !)

Dioneo › samedi 8 mars 2014 - 02:47  message privé !
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Quant à Billie... Je ressors toujours ce Fine And Mellow (début de la musique vers 1'10") quand on me demande ce qu'elle aurait eu d'exceptionnel (aussi parce qu'il n'y a pas tant que ça de vidéos de bonne qualité technique qui circulent, d'elle malheureusement... Curieux d'ailleurs vue la pléthore de disques disponibles, en regard). Sachant que là elle approchait du bout, physiquement, moralement (elle est morte deux ans plus tard et on voit cette amertume terrible sur son visage, quelle avait dans ses dernières années - et pourtant vocalement, expressivement, on me fera pas dire quelle est diminuée, ici !). Franchement, si ça, c'est pas habité, ça, je... Sais pas trop ce qu'il te faut. Sans rire. Et si tu la trouve sans justesse, l'interprétation... C'est que vraiment, un truc m'échappe dans ta façon de percevoir.

J'aime énormément Patty Waters, hein, ceci dit. Et ce disque pour ce qu'il a d'unique. Mais bon... Billie et Nina, il y a plus, vraiment bien plus d'un sommet dans leurs œuvres, dis, aussi. Pour Madame Day y'a même très, très peu de choses sans profondeur ni subtilité (et pourtant on lui a pas toujours filé du répertoire de premier choix, tout au long). J'avoue connaître bien moins extensivement celle de la Simone mais... On ne peut de toute façon et il ne faudrait SURTOUT PAS la réduire à My Bayby Just Care ou Ne Me quitte Pas, hein... Il suffit de jeter ne serait-ce qu'une distraite oreille à son In Town Hall par exemple, pour que ce soupçon là saute dans la seconde.

Note donnée au disque :