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Power Station, New York City, USA, 18-19 août 1988
Joey Baron (batterie), Tim Berne (saxophone alto), John Zorn (saxophone alto), Mark Dresser (contrebasse), Michael Vatcher (batterie)
John Zorn et moi - mais nous ne sommes pas les seuls - avons un point commun : nous avons énormément de respect pour Ornette Coleman. Toutefois, je me dois aussi de préciser que toute cette estime que je lui porte est, à l'échelle, loin devant celle que je pourrais porter à Zorn lui-même. "Spy vs. Spy" est un disque brutal qui rend hommage au père du free jazz en revisitant 17 de ses compositions, des tous débuts, en 1958 ("The Disguise", "Chippie"), aux plus récents (quatre titres provenant de son disque "In All Languages" paru en 1987). Je dis bien brutal car Zorn est à l'heure de cet enregistrement en plein trip hardcore, dopé par ses voyages incessants entre le triangle de feu New York-Londres-Tokyo. Par bien des aspects, on retrouve sur ce disque toute l'énergie éreintante qui va conduire John Zorn à fonder Naked City un an plus tard (d'ailleurs, vous aurez remarqué qu'aux côtés des reprises des thèmes de "Batman" et du "Clan des Siciliens", on trouve également sur ce disque une adaptation du titre le plus emblématique d'Ornette, j'ai nommé "Lonely Woman"). C'est énergique, punk dans l'attitude, complètement fou aussi, et si on perçoit encore en filigrane les prouesses harmoniques léguées par Coleman, on ne manquera pas de faire remarquer qu'une telle unité de ton a tout de même tendance à rapidement fatiguer au point d'en perdre toute la concentration nécessaire à l'écoute. Heureusement, les titres sont courts, et la durée de l'album flirte avec la demi-heure. Néanmoins, c'est typiquement le genre d'album qui aura plus d'impact à petites doses homéopathiques, en s'écoutant un titre au hasard au gré de l'humeur du moment. Avec Tim Berne (sax alto) et Mark Dresser (contrebasse), mais aussi les batteurs Joey Baron et Michael Vatcher, Zorn pousse le vice jusqu'à reproduire l'effet de l'album "Free Jazz" en assignant un soliste et un batteur sur chaque canal afin de restituer le même effet cacophonique. Un bel hommage, même si "Spy vs. Spy" aurait été d'avantage captivant s'il avait su se diversifier. (lundi 1 novembre 2004)
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