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Hampton Grease Band › Music To Eat

lp | 3 titres | 44:34 min

  • 1 Halifax [19:36]
  • 2 Maria [5:27]
  • 3 Six [19:31]

lp | 8 titres | 49:08 min

  • 1 Evans: Egyptian Beaver [5:18]
  • 2 Evans: Evans [12:30]
  • 3 Lawton [7:48]
  • 4 Hey Old Lady and Bert's Song [3:19]
  • 5 Hendon: Spray Paint [1:15]
  • 6 Hendon: Major Bones [2:05]
  • 7 Hendon: Sewell Park [5:18]
  • 8 Hendon: Improvisation [11:35]

enregistrement

Enregistré dans différents studios d'Atlanta et New York (LeFerve Sound Studio, Apostolic Studios, Studio One, Columbia Record Studios).

line up

Bruce Hampton (trompette, chant), Harold Kelling (guitare, chant), Glenn Phillips (guitare, saxophone), Mike Holbrook (basse), Jerry Fields (percussions, chant)

chronique

Styles
blues
jazz
ovni inclassable
progressif
rock
Styles personnels
jam-prog expérimental

A brasser trop large, le risque est de finir par brasser de l’air. C’est souvent le cas des jam bands les plus désinvoltes qui, à taper des bœufs funky par-dessus la jambe, en oublient parfois de garder une consistance à l’écoute. L’anarchie la plus totale n’est pas non plus garante d’un kiff absolu. Non content d’éviter cet écueil dans la longueur, en tout cas en studio, le Hampton Grease Band pose en 1971 une bombe gargantuesque de rock expérimental à tendance blues-prog dadaïste, largement inspirée par Captain Beefheart, et couplant l’ADN du Magic Band à une séquence Yes imparfaite : en effet, Music To Eat ressemble fortement à un chaînon manquant entre Zappa et Père Ubu, où la fusion des genres est telle qu’on y gratte des idées folles en tous sens, à chaque minute. Ce joyeux bordel – comme on les aime – fusionne le blues avec une technique de jeu maîtrisée ou aléatoire, c’est selon ; il y aurait presque une énergie punk mêlée à des phases de Canterbury atrophié, avec un batteur hybride de John French et Mitch Mitchell aimant un poil trop sa cymbale crash. Petit souci de retenue, ou simplement de concision propre au jam, et qui s’applique au reste de ces talentueux tarés d’Atlanta. Il est clair dès "Halifax" que la voix incroyable de Bruce Hampton, prodigieusement située entre celles de Don Van Vliet et David Thomas (ça en devient même confondant), apporte un relief salvateur aux discours croisés du backing band ; ça se vérifie sans mal lors des passages instrumentaux à rallonge, où les épisodes mélodiques, complexes, pullulent et desservent parfois la (lourde) majesté de ce double-album touffu. Par exemple, les bonnes vibes beefheartiennes qu’on trouve au début de "Six" se perdent à mi-parcours dans un dédale peu lisible de couacs en tous genres ; mais si le groupe d’avant-rock géorgien n’a pas la science jazz-rock des Mothers de Zappa, il compense par une audace créatrice jubilatoire d’où sont propulsés des fragments de pure inspiration. Outre les trips amusants, type l’ambiance spanish de "Mariah", il faut entendre par-là que l’ingrédient expérimental fait, dans l’ensemble, plus mouche qu’il ne pousse à décrocher. Les aplats électriques incisifs, la dissonance, les boucles syncopées, le grattage de notes tenues en rupture avancent des arguments presque post-punk à la The Ex, en pleine période faste du space-rock. Ces saillies ne sont pas forcément viscérales, au contraire, on y trouve un goût de la cabriole seventies. Il y a quelque chose de fabuleux à écouter les zazous de Bruce Hampton partir en free-form sur "Lawton" juste après un énième solo déglingué de guitare électrique ! Clairement, Music To Eat ne s’adresse pas au grand public – on parle même du deuxième album le moins vendu de toute l’histoire de Columbia, juste derrière un disque de yoga… Sous son apparence de pavé indigeste, pourtant, ce one-shot ultime n’en finit pas d’émerveiller à chaque bouchée, même s’il faut faire l’effort de trancher un minimum dans le lard pour en extraire la substantifique moelle.

note       Publiée le vendredi 1 septembre 2017

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DukeOfPrunes › lundi 4 septembre 2017 - 23:55  message privé !
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Hé, merci les gars ! Pressage US, en effet, pas si cher finalement. Je connais pas les Steaming Coils, mais j'attends de lire ça ! J'ai pas osé parler de proto-post-punk (barbaritude extrême) mais le coeur y était...

Note donnée au disque :       
bubble › samedi 2 septembre 2017 - 09:34  message privé !

Mais qu'elle est bien cette chronique !

dariev stands › samedi 2 septembre 2017 - 01:06  message privé !
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l'amerloque tu veux dire ? je connais quelqu'un qui se l'est payé (it's not me...). Ah moi je trouve pas ça si prog que ça, surtout que à cette époque, ils ont même pas pu être influencé par Yes (trop tôt je pense, le Yes "classique" démarre justement en 71). Mais ta chronique tape bien juste, et est ultra-bienvenue ! comme ça j'aurai un truc à mettre en recommandation en point de repère quand je ferai les Steaming Coils !

DukeOfPrunes › vendredi 1 septembre 2017 - 18:52  message privé !
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Hé hé, tu as parfaitement raison - à un détail près, on sent quand même vachement la tendance prog. Mais clairement, c'est assez dingue. On se rejoint sur l'analyse, la composante punk fait énormément réfléchir et remet en perspective nos acquis... Le disque est entré dans mon panthéon personnel en tout cas, je veux absolument le premier pressage !

Note donnée au disque :       
dariev stands › vendredi 1 septembre 2017 - 18:06  message privé !
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Ah lui !! un des meilleurs disques de post-punk de tous les temps, je dis bien de post-punk !! de lard, il n'y a pas un milligramme là dedans à mes oreilles... par contre, des revirements, des pétages de plomb (beaucoup), des embardées, des échappées, des pétaradements, des dégringolades... Peu à avoir avec Zappa au final (pas le même humour, même si humour il y a), et tant à voir avec le zolo ou avec US Maple et les grands malades influencés par Beefheart dans les 90's. Franchement, c'est bien le seul double album expé qui tient la distance face à Tago Mago, même année en plus.