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Joe Panzner › Clearing, Polluted

cd • 3 titres

  • 1Young Theorist
  • 2Hindsight Is 50/50
  • 3Less Than A Feeling

line up

Joe Panzner (laptop)

remarques

chronique

Joe Panzner est un geek. Genre, un gros. Pire : un nerd. Un ingénieur. Un ingénieur du son. Quelle horreur. On imagine toujours que les ingénieurs n'ont pas d'âmes, qu'ils sont froids, trop techniques, le genre de gars qui connaît le secret du tour de magie mais qui ne va pas te le révéler, pas pour te faire chier ou quoi, non, juste parce qu'il a la flemme. On imagine toujours que l'ingénieur est un type un peu chiant, qui ne sait pas s'amuser. C'est vrai. Alors un ingénieur qui fait de la noise, ça donne quoi ? Un truc purement technique, mais novateur. Un truc un peu classique mais qui ne ressemble à rien d'autres. L'ingénieur connaît tout les secrets, regarde derrière les rideaux : c'est son boulot. Le mec exploite l'ordinateur (ok, pas vraiment un ordinateur, un Mac) comme personne. Si tu lui files une table de mixage pour s'amuser, ça va donner Clearing, Polluted. Une espèce de noise protéiforme inclassable et inventive, car totalement (mais alors totalement) neurologique. De la noise mental. Pas mental comme expérience unique, comme voyage intérieur, ou comme torture psychologique psychose paranoïaque. Mental comme intellectuel. Comme synapse ou dendrite. Il n'y a aucune émotion dans Clearing, Polluted. Aucune. Juste une description avec micro-contact de ce qui passe au niveau microscopique de l'échange d'information. La pochette ne pouvait pas être plus ratée : on s'attend à une pseudo apocalypse, un truc crade, rouillé, de la harsh noise, alors que Panzner nous envoie des équations insolubles, des diagrammes incompréhensibles, des fréquences incalculables en pleine poire. Oh, je ne dis pas qu'à un ou deux moments ça n'agresse pas un peu l'auditeur (l'ingénieur est comme ça aussi, taquin), mais ça se fait sur le mode du dernier album de Hecq, façon megacomputer en surchauffe, plutôt que coup fourré dans une usine désaffecté. De la pure noise computer digitale abstraite et complexe, finalement pas si éloigné d'un Autechre si on leur enlevait les rythmes, qui sur le papier ne donne absolument pas envie (j'ai déjà dû en faire fuir quelques uns à ce stade là), mais qui s'avère réellement unique. Jamais ennuyeuse, toujours surprenante, taillée au laser avec une finesse maniaque et pourtant d'une densité incroyable, Clearing, Polluted est, je dois bien l'admettre, l'un de mes disques noise de ses dernières années (noise, cela a-t-il encore du sens d'appeler ça comme ça tellement on se rapproche de la musique électroacoustique d'Ankersmit ?). Il symbolise, en extrapolant mes associations, la réalisation d'une prophétie cyberpunk débarrassée de tout ses encombrants gadgets ; autrement dit, voir la réalité avec des chiffres, des ondes, des parasites.

note       Publiée le jeudi 10 septembre 2015

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GinSoakedBoy › jeudi 24 septembre 2015 - 15:27  message privé !

Pas écouté celui-ci, mais cela ne devrait pas tarder vue la chro élogieuse. Cette dernière conviendrait aussi très bien à son dernier enregistrement, Tedium, une des grosses dernières claques pour ma part.

J'ai pensé aussi à certaines productions de Drumm et Hecker, dans les sonorités, la manie du détail aussi. Avec par contre un sens de la dynamique propre à Panzner qui alterne subtilement densification et circonvolutions autours des points de tension, quand des ruptures plus ou moins brutale ne viennent pas mouvoir le tout en de superbes spirales de fréquences, dans lesquelles on se laisse volontiers embarquer. Un autre ingénieur à suivre de près donc.

Certains recommandent-ils sa collab avec le percussionniste Greg Stuart - un proche des silencieux du Wandelweiser (Beuger, et Pisaro surtout)? Très intrigant en tous cas.