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Hecq › Mare Nostrum

cd • 4 titres • 80:00 min

  • 1I
  • 2II
  • 3III
  • 4IV

enregistrement

Avec un des plus puissants ordinateurs du monde, "Mare Nostrum", en Espagne.

line up

Ben Lukas Boysen (tout)

remarques

chronique

Styles
ambient
Styles personnels
chant de machine

Il n’est pas anodin que Hecq ait sorti, l’année dernière, un album de remixes intitulé "Conversions". On pensera ce qu’on veut de ce disque — peu importe : c’est la conversion qui nous intéresse, et si elle n’était alors qu’un simple jeu de mot pour désigner le remaniement des titres originaux, elle prend au contraire sur "Mare Nostrum" toute la charge symbolique du mot au singulier. À vrai dire, il y avait eu déjà eu des changements, des métamorphoses, Ben Lukas Boysen s’étant permis de voguer de l'IDM alambiquée de ses débuts vers une dubstep originale, en passant par toutes sortes d’expérimentations tirant tantôt vers l’ambiant hors-sol, tantôt vers l'electro superrythymique ("0000" !). Mais rien qui laissât augurer une conversion si radicale. Ici, foin de l’attirail percussif qui battait les mesures parfois éreintantes des plus tortueux disques de Boysen. Foin du glitch à tout bout de champ, foin du rafistolage électronique de chaque parcelle sonore, qui venaient ajouter leurs détails et leurs inflexions à cette rythmique labyrinthique. Soudain, la musique se fait d’un abord plus accueillant, et se montre d’autant plus chaleureuse qu’elle enveloppe dans un cocon de froid, comme ces terriers de neige où rêvent les chiens de traîneaux, à l’abri du blizzard. "Mare nostrum" est comme un voyage en mer : sans horizon visible, traversé par les grands vents, filant de bonaces en orages, de ressacs en courants — et sa musique est terriblement familière. Ce n’est pas pour rien qu’elle est issue de la rencontre de Boysen et d’un énorme supercomputer, éponyme du disque : en vérité, elle est l’illustration même de cette ère de communion de plus en plus étroite entre homme et machine, pour laquelle l’un prête son lyrisme, sa quête de sens, son inventivité, et l’autre sa puissance de calcul froide, son immensité industrielle, ses vibrations et bourdonnements. Et devinez où est situé cet ordinateur gigantesque ? À Barcelone : dans une ancienne église. Cette conversion, Dieu y a mis sa patte, c’est certain. Sous perfusion divine et informatique, Boysen nous rappelle qu’il n’est pas seulement compositeur de musique électronique, mais aussi "sound-designer", et qu'il sait accorder ses créations musicales aux visuels de ses clients — toutefois, ici, il réalise la prouesse d’un sound-design qui génère en toute autonomie ses impressions visuelles. Les nappes éthérées s'éraillent au filtre de la saturation et se résolvent en des accalmies salutaires. Les soubresauts de météores électroniques dessinent des formes dans un espace sonore infini. Les machines incessamment grognent, moulinent, grincent leurs rouages, vrillent leurs bras mécaniques ; l’homme les imprègne de sa tristesse, immense, et de son inquiétude, mystique.

note       Publiée le samedi 18 avril 2015

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saïmone › jeudi 23 février 2017 - 14:21  message privé !
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Celui-ci perd une boule parce que les synthés sont quand même parfois un peu gniangnian...

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saïmone › mercredi 22 avril 2015 - 19:27  message privé !
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En tout cas c'est un gros coup de coeur ; merci NTM pour cette chro, c'est le truc le plus hypnotique que j'ai écouté depuis assez longtemps...

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mangetout › mardi 21 avril 2015 - 13:52  message privé !

Putain les mecs vous êtes prévisibles !!!

saïmone › mardi 21 avril 2015 - 13:47  message privé !
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"la taille ne faisant pas forcément la différence" j'ai jamais entendu une femme dire ça

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mangetout › mardi 21 avril 2015 - 11:45  message privé !

Je crois que le MareNostrum n'est plus le 9ème superordinateur depuis longtemps (2007 je crois), il était en 57ème position en 2014. Par contre le SuperMuc de Garching (en Allemagne donc, le pays d'origine de Hecq) est en 14ème position.
Sinon, musicalement, je suis curieux d'écouter le résultat, la taille ne faisant pas forcément la différence...