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The Mystic Revelation Of Rastafari › Grounation

  • 1973 • Ashanti NTI301 • 3 LP 33 tours
  • 1974 • Vulcan VULX301 • 3 LP 33 tours
  • 2001 • Retro R2CD 40-74 • 2 CD
  • 2007 • Retro 2X604 • 2 CD

2cd • 85:03 min

cd1 • 8 titres • 42:28 min

  • 1Bongo Man4:50
  • 2Narration13:05
  • 3Malorat (Passin’ Trhu)3:30
  • 4Poem2:40
  • 5Four Hundred Years4:28
  • 6Song2:00
  • 7Lumba7:05
  • 8Four Hundred Years4:50

cd1 • 4 titres • 42:35 min

  • 1Ethiopian Serenade4:20
  • 2Oh Carolina3:30
  • 3So Long4:45
  • 4Grounation30:00

extraits audio

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enregistrement

Enregistré au début des années soixante dix en Jamaïque.

line up

Cedric "im" Brooks (saxophone, direction de la formation jazz, arrangement), Count Ossie (percussion, direction de l’ensemble de percussions nyabinghi)

remarques

La version ici chroniquée est celle de l’édition double-CD Retro de 2001, sous-titrée The Original Complete Grounation (à l’arrière du boîtier) et The Roots Of Reggae (sur le fourreau et l’avant du boîtier). La liste des titres semble présenter quelques différences mineures d’intitulés et de séquençage par rapport à l’édition triple-vinyle d’origine.

chronique

On pense ce qu’on veut des Rastas. On a le droit de ne pas gober plus que d’autres leurs arguties mystiques, panachages de citations bibliques et sentences morales bien rigides, attachées à la lettre aux religions du livre. On peut très bien tiquer sur les louanges à Sélassié – l’empereur d’Ethiopie… qu’on n’est pas obligé, pour soi-même, de tenir comme le messie annoncé, l’homme saint et sans tache, l’incarnation divine… On peut émettre pour le moins des réserves sur leur vision de l’Histoire, leurs fantasmes d’Afrique, leurs obsessions de retour à la terre mère, quitte à nier – je parle là du mouvement tel qu'il s'était formé et développé en Jamaïque, avant d’essaimer – qu’horreurs, trahisons, corruptions, aient jamais pu prendre racine aux sols du continent. On se rappellera peut-être que la congrégation Nyabinghi – ordre spécialement dédié au culte dudit Négus Sélassié – est d’abord née d’un faux, en grande partie : un document de propagande émané des services secrets de Mussolini, qui clamait l’existence d’un ordre caché en Ethiopie – alors brièvement colonie italienne – une secte sorcière secrètement et sadiquement dédiée au massacre de tous les Blancs… Reste qu’au pays – la Jamaïque, donc – ceux là furent toujours une voix opposée, contre-courant, continuateurs des marronnages. Que bien des fugitifs, dissidents – avant et après que les Anglais eussent lâché à leur tour le pays – trouvèrent chez eux refuge, gite, compagnie, à l’écart de l’une ou l’autre persécution, tracasserie de régimes… Bien des poètes, aussi. Et bien des musiciens. On se rendra même bien vite à l’évidence, à s’y pencher un peu : à tout ce qui fit date dans la musique du pays, dès assez tôt, ceux-là furent mêlés. Dès le ska, le rocksteady. Non que tous, en ces orchestres, eussent partagé ladite foi. Mais la philosophie du mouvement, certains de ses aspects, du moins – les appels à la paix au sein du petit peuple, notamment – trouva souvent échos auprès de l’un ou l’autre héraut, de ces stars soudains tirés des mêmes voisinages. On pourrait même sans doute remonter, tisser des liens plus loin, jusqu’au mento – forme locale, cousine du calypso – jusqu’à d’autres folklores et gestes populaires. The Mystic Revelation Of Rastafari – voilà au moins un nom explicite – est au fond une bien étrange formation. Peu commune en buts et effectifs, en collusions. La rencontre d’un ensemble de percussions nyabinghi, justement – dirigé par Count Ossie, tambourinaires à la frappe lourde, phalange changeante qui se réunissait dans les arrières cours ou sur le collines pour scander des nuits durant, au pouls sourd des peaux cognées, psaumes et autres cantiques ; et d’un formation jazz, d’autre part, menée par Cedric "Im" Brooks. Et c’est là que les choses se corsent. Car Brooks, passé un temps par les États Unis voisins, n’en a pas seulement ramené, comme beaucoup – écoutez donc les Skatalites, par exemple – post-bop et soul music. Mais aussi, pour sa part, un amour sans borne de Coltrane, Ayler, de tous les fous du free. Grounation – c’est, au fait, ce nom que l’on donnait aux dites cérémonies où se déclamait le Verbe – est le nœud, la saga, le point de collision et de fusion de tous ces mouvements, courants, fragments d’une culture qui n’est que le reflet des vies : celles des terres et des humains, celle des luttes, des alliances, des noces. Trois vinyles, à l’origine, sortis aux frais des musiciens, sans volonté de récupérer la mise, d'en tire plus-value. Suite, cycle étonnant. S’y succèdent narrations parlées sur fond de percussions et ligne de contrebasse, ostinato, obsédée de son motif ; imprécation contre l’Empire Britannique, ses commerces d’esclavage ; voix contraire, contrevoie, hypothèse inverse (dont encore une fois, on pensera bien ce qu’on veut), autre version de l'Histoire ; chants d’églises tournées en ritournelles, surprenantes harmonies pour déplorer le départ de l’aimée – Oh Carolina – au débotté, comme ça, surgissement de profane en pleine célébration ; fanfares soudain dérapées, embardées de saxophone – probablement Brooks lui-même ; et puis ces poèmes récités, flûtes pastorales en alternances, volonté patente et bizarrement convaincante en l’atmosphère qu’elles instillent, de retour à l’Antique, aux temps des grandes transhumances ; la fuite hors d’Égypte, dans les écritures, traduite comme parabole, injonction divine au retour, pour ceux qui chantent là – paradoxale métaphore – à l'Afrique, terre sainte et promise. Le plus inexplicable, c’est que tout au long ou presque de l’ouvrage – la dernière plage est à part, j’y reviens plus loin – tout prend parfaitement. Tout s’articule avec force et fluidité, tout respire. Si affirmée soit l’intention, si frontal le discours, jamais les pièces qui se succèdent ne font prétexte, faible support. Le son même – brut, sans effets, micros certainement peu nombreux pour capter toute l’assemblée – n’affaiblit pas la présence de l’ensemble, lui conférerait plutôt cet air tangible, une proximité immersive, l'aise de se croire pour un moment public familier de ce qui se trame. Et puis arrive… Ce dernier morceau – celui qui nomme le disque. Et c’est autre chose, ici, qui survient. C’est une autre touffeur. Les cuivres sont partis, attendent que sonne, à nouveau, leur heure. Et c’est une transe, qui s'installe, s'instaure. La Grounation – la cérémonie – nous y voilà en plein. Consentants ou résistants. Le rythme pèse longuement, se répète sans fin, sommaire, enfoncé ; les voix clament les laudes, les appels, les abjurations ; le tempo s’alentit encore ; plus tard s’accélère, imperceptiblement, veut caler sur son temps les battements de nos corps ; ce n’est qu’un extrait, pourtant – la chose, in vivo, coure la nuit entière – mais ces trente minutes s’étendent, semblent se dilater, professent et exhalent l’état second ; sans envolées, presque jusqu’au bout, sans figures acrobatiques comme ailleurs dans la Caraïbe (écoutez donc le Top Percussion de Tito Puente, par exemple, s’il vous échoit…) ; là, on martèle le sol : jusqu’à la rupture ; elle survient : en explosion ! Tout s’emballe. Et les soufflants, revenus, éclatent, une drôle de dissonance tenue entre leurs lignes. On basculera, si l’on y est enclin, vers le champ céleste qu’on voudra, qu’on nommera ou pas. Ou bien l’on décrochera pour de bon de l’emprise, éjecté une fois de plus vers notre monde tangible, habituel. On pensera toujours ce qu’on voudra des Rastas, de leurs cieux, de n’importe quel Éden. On ne niera pas que le balancement, au bout, nous avait pris.

note       Publiée le samedi 25 janvier 2014

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Dioneo › lundi 3 mars 2014 - 18:38  message privé !
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Donc... Ça se confirme qu'ils ont une drôle de manière de fixer les prix, c't'enseigne, quelles que soient les villes. (En "world" et trucs assimilés reggae dès que c'est un peu hors-piste comme là, on a vraiment souvent l'impression qu'ils y vont au pif, ici, en tout cas. Des Ocora pas forcément trouvables qu'ils lâchent à moins de dix euros ou des trucs carrément rares dans les mêmes eaux... J'ai vu et chopé aussi. Tant mieux hein... (Bon, à côté de ça, d'autres trucs qu'ils surcotent ridiculement... Et remarque... A tous les rayons, ça, par contre)).

22goingon23 › lundi 3 mars 2014 - 18:33  message privé !

Pécho itou au Gibert de Toulouse pour 5 euros ! En occase : le boîtier a souffert certes mais les cds sont nickels !! Mystérieux voyage au coeur des ténèbres

Dioneo › lundi 3 mars 2014 - 18:18  message privé !
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Tiens au fait... Pour les Lyonnais éventuellement intéressés par ce truc là : ils en avaient un exemplaire à 5 euros au Gibert de Bellecour la dernière fois que j'y suis passé (y'a trois quatre jours, un truc comme ça... Pas sur que ce soit le genre d'objets qui s'arrachent chez eux). Ça se saisit, si jamais ils l'ont encore (c'est pas forcément le disque sur quoi on tombe tous les jours, disons, sans être une rareté introuvable).

Dioneo › dimanche 26 janvier 2014 - 02:01  message privé !
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Faudra que je revérifie pour la compile... Il me semble me souvenir qu'il y a assez peu de morceaux de l'album-à-la-même-pochette, en fait, que ça pioche plus sur l'ensemble de la disco... Et que c'est de toute dans un ordre assez bordélique (pas du tout celui des disques tel que sortis à la base, quoi, si j'ai bonne mémoire). A re-checker donc.

Et du coup j'attends ceux de Dada avec curiosité aussi oui !

Quant à moi - my pleasure, au fait - je devrais continuer dans les parages jamaïcains ("et diaspora", voire) ces jours ; me faire une petite série comme avec les bluesmen et jazz-qu'en-a-bouffé... Avec sans doute une certaine variété de styles. Programme au feeling, encore ce coup, pas complètement arrêté et sûrement pas fermé.

GinSoakedBoy › dimanche 26 janvier 2014 - 01:55  message privé !

Tes deux dernières chroniques font bien plaisir Dio! Pas grand chose à rajouter après ça et le commentaire d'absinthe. Musique superbe, quand elle n'est pas poignante.

Pour la compil Ligh of saba, ce n'est pas ce qu'elle fait justement: regrouper le premier album avec des singles introuvables de la même période? Je ne sais plus très bien, ça fait un moment que je ne l'ai pas ressorti. Elle reste de toute façon le meilleur choix pour écouter ces morceaux avec un son excellent, une compil indispensable à mes yeux et pour ceux qui veulent continuer après celui-ci et les comtes du Mozambique. Et comme je n'aimerais pas briser l'effet d'annonce de dariev, je vais éviter de développer sur les autres. Continuez, et on vous lira.

Note donnée au disque :