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Gérard Manset › La Mort d'Orion

cd • 5 titres

  • 1La mort d'Orion: Introduction/La mort d'Orion/Où l'horizon prend fin/Salomon l'ermite /Final
  • 2Vivent les hommes
  • 3Ils
  • 4Le paradis terrestre
  • 5Elégie funèbre

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line up

Gérard Manset (chant, musique, production)

Musiciens additionnels : Anne Vanderlove (chant féminin), Gianni Esposito (récitation)

chronique

J'ai hésité avant d'oser m'attaquer à un album de la longue et inclassable discographie de Gérard Manset, discographie que je connais très très mal. C'est peut-être parce qu'il n'est pas le plus représentatif que j'ai fini par prendre ma décision, dissimulant ma méconnaissance culturelle derrière l'ambiguïté de cet enregistrement. Atypique, discret, Gérard Manset est un ovni dans la musique française, l'un de ces pèlerins séculaires en quête d'une plénitude qu'eux seuls sont capables de comprendre car ils la portent déjà en eux sans le savoir...Hors de toute chapelle, de toute catégorie, l'homme a tissé une oeuvre fascinante et unique, abordant les genres comme on ouvre des livres, comme on noircit des pages blanches. 'La mort d'Orion' pourrait être classé dans la rubrique 'rock progressif' de par sa ligne conceptuelle et ses structures alambiquées, surtout sur le premier morceau qui, à l'instar du 'Atom heart mother' de Pink Floyd, emplit la plupart du disque. 'Où l’Horizon prend fin, où l’œil jamais de l’homme n’apaisera sa faim, au seuil enfin de l’Univers, sur cet autre revers trouant le ciel de nuit, d’encre et d’ennui profond, se font et se défont les Astres ', ainsi débute cette épopée trompeuse car ne semblant pas suivre une narration précise, le thème paraissant n'être prétexte qu' à l'évocation poétique pure, à la création musicale...Les paroles peuvent laisser parfois perplexes dans leurs étranges coquilles ('Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés, leurs cheveux comme des tresses qui cachent le soleil, les fleurs sont comme des oreilles, et tout homme est pareil'), même si les allusions pourraient laisser croire à un avertissement aux Terriens quant à leur manière de gérer leur planète. Paradoxalement peut-être, le message en tant que tel n'est pas si important, il se glisse entre l'étrangeté des mots, les lignes musicales mêlant aussi bien des influences néoclassiques que rock avec des breaks, des ponts, dans lesquels se croisent orgue funèbre, sitar, piano, roulement de tambours, violons tziganes, mêlés dans un jeu d'arabesques complexes qui tissent une trame abstraite mais emplie d'espace. Il se dégage de cette première pièce et ses multiples actes une beauté obscure pareille à l'éternité de l'espace. Et puis, il y a le chant de Gérard Manset que pour ma part j'aime beaucoup. Un peu frêle, proche d'un Francis Cabrel tragique à qui on aurait retiré l'accent, d'un Sheller triste, elle se savoure dans la séduction des mots qu'elle prononce, des mots qui font de 'La Mort d'Orion' une sorte de pièce de théâtre, une tragédie cosmique que le renfort de la récitation du poète Gianni Esposito et de la chanteuse Anne Vanderlove. Quelle est donc cette mystérieuse Orion qu'ils nous chantent ? Ne s'agirait-il pas de notre terre ? Et les notes, ces étranges collages tissages crées par le musicien ne sont-ils pas là pour cultiver cette réflexion ambiguë ? Certaines bandes sont passée à l'envers, étouffées, recomposées, préfigurant la technique de l'échantillonnage et plombant toujours les aspects atmosphériques d'une forme de danger qui, franchissant quelques structures cabaret déglingué, rock tranquille, défigurées de quelques envolées symphoniques atteint le final 'Elégie funèbre' étrangement sobre avec pour tout accompagnement une mélodie de piano passée à l'envers, parchemin brute où s'égrènent des paroles dures et glauques ('Couvrez-moi de fleurs s’il le faut, laissez venir l’homme à la faux, et si me coudre les paupières, au moins ne me riez derrière') en suivant une technique inspirée du Moyen-Age, lesquelles s'égarent dans un bref écho final. Ecrite à 24 ans, cette oeuvre atypique de Manset aurait laissé son géniteur mal à l'aise avec l'idée d'avoir écrit quelque chose d'aussi noir si jeune. Toujours est-il qu'elle fit le délice des collectionneurs jusqu'à cette réédition cd avare de renseignements, intrigante et sombre à l'image de la musique. 'La Mort d'Orion' est un album spécial, de ceux qui parlent aux uns et laissent les autres sceptiques, un diamant noir ouvert sur un infini prisonnier de quatre murs.

Très bon
      
Publiée le dimanche 23 septembre 2012

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Polux Envoyez un message privé àPolux

En boucle, déjà 3 ou 4 fois. Je me noie dedans.

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SEN Envoyez un message privé àSEN

Oh Yes ! 2870 c'est un titre incroyable !

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Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Moi qui en étais resté longtemps aux albums d'origine, Mansetlandia fait l'effet d'un sacré foutage de gueule au premier abord. Quel bordel sans nom.Mais bon, c'est Manset. N'est-ce pas, plus qu'un choix artistique, un choix énigmatique? Il avait prévenu qu'il fallait aimer jouer aux legos et on comprendra en 2870 (ce titre est vraiment dingue!).

Message édité le 05-02-2025 à 11:44 par Coltranophile

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Aladdin_Sane Envoyez un message privé àAladdin_Sane

C'est sûr, il y a des manques : le premier album notamment et puis L'atelier du crabe, Rien à raconter et Manset (1975) se retrouvent disséminés sur d'autres albums... Il y a quelques inédits/raretés également et l'album de reprise "Route Manset" (celui avec la pochette de Bilal).

Message édité le 01-12-2024 à 22:26 par Aladdin_Sane

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Raven Envoyez un message privé àRaven
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Aaah les fameux mansetlandia...J'en reste aux originaux en vinyl, pour ma part. Gégé a tous les droits sur son œuvre y compris de remanier les tracklists et d'y mettre un boxon pas possible, mais je me réserve celui de préférer les albums non mélangés. Enfin ça reste un moyen pratique/moins coûteux en temps et argent d'avoir en stock du Gégé j'imagine.

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