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猫 シ Corp. & t e l e p a t h › Building a Better World

téléchargement • 9 titres • 40:31 min

  • 1目覚め3:27
  • 2Dawn Over the Metropolis3:46
  • 3Sector3:30
  • 4Lost Promises4:59
  • 5世界の果て4:32
  • 6Building a Better World6:15
  • 7Hiraeth V7:14
  • 8進化3:38
  • 9A New Life Awaits You3:10

line up

Telepath テレパシー能力者, 猫 シ Corp.

remarques

https://catsystemcorp.bandcamp.com/album/building-a-better-world

chronique

Styles
ambient
Styles personnels
post-vaporwave

Je ne suis pas un enfant du rock. Eh non, je n’écoutais pas les Doors ou Frank Zappa quand j’avais quinze ans. No cred. De toute façon je commence tout sur le tard, ce qui est toujours mieux que d’en finir trop tôt. Le rock et ses émois adolescents que tout adulte gardera toute sa vie, pas connu. C’est bien pratique, parce que ça évite la nostalgie, voyez-vous. Pas d’âge d’or. Pour tout dire et malgré cinq cents chroniques musicales au compteur en huit ans (ce qui fait en moyenne plus d’une chronique par semaine, imaginez un peu), je n’ai pas l’impression de savoir de quoi je parle. L’impression de ne parler, enfin d’écrire et encore, pas très bien, qu’en rapport avec autre chose. D’un canon établi, de normes à partir desquelles on file de la métaphore à pas cher, de tisser trois bouts de ficelles sur le grand canevas du discours culturel. Ou pire encore, de tout ramener à moi. Moi qui ne suis qu’un touriste (ah tien bah voilà que ça recommence). C’est vrai, honnêtement, je ne suis ni turc, ni auvergnat, ni millennial. Et encore moins un putain de rockeur de mes deux. D’ailleurs moi la musique, ça a commencé ailleurs. Soyons clair, j’ai découvert La danse macabre de Camille Saint-Saëns dans « Alone in the Dark », par exemple. Ma musique, elle est passée d’abord en MIDI. Du coup pas de parole, pas de parole. Des ambiances, des atmosphères. Une musique toute électronique, pour des paysages en gros pixels. Une musique qui ne vaut pas pour elle-même, hors de tout canon culturel. De là peut-être, ou dès ce point là plutôt, le goût de ce qui bourdonne, flotte et vrombit dans un espace statique. De ce qui boucle aussi, parce que c’est pas tout ça mais on ne va pas illustrer un tableau de Point & Click avec une symphonie non plus. De la musique en tapisserie en somme, mais qui laisse sa place à l’imagination. Bien sûr on retombe vite dans le canon pour peu qu’on ne trébuche dans la culture. Eric Satie et sa musique d’ameublement, la conceptualisation par Brian Eno d’une musique en creux pour sonoriser les halls d’aéroport et Haruomi Hosono qui ambiance les magasins Muji de sons presque silencieux. Tapisser le monde capitaliste d’un halo sonore, sa bande-son perpétuelle. Alors évidemment pour ma cinq-centième chronique en huit ans (ce qui fait beaucoup de temps passé à pisser de la copie, et pour la gloire encore), j’aurais pu m’attaquer, comme on dit, à une oeuvre, quoi. Un album signifiant. Avec de la portée, du sens. Donner du sens aux nombres. Mais ce serait surtout se donner à soi et à un produit culturel une bien grande importance. Pourquoi pas un peu de légèreté pour changer ? D’autant plus qu’il n’y a plus besoin de consommer quoi que se soit qui ressemble à une oeuvre. Vous voulez rêvasser tranquille, suffit de fouiller les poubelles de notre bien-aimée industrie culturelle (Teddy, tmtc) sur Youtube et de se mettre une loop de douze heures du son de l’appartement de l’inspecteur Deckard. Se mettre bien en mode Blade Runner pour pas un rond. On dit que tous les nouveaux styles musicaux apparaissent aux rythmes des innovations techniques, c’est vrai ça. La dernière en date, c’est le haut-débit qui, contrairement au MP3 dans les années deux-mille-rien qui n’a changé que le mode de consommation lui-même, a permis le re-surgissement et la diffusion en temps réel de toute notre musique, et du reste. Un matériel inépuisable pour la nouvelle génération qui, à un coût infinitésimal, peut nous re-balancer à la tronche les rêves vaporeux de ce qui fût un avenir forcément à côté de la plaque. On ne vit jamais dans le monde dans lequel on a grandit et on n’est absolument pas préparé à ça. L’avenir, par définition, on en a aucune idée. Tout sera forcément distordu. Distordre le futurisme trouvé dans nos oubliettes numériques, c’était ça un peu le projet de la vaporwave. Projet, comme j’y vais. Y avait pas de projet, c’était juste une pratique, immédiatement jetée sur les réseaux, immédiatement consommable, et pour pas cher en plus, manquerait plus que ça. Pas possible d’élaborer des canons là-dedans, à moins de faire tourner des milliers d’heures en bruit de fond, comme on écoute la pluie qui tombe par la fenêtre ouverte. Une pluie sédative qu’on entend dès l’ouverture de ce « Building a Better World », un album parmi tant d’autres produit par deux des plus importants producteurs de vaporwave (ah ben merde voilà-t-y pas que je retombe dans d’autres canons, c’est inéluctable ce truc), Cat System Corp. et Telepath Telepathy Noryokusha. Des pseudonymes comme des grandes corporations multinationales. Le rêve en pixel-art, parce que le futur qu’on imaginait il y a trente ans sur des écrans en VGA a aujourd’hui fonction de doudou. Une bande-son pour astro-port tout en pixel-art en dégradé de mauve, à la mélancolie qui ronronne comme un gros minou, où résonnent des annonces en japonais, forcément en japonais car le futur a toujours été à l’Est, là où le soleil se lève. Évidemment qu’on y retrouve la culture, la merveilleuse sensation qu’on pourrait y croiser ce bon vieux Deckard ou le Major Kusanagi dans cet astro-port, dans cette ville forcément ailleurs, dans laquelle on ne pourra jamais qu’être un touriste imaginaire. Une petite mélodie luminescente, celle de « 世界の果て», qui laisse encore entrevoir des vaisseaux s’envoler dans des cieux mordorés, pas maintenant, mais plus tard, toujours plus tard, toujours demain. Il est simplement vraiment beau cet album parmi tant d’autres issu d’un genre sans canon, sans classique, sans repère, sans intérêt peut-être sinon celui de se soustraire à cette idée qu’on peut tout classer, rationaliser sans cesse. Mais assez ou je vais encore faire des métaphores foireuses. Allez, ta gueule et écoute la pluie tomber, love-toi dans ton monde qui en vaut bien un autre, en attendant un meilleur. Et comme disait l’autre, voici pour moi le moment de vous dire, allez salut maintenant.

note       Publiée le vendredi 17 avril 2020

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Note moyenne        3 votes

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vigilante › samedi 6 juin 2020 - 08:20  message privé !

Terrible. C'est ça. C'est cette ambiance, en un peu plus lumineux. Merci pour la découverte

vigilante › mardi 19 mai 2020 - 07:38  message privé !

J'avoue. Une ambiance de Nexus6 sans tomber dans le cliché ni la redite maladroite ? (miserable BO du 2049). Voilà ce que je cherchais depuis des années.
Vendu.

Alliage › mardi 19 mai 2020 - 01:12  message privé !

Quelle plume. Quel site.

(N°6) › dimanche 19 avril 2020 - 00:55  message privé !
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Je me suis contenté de la version numérique (comme de plus en plus et de façon générale) mais ouais, c'est pas mignon ça ? Pour un peu ils proposaient une version sur floppy disc (mais bon du coup pour le lire, galère).

Note donnée au disque :       
Alfred le Pingouin › dimanche 19 avril 2020 - 00:14  message privé !

"For the CD version both artists choose something special to make it an unique item: a CD only bonus track plus a special 1988 mastering. This means a real time 13-bit 26KHz AD/DA conversion was done for the CD master, giving it a crisp and hazy sound with a punchy low-end. " Des grands malades.

Note donnée au disque :