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Mutamassik › Symbols Follow

lp vinyle | 10 titres | 00:00 min

  • face A
  • 1 Ke Nin Kai
  • 2 Hearts Blink Their Morse Code
  • 3 Long Beards
  • 4 Rhythms Rattle on Deaf Pawns
  • 5 On Fire Drifting Sea Wise
  • face B
  • 6 Grinta
  • 7 After A Time She Was Freed
  • 8 Camus
  • 9 On(e) Foot (in), On(e) Foot (out)
  • 10 Aabye

extraits vidéo

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enregistrement

Masterisé par un certain Rashad Becker (et ça sonne du fuego de dios) - Assistant ingé-son : Meroe Amadé Memphis - "Tous instruments produits, écrits, joués, mixés et enregistrés par Giulia Loli a.k.a. Mutamassik pour Sa'aidi Hardcore Productions/KMT BBB USA à G.G.S.S./Rocca AlMileda"

line up

Giulia Loli (violoncelle, batterie, percussion-douf, derbouka, sagat, doumbek, re'q, mazhar-, claviers, scratches, basse, plectrum, etc)

Musiciens additionnels : Morgan Craft (basse additionnelle), Victory Emerhoum Hanna El Qommos (invité vocal spécial sur "Long Beards")

chronique

Styles
electro
ovni inclassable
Styles personnels
polyrythmique > bitches sabbath

LA GUERRE DES SONS !! La seule qui mérite le qualificatif de sainte, et qui par conséquent, mérite d’être menée, tambour battant, l’écume aux lèvres. Et c’est ce que fait Mutamassik, avec un naturel et une aisance comme si elle avait fait ça toute sa vie. Sauf qu’on a jamais entendu ce nom-là, qu’on n’a jamais entendu parler d’elle. Symbols Follow, c’est l’abondance dans l’aridité, c’est la vision d’un buisson de ronces qui enserrerait la Kaaba, tandis qu’une armée de Djinns invisibles danserait en rond autour dans une clameur immense et surnaturelle, dont on distinguerait chacun des coups de tambour, chacun des grésillements, chacune des incantations. Ovni inclassable ? Euphémisme, lecteur. Ovni létal, ovni venu de l’angle-mort-où-tu-regardais-pas, ovni qui s’abat sur ta couenne avec vigueur et toute la tendresse de celui (celle en l’occurrence) qui sait déjà qu’elle va te fracasser le bulbe et sait déjà exactement COMMENT elle va s’y prendre. Avant tout il faut préciser qu’il n’y a pas de haine ici. En fait, aucun sentiment, aucune émotion identifiable, mais un sublime, un suprême, un transcendant sac de nœuds contradictoires et sale, aux couleurs imbibées de béton réduit à poussière, de batucada rouillée et cabossée, rendue plus puissante par le poids du bordel sonore s’accumulant sur son corps… Pensez Gunm, Tetsuo, cette image facile mais tellement adéquate face à l’inexplicable et inépuisable (j’ai du l’écouter 20 fois en ne faisant Strictement que ça) richesse du disque. Et donc, pas de haine, car un skeud aussi énorme ce ne peut-être que de l’amour, quand bien même il rend tout les autres moisis et dépassés par comparaison. Symbols Follow démarre façon embuscade de cavaliers Mamelouks, ils arrivent de partout et visent la carotide, et l’efficacité de l’assaut est ici proportionnel à l’effet d’être « dépassé » par ce qui se passe, par la multitude effarante de sons qui s’abattent en flèche. Et je peux vous dire que ça résiste salement bien aux écoutes répétées, ce truc. « Long Beards » lève un bout de voile sur le côté très introspectif et habité (tourmenté ? c’est pas si évident) de Mutamassik, sample de voix lancinant et imaginaire, auquel succède sans qu’on comprenne comment (ces transitions invisibles, tudieu) des basses profondes jouées au violoncelle, qui se déploient comme des crevasses sous des nuées de grillons mécaniques, entre des lambeaux de terre éventrés par la chaleur et la sécheresse, sous une averse incessante de détritus toxiques, de tam-tams acides et métalliques, puis au final de ces plaintes de muezzin compressées dans les fréquences saturées d’un haut parleur de récup (fabrication soviétique, reliquat de la guerre d’Afghanistan).« Muezzin » finit par dire la voix, dans un des rares messages intelligibles de ce monstrueux album (« Rythm rattle on death pawns »). Et le texte accompagnant le disque dans l’insert, sorte de manifeste obscur et mystique, ne fait qu’en rajouter dans la complexité et l’opacité de l’œuvre. Insaisissable, mais on sent bien qu’il y est question de lumière intérieure, d’âme brûlant comme le seul feu qui soit digne d’être cherché, et de cette bonne vieille madeleine musulmane du « tout ce qui est invisible et caché est mieux ». Si c’est pour accompagner un disque comme ça, je veux bien ranger les accusations de prétentions et de délire mystico que j’aurai sorti d’ordinaire pour décrire ce type de laïus. Ouais, Mutamassik sait où elle va, et elle lâchera pas le morceau, compris ? L’album est aussi régulièrement plongé dans une sorte de recueillement désertique et énigmatique, le silence se faisant pour mieux laisser apprécier les moindres nuances du violoncelle (ou une variante arabe d’un violoncelle, j’ai envie de dire), qui prend tout son temps, évite de jouer en solo ni en phrasé classique, monte tranquillement tel un appel souterrain vers les battements de cœur de la nuit, le noir insondable du ciel se révélant tapissé d’une texture crade, comme le son d’une tête de lecture aux prises avec une poussière divine accumulée depuis le temps des pharaons… En gros, ça crépite comme chez Lee Perry, mais c’est bien sûr un crépitement voulu, savant, sculpté au micro-grain de sable. Parfois, c’est un genre d’harmonium flottant au vent qui ondule sous l’effet des rythmes hachés et trafiqués sans répit. Pas de beats, mais mieux que ça, un foisonnement de percussions multiples, de chaînes fraîchement brisées qu’on fait sonner comme des clochettes, de scratches épars, de débris sonores dont chaque molécule danse comme sous l’ordre d’un dieu immanent et bien décidé à se dégourdir les orteils sur le champ de décombr… Le dancefloor ? Bon, plus besoin de dancefloor, ce vieux mot, c’est de la musique de rave-party ou bien je n’y connais rien (et je n’y connais presque rien, mais j’ai déjà eu la vision d’une rave-party sur du Hawkwind, donc Joker). Le disque se termine dans un dernier soupir de machine carnivore avec une ligne de basse tuante que d’aucuns auraient placée bien en vue, seul élément trahissant le passé a priori vaguement drum’n’bass de la dénommée Mutamassik. Retenez bien ce nom-là. Ci-gît l’orientalisme délicat et lettré de l’Occident, bienvenue dans une esthétique de l’Orient du XXIème siècle : chaos contrôlé et sortilèges de Djinns déferlant dans un savant désordre sur vos faces. Du méchamment lourd. C’est pas la fête, c’est pas du disco, c’est pas de la gaudriole. 6/6 incompressible et massif.

note       Publiée le lundi 19 septembre 2016

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

  • Miles Davis › Bitches Brew
    Miles Davis - Bitches Brew
    Même façon bien particulière de ménager la dynamique, de cacher le « fond » du spectre sonore sous une opacité pour mieux entraîner la possession.

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Klarinetthor › jeudi 5 octobre 2017 - 13:25  message privé !

et puis Discrepant, forcément. je ne suis pas étonné de les retrouver, eux qui ont (ré)édités Moor&Kyriakides, un des meilleurs projet de "fusion" des traditions de ce genre.

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › jeudi 5 octobre 2017 - 13:06  message privé !

C'est très muslimgauze qui serait allé au fond de sa démarche (et au delà de ses capacités musicales); aucune complexité gratuite. Un album qui ressort bien après un Rekkez qui a l'air plus banal (et plus hip-hop aussi). Pas de version CD apparemment, dommage par contre.

Note donnée au disque :       
Dioneo › mardi 27 juin 2017 - 15:26  message privé !
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Je découvre suite à la lecture de cette très belle chro - que j'avais dû zapper à l'époque sinon j'aurais très certainement écouté avant ! Eh bien... Ouais, gros morceau. Difficile en effet de trouver des points de comparaison. À la limite et d'un peu loin certains morceaux d'Autechre ou d'Aphex Twin (quand il laisse tomber son rôle de freak parfois un peu pénible), mais en fait surtout pour la singularité. Un peu Leila aussi mais pas tant non-plus, seulement dans ses moments les moins doux (l'album U&I par exemple). Et encore... En fait les seules comparaisons qui me viennent se trouveraient plus dans une espèce d'outre-jazz : certains trucs sortis sur le label français Deux Z dans les années 90 (mais c'était souvent bien moins réussi qu'ici), certaines productions de Kip Hanrahan (avec "les musiques arabes/orientales" en lieu et place des "latines/sud-américaines/caraïbes") ou plus encore les moments où Bob Ostertag s'amuse à manipuler en direct (en temps réel de l'enregistrement des disques) des bouts d'impro préalablement collectés individuellement pour en faire une nouvelle chose musicale cohérente, avec sa propre cohérence, j'entends. (Tout ça ensemble ou alternativement - selon les passages plus ou moins denses rythmiquement, plus ou moins travaillés par les machines... Et encore une fois toutes ces analogies presque "vagues", tant ce disque reste un ouvrage très personnel - autonome serait peut-être un terme plus juste).

Et pas d'exotisme là-dedans, non-plus, en effet. Rien d'un orientalisme au sens par exemple du courant du même nom en peinture - c'est nettement pris d'ailleurs. Merci donc et bravo encore pour cette chro et cette découverte, Dariev - pas facile de parler d'une telle musique qui, comme tu dis, ne renvoie guère à des repères émotionnels identifiés, des "sentiments", mais charrie et imprime bel et bien des perceptions. Pas loin d'être un choc, ce truc - ou en tout cas... Je ne m'attendais pas forcément à un truc aussi fort et aussi riche.

saïmone › mercredi 21 septembre 2016 - 10:29  message privé !
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Il a tourné deux fois hier soir. Marabout Boredoms Islamique !

Wotzenknecht › lundi 19 septembre 2016 - 20:00  message privé !

Yannick Dauby c'est une perle rare ce type, tel Chris Watson en envoyé spécial, mais encore plus effacé des sources sonores. Il faut aussi acheter tout ce qu'il a sorti sur son label Kalerne, c'est pas cher et tellement beau, comme quoi l'un n'empêche pas l'autre (ah, Cévennes par les frères Namblard...)