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Jealousy Mountain Duo › N°_03

  • 2014 • bluNoise LC05575 • 1 LP 33 tours

lp • 8 titres • 30:30 min

  • FACE A
  • 1Dackel Die Bellen Heissen5:01
  • 2Friends of Sonny Foschino3:12
  • 3Roadkill2:26
  • 4Need Money for Acid5:18
  • Face B
  • 5The Rincon Pio Sound2:33
  • 6Nordic Walking2:40
  • 7Gott Ist Nicht Nett4:42
  • 8Broke in Stoke4:38

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et mixé sur magnétophone vingt-quatre pistes, à la Laundry Room, Hückelhoven, entre mars et juin 2014, par Guido Lucas et Jealousy Mountain Duo. Produit par Jealousy Mountain Duo.

line up

Berger (guitare), Schneider (batterie)

remarques

Photos : Christian Brauneck. Design : Soheyl Nassary.

chronique

Les joies impromptues… Celles de "l’accident", à vrai dire. Je veux dire : de l’accident heureux, moteur, occasion où l'on décide sans délai de s'engouffrer. Celle du flottement, dont on n'est jamais sûr où elle va nous porter... J’ai connu ce groupe un peu par hasard. C’est à dire : par envie d’y aller ; par confiance envers qui m’en causait, nous l'apportait. En concert, encore une fois – là où la musique s'expose à tout, tous risques intacts : que "ça ne colle pas", aussi, qu'il y ait "erreur", malentendu ; ou bien, et puis que ça surprenne. Nous étions peu, ce soir là, comme il arrive parfois. Nous ne l’avons pas regretté, aucun, il semble – d'avoir tenté une sortie, j'entends. Jealousy Mountain Duo jouent de la cassure, du phrasé instable, de l’inattendu. Mais pas comme de tics, trucs, procédures automates. Jamais, me semble-t-il, comme d’autres canons, l’avatar simplement retourné d'une rigidité esthétique qui, prise d’ailleurs, dicterait l'ennuyeux Régulier. Il y a de la place, dans leur jeu. Du souffle. De l’air. De l’intrication, aussi. Des boucles qu’ils font – l’un ou l’autre, batteur et guitariste – de leurs bouts articulés. Des rythmes complexes. Des mélodies soudaines qu'ils laissent merveilleusement planer. Chacun de leurs objets – ce N°_03, puisqu'on parle ici d'un de leur disques ; les précédents, intitulés, le croirez vous, N°_02 et N°_01 – est un moment. Chaque session, sans doute, une prise d’atmosphère, d’état des corps, de la pensée, de l’intuition, des intentions logés dans sa durée, entre ses repères, ses indices. Chaque "tout", chaque continuité montée, ensuite, avec ce matériau – on aura peut-être noté que l’enregistrement et le mixage de cet album s’étaient étalés sur plusieurs mois ; il en avait été de même pour les précédents – à son tour fait cohérence, travaillé par des tensions et des relâchements. Ensuite mis sous pochette, lâché dehors, existence propre. Ce sont des tours que les musiciens jouent – en définissant un ordre, des reliefs et questions posés par telle ou telle option de mixage, de séquençage – à "ce que ça aurait pu être d'autre". Le plaisir de l’improvisation, à vrai dire. C’est lui, sans doute – et eux l’affirment d’ailleurs, le confirment de vive voix, quand on hasarde l'hypothèse – qui porte la musique du Duo bien au delà de ce que d’autres, moins audacieux, pourraient en faire. Qui rend cette étiquette – "math rock" – autant que les autres insuffisante, trompeuse. Les mathématiques – entendre : les comptes complexes, mesures composées, fonctions rythmiques délibérément dérivées… – font bien partie de l’art, des moyens déployés, saisis, développés par Schneider et Berger. Mais au lieu de clore un domaine, elles ouvrent là un champ – libre… d’une liberté qui serait celle des marges mais où tout à coup, la question du marginal ou non serait débrayée, sa pertinence déplacée, l’idée posée autrement. La technique, les décomptes savants, les structures fragmentées, sont là surtout pour être dépassés. Ces préalables sont des lancées. Une fois atteint l’espace qu’ils rendent possible, ils peuvent s’y dissoudre, en même temps accéder à leur vie véritable, leur forme non fixée. Question de pratique, on le répète, points, places du jeu choisis ; de remises incessantes "d’affaire" jamais lâchée, et depuis longtemps. Berger et Schneider, après tout, ne déclarent comme seul "intérêt musical", sur l’une de leurs pages publiques, qu’un simple "touring the world". Laconique mais au fond très plein, multiple, pas du tout limitant. Il n’est qu’à voir leurs dégaines, leurs visages, aussi, pour se rendre compte que ces deux hommes ne sont pas de jeunes gens "frais émoulus" – d’où que ce soit, école, mouvement, scène… –, que la fraicheur, l’enthousiasme, la latitude qu’ils se donnent, doivent provenir d’ailleurs, d’autres parcours… Élan, idée – j’insiste – pas usés mais creusés, insistés, toujours à nouveau rencontrés. La différence se joue aussi là-dessus, d’ailleurs – avec, disais-je, ceux d’un scène dite math rock, avec d’autres qui se revendiquent plus ostensiblement expérimentateurs… Jealousy Mountain Duo habitent différemment le temps – le leur, le notre ; temps pris non comme laps entre deux gradations mais vitesses, proportions, répartition de masses selon quoi on reçoit le son, en quoi on se coule, se fond, on se campe ou se laisse porter. Je dis "le son", parce qu’il s’agit de musique, que c’est le nom privilégié de leur chose, sa dimension ; ce pourrait être aussi bien images, mots (libérés alors du sens strict, de la plate "communication"), d’autres flux… Je dis "son" et "musique" parce que c’est l’évidence, que ces excitations là en sont. Ce sont ces fréquences – bruits, timbres, chants, instruments, bouts de samples lancés depuis un élément électronique de la batterie – qui font là pigments, surfaces, profondeurs, perspectives, qualités de lumière… Circulations. On "prend" ce disque comme au milieu d’une phrase – sans préalable, à même ce qui semble se poursuivre. On entrera "chez eux" par ici ou par un autre disque – ou bien, je le disais, étant venu, "en aveugle" ou non, à l’un de leurs concerts. Ce n’est pas que "peu importe", que ce soit "toujours pareil". C’est que ce qui change, ici, chaque fois, est question de… rapports (au moment, disais-je, d’enregistrer… d’entamer ; au lieu, au public présent quand il s’agit de ça) ; et surtout pas de modèles qu’on modifierait, que l’on se combinerait avant de les imiter. C’est ainsi qu’on peut faire des machines qui délivrent l’instant – c'est à dire qu'elles le touchent et le rendent sensible sans l'arrêter ni le contrefaire.

note       Publiée le mardi 8 septembre 2015

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Dioneo › samedi 1 octobre 2016 - 17:40  message privé !
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Tiens, l'écoute des Polonais de Kurws m'a donné envie de replonger chez ces Allemands-là... La mélodie flottante mais nette qu'ils énoncent une ou deux fois, "oublient" puis remettent sur Roadkill m'attrape toujours autant. Et je trouve toujours le disque aussi brut en matière et grande-finesse en manière, à part ça. (M'rappelle que les deux précédents mériteraient aussi qu'on en cause, incidemment).

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Dioneo › mercredi 9 septembre 2015 - 18:58  message privé !
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Oui, c'est une partie de ce qui est si bon, chez eux, sur scène comme sur disque... On croit qu'on est parti pour le marathon et BLAM ! Un câble pète et nous voilà balancés en plein vol libre. (Ou chute, hein... ça dépend de quelle hémisphère on se reçoit ça).

J'espère qu'ils pourront repasser dans le coin dans pas trop, comme apparemment projeté, pour ma part (et qu'il y aura un peu plus de monde pour s'y bouger le derche, accessoirement, histoire que ça deviennent un spot où ils aimeraient revenir sans que personne finisse à perte).

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › mercredi 9 septembre 2015 - 18:54  message privé !

les bribes de math rock s'evanouissent au cours de l'album on dirait; ils jouent gratos a Londres ce soir, dommage que ca soit un peu loin.