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L'atelier › Buffet des anciens élèves

cd • 14 titres • 46:38 min

  • 1Inexact Order (FuckALoop instru)03:19
  • 2Ne sois pas triste05:42
  • 3Le hip-hop c’est mon pote03:25
  • 4Bean Bogs02:03
  • 5La fête de la musique04:17
  • 6All About Yves01:39
  • 7Je pense cependant qu’on approche03:54
  • 8Collier de nouilles01:04
  • 9La ville en Juin05:58
  • 10Epiderme Skit00:17
  • 11Sans fin05:35
  • 12Yaourt - Placenta01:27
  • 13La fille à cinq sous01:14
  • 14Acappellas & Cathedrals06:44

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par James Delleck, Para One & Tacteel.

line up

Cyanure (MC), James Delleck (MC, production), Fuzati (MC), Tacteel (production), Teki Latex (MC), Para One (production)

remarques

Para One & Tacteel aparaissent ensemble sous le nom de FuckALoop. La première piste est située avant la piste 1 sur le CD.

chronique

Styles
hip-hop
electro
Styles personnels
abstract hip-hop chelou

"FuckALoop ? Hum, that's cool." Tu m'étonnes. Y en a marre du rap. Enfin du rap comme on le faisait à l'époque. L'âge d'or terminé, la standardisation à venir pointait le bout de son nez. Et en même temps, d'un peu nul part, des mecs chelous qui baignaient là-dedans depuis un moment, sans jamais avoir la moindre velléité d'obéir à la doxa hip-hop. On sample ce qu'on veut, on rappe comme on le sent, on parle de ce qui nous chante. La street-cred, le social, la banlieue, tous ces passages obligés fatigants. Merde, le hip-hop à la base c'était quand même le mélange, le bordel et la fête dans les block party. Y avait déjà eu quelques mixtapes, quelques albums notamment ces hurluberlus de TTC et leur profession de foi absurde adoubée par les frangins de La Caution. Et puis des soirées au Batofar, péniche parisienne amarrée dans le 13eme, où se croisent des anciens du collectif ATK (Cyanure et Tacteel) qui déjà avait déjà jeté quelques pavés dans la marre, le MC gonflé à l'hélium des TTC Teki Latex accompagné de Para One, un des producteurs du premier album qui n'en était pas un, James Delleck, MC/producteur à la poésie chelou au gout prononcé pour la science fiction et les images irréelles et bien entendu, le vengeur masqué versaillais Fuzati qui s'apprête à lancer sur la capitale son offensive tragicomico-dépressive, alors qu'il baise déjà les gens. Ca fait une belle bande de types bizarres, sans plus de lien que celui de faire du hip-hop singulier, mais pas semblable pour chacun, au même moment et au même endroit. De quoi en réunion produire une sorte de super-groupe foireux pour secouer le cocotier d'une scène qui ne ressemble à rien de comparable. Moins qu'un groupe d'ailleurs, c'est bien un atelier de travail, le nom était parfait, qui se constitue vite fait autour d'une équipe de production resserrée sur le duo Para One/Tacteel aka FuckALoop, machinerie électronique complètement barrée aux relents volontier paranoïaques, et James Delleck, aussi abstrait dans ses instrus tantôt minimalistes tantôt protéiformes (mariant hip-hop cosmique aux gros riffs qui tachent) que dans ses lyrics. Et les instrus, on dira ce qu'on veut, ça fait parfois les deux tiers du boulot. Sauf, là dès fois, c'est carrément 100%, parce que les gonzes se lâchent sur des pistes ou des intermèdes strictement musicaux, ce qui évite les sempiternels et généralement moisis skits propres au hip-hop. Bon en fait non, mais c'est ça l'Atelier. On fait rien comme les autres, même quand on fait comme les autres. Abstract jusque dans les pauses, comme celle, assez hilarante, où Teki Latex passe en revue, production à l'appui, toutes les idées les plus revues et les plus chanmées (ça se dit plus chanmé, non ? c'est tellement early 00's…) pour agrémenter un flot déficient sur "Collier de nouille". Y a un esprit débile comme un gag de manga là-dedans. Le sens de l'humour, un truc qui fait pas toujours bon ménage avec le hip-hop. Comme la féminité d'ailleurs. Comme plein d'autres trucs, jetés pêle-mêle dans le très symbolique "Le hip-hop c'est mon pote", déclaration d'amour/haine fendarde à un genre que les ayatollah voudrait confiner dans des limites toutes minus, toutes médiocres (ils le feront sans trop de mal d'ailleurs). Rebelotte avec "La fête de la musique", introduite par un sample vocal fantastique de blaireau aux infos, du genre qui traine son gosse dans les rues le 21 Juin et qui sans aucun doute, prendra quelques années plus tard son pied à la fête des voisins. Moi qui aie toujours conchié l'invention à la con du Formidable maire de Blois, je bois chaque phrase des quatre fantastiques comme une gorgée de petit lait, en particulier quand Cyanure déroule avec force malice les syllabes "o-ffi-ci-elle", marquant du sceau de l'infamie cette débauche de bière pas chère et de massacres auditifs divers et peu variés aux sortie de métros bondés entre Bastille et Répu. Les MC justement, se répartissant le boulot en tachant de ne pas se faire d'ombre. Y a donc Cyanure et son flow acrobatique en coup d'accélérateurs, plus au point techniquement qu'à l'époque d'ATK et toujours aussi introspectif; Fuzati et son flow, ben son flow tout naze de versaillais à la fois précieux et dégoutant de misanthropie, avec préférence pour en mettre plein la gueule aux méchantes filles, déjà (même si "La fille à cinq sous" est sans doute le truc le plus dispensable de l'album, sorte de slam poétique idiot rigolo une demi-fois), du genre Caliméro suicidaire dont le cerveau aurait saturé de porno; Delleck le posé poétique perché oscillant entre crudité rigolarde (ah, la sortie à base de Mathilde Seigner et Sami Naceri d'un seul coup, du grand art) et rêverie évanescente; et puis Teki Latex. Teki. Faut quand même bien en parler de Teki. C'était quand même pas rien, rétrospectivement. Un mec qui rappait comme ça, ça c'était vu où déjà ? Une volonté d'en faire des caisses dans le zarbi ? Ouais. Mais il avait la personnalité et le flow pour le faire. Et si parfois il poussait le bouchon trop loin, sur cet album en particulier faut lui rendre le fait d'être à la fois chelou, drôle, inquiétant voire même touchant, ouais, quand au milieu de "La ville en Juin", il met son absurdité parfois forcée en veilleuse et sort un couplet fantastique sur l'enfance qui préfigure clairement ce que fera plus tard Mister King Ju (et c'est de là que viendra le sample du fameux "Pas stable" du Klub des loosers). Sans former de vrai groupe, l'alchimie parfaitement instable de l'atelier fait prendre la sauce malgré tout, gardant le meilleur pour la fin (en terme de morceau purement hip-hop), le terrifiant "Sans fin" et ses beats globuleux, ses récits croisés pleins d'amertume par une bande de freaks qui ne comptaient pas se laisser enfermer dans aucun carcan que se soit. Ca se termine sur les bouillonements bruitistes des deux FuckALoop, histoire d'annihiler les derniers réticents aux expériences de savants fous du hip-hop. Et ça se passait en France. Le croiriez-vous ?

note       Publiée le vendredi 7 août 2015

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Note moyenne        9 votes

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Jesuis › dimanche 17 février 2019 - 17:14  message privé !

23:50 L'atelier et sa fabrication https://youtu.be/PawTrJL0uMM?t=1410

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Procrastin › samedi 27 octobre 2018 - 14:30  message privé !

"L'univers est un Dieu au visage opaque dont les milliards de paires d'yeux paraissent me fixer de manière perpétuelle. Perdu, mon esprit devient mon corps et flotte, dérive aboli de sa masse pondérale. Rien n'est réel, ce n'est pas la peine de faire de vœux, les étoiles filantes ne sont que de simples pellicules. Tombantes, venant ternir la surface de ma chemise noire, au fur et à mesure que mes ongles trop longs raclent nerveusement la partie frontale de mon crane.Pensif, assis à la table de ma cuisine, de l'air remplit mes narines, je vis. Je ressers une tasse de café à la femme que je compte épouser un jour, j'aime lorsque nous parlons de notre avenir envisageant de nous donner des orgasmes autour de la planète, un beau projet. Soudain, mes yeux scrutent la fenêtre et comme chaque soir je vois le soleil qui meurt...Ne sois pas triste, tu le sais...Rien n'est réel, l'obscurité a fini par gagner a présent, elle remplit l'espace d'une cuisine vide je ne vois qu'une chaise, une table, une tasse de café froid dans laquelle se noient quelques gouttes salée..."

Hormis le manège des vanités qui possède l'entrée en matière la plus classe de son taf, c'est ici que je le préfère le Fuzati, entouré d'autres branleurs magnifiquement casse-couilles, et chacun dans leur domaine.

No background › samedi 8 août 2015 - 23:38  message privé !

Réécouté y a pas longtemps, ça reste très bon, même en le connaissant depuis 10 ans. "A ma naissance, trois fées se penchèrent sur mon berceau, la première ne dit rien car elle vomissait son héroïne...".

Note donnée au disque :       
Int › samedi 8 août 2015 - 18:53  message privé !

Réécouté aujourd'hui grâce à la chro, bon, finalement pas possible de mettre moins de 6. Plusieurs années après la découverte de ce disque, plusieurs dizaines d'albums rap plus tard également, je continue de trouver ça très fort, une des meilleures choses du rap fr des 00's ; un album poisseux-surréaliste qui colle à la peau.

Note donnée au disque :       
Raven › samedi 8 août 2015 - 10:50  message privé !
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"Le hip hop c'est mon pote"

Note donnée au disque :