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Geirr Tveitt (1908-1981) › Baldurs draumar

  • 2003 - Bis, BIS-CD-1337/1338 (2 cd)

cd1 | 4 titres | 50:16 min

  • Baldurs Draumar (1937) ballet en trois actes | 91:20
  • 1 Prologue à l'acte I [3:00]
  • 2 Acte I [22:37]
  • 3 Prologue à l'acte II [1.59]
  • 4 Acte II [21:55]

cd2 | 2 titres | 68:41 min

  • 1 Prologue à l'acte III [4:35]
  • 2 Acte III [36:35]
  • Telemarkin (1974)

enregistrement

Enregistré en juin 2002 au Stavanger Concert Hall, Norvège. Stephan Reh (ingénieur); Hans Kipfer (producteur)

line up

Solveig Kringleborn (soprano); Ulf Øien (ténor); Magne Fremmerlid (basse); Jon Eikemo (récitation); Stavanger Symphony Orchestra; Ole Kristian Ruud (direction)

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
musique païenne

Ce n'est pas de la musique classique : c'est de la musique païenne. Ce n'est pas le travail d'un romantique scandinave, c'est le manifeste d'un fervent adepte du néo paganisme, nationaliste extrême passionnément épris du folklore de son pays, et dont l’œuvre alliera avec une singularité profonde la musique traditionnelle norvégienne et l'influence assumée de l'impressionnisme orchestral de Ravel. Quelle ambiance mes aïeux, mes ancêtres, mes dieux! Visions hallucinantes et célébrations panthéistes au royaume des glaces, ce n'est pas un ballet symphonique, non... c'est une danse rituelle et chantée, où les solos de percussions, les attaques de timbales, les flûtes et les violons de Hardanger transcendent l'acoustique de l'orchestre classique en une palette de sons bruts et rutilants, grandioses et authentiques. Geirr Tveitt composait vite, à l'instinct, puis retravaillait sans cesse, encore et encore, souvent jusqu'à la veille même de la création. Cette mise en musique de l'univers poétique et farouche des Eddas est la déclaration d'un jeune homme de 28 ans, une partition d'une richesse incroyable, l'affirmation d'une personnalité et d'une imagination flamboyante, au service d'un conte de neige et de feu, de vie et de mort. Une histoire d'hommes et de géants, de danses et d'incantations; une histoire mystique et violente où la beauté atmosphérique glacée des scènes aurorales se dispute à la vindicte de poussées de trompettes aux thèmes épiques et pittoresques. Dans ses accès de musique rituelle aussi sombre que festive, "Baldurs Draumar" partage avec le "Boléro" cette puissance ensorcelante de transe cérémonielle ancestrale, son orientalisme enivrant, son énergie sauvage, mais à l'opposée de la fameuse progression cyclique du ballet français, le triptyque norvégien déroule sa narration indocile dans un foisonnement d'images et de dynamiques changeantes et contrastées : une fresque versatile, capricieuse, débordant de mélodies et d'harmonies fastueuses, une foire aux rythmes et aux tambours de toutes sortes, une débauche d'énergie noire, traversée de plages de tristesse neigeuse et diaphane. Car le récit mêle le froid et la cruauté à la renaissance du printemps, les réjouissances à la désolation, l'espoir et la joie qui entourent Baldur devenu dieu, à sa mort contre nature. On passe de la liesse la plus débridée au givre mélancolique en l'espace d'une mesure, les éclats de cuivres et de cordes aux rythmes chamaniques succèdent aux chants solitaires de la flûte et de la clarinette, les feux hiératiques sont dressés au milieu de champs de neige, parcourus par le silence et le vent. Impressionnante succession de grâces et de brutalités, fusion improbable de précision impressionniste et de rusticité propre à la musique folklorique, baignant dans une ambiance possédée de cérémonie sacrificielle du fond des âges, "Rêves de Baldur" est un spectacle à la fois fascinant, éprouvant et jouissif. Oui, voilà bien de la musique profondément, viscéralement païenne. Dans le fond comme dans la forme, dans les sons comme dans les mélodies, riches, teigneuses, paysannes et monumentales. Tveitt y déploie son génie harmonique, sa science quasi mystique des timbres et son incoercible frénésie rythmique. En cette première moitié de XXième siècle, le paganisme chorégraphié était à la mode, certains ballets sont devenus des bornes référentielles de l'histoire de leur art; Geirr le maudit, lui, croyait en ces dieux, et "Baldurs draumar" est la plus vraie, la plus sincère, la plus authentique de ces messes païennes. Une des pièces emblématiques du grand Tveitt, compositeur parmi les plus singuliers, et les plus passionnants qui furent jamais.

note       Publiée le vendredi 2 mai 2014

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Khyber › vendredi 15 avril 2016 - 10:35  message privé !

En effet, l'album présentant ses concertos 1 et 4 chez BIS (comme ici le Stavanger SO dir. OK Ruud) est une splendeur totale! J'adhère moins immédiatement à ses 100 folk-tunes, mais n'suis pas prêt d'arrêter mon chemin avec Tveitt!

Note donnée au disque :       
Arno › jeudi 22 mai 2014 - 21:17  message privé !

Reçu. Ecouté le premier acte. Renversant. Totalement gutsien. Merci S-K.

Tallis › lundi 5 mai 2014 - 08:10  message privé !

Noté, merci !

Sheer-khan › dimanche 4 mai 2014 - 13:20  message privé !
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Je recommande de changer de médiatèque. Plus sérieusement, de Tveitt, je recommande à peu près tout (je recommande aussi d'avoir la patience d'attendre les prochaines chros consacrées au bonhomme, car il y en aura). Baldurs draumar est pour ainsi dire la seule partition païenne qui nous soit parvenue (les trois quarts de l'oeuvre de Tveitt, qui comptait plusieurs centaines de partitions, ont été détruits dans l'incendie de sa ferme en 1970). Il y a bien la "sun god symphony", qui est justement une espèce de "réduction/adaptation" de baldurs draumar, mais je trouve ça nettement moins saisissant que le ballet, c'est même ma seule déception chez Tveitt. Mais l'édition Bis de la sun god symphony propose "prillar" en première partie de programme, très recommandable, assez proche dans l'esprit. Mais c'est plus conventionnel, et tu n'y trouveras pas cette folie percussive, sinon dans les dernières minutes. Dans le genre folklo/festif il y a ses deux concertos pour violons Hardanger, absolument géniaux, et qui ne seront pas chroniqués car pas assez gutsiens, malgré leurs superbes mouvements lents respectifs. Il y a enfin les "100 folk tunes from hardanger", (les 100, pour orchestre, et non les 50, pour piano seul) qui, elles, seront chroniquées, c'est peut-être, finalement, ce qu'il y a de plus approchant. Et puis tout le reste... (son concerto pour piano n°4 est absolument hallucinant... mais vraiment!!).

Tallis › dimanche 4 mai 2014 - 08:18  message privé !

Tout pareil, cette chronique fait affreusement envie mais tout ceci est introuvable en médiathèque. Que recommandes-tu d'autre de lui, Sheer-khan ?