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Richard And Linda Thompson › I Want to See the Bright Lights Tonight

  • 1974 - Island, 9266 (1 vinyle)
  • 1993 - Island, IMCD160 (1 cd)

10 titres - 36:45 min

  • 1/ When I Get to the Border
  • 2/ The Calvary Cross
  • 3/ Withered and Died
  • 4/ I Want to See the Bright Lights Tonight
  • 5/ Down Where the Drunkards Roll
  • 6/ We Sing Hallelujah
  • 7/ Has He Got a Friend
  • 8/ The Little Beggar Girl
  • 9/ The End of the Rainbow
  • 10/ The Great Valerio

enregistrement

Enregistré au Sound Techniques Studio, Londres, par John WOOD. Produit par Richard THOMPSON et John WOOD.

line up

Timi Donald (batterie), Pat Donaldson (basse), Brian Gulland (krummhorn), Simon Nicol (dulcimer), Linda Thompson (voix), Richard Thompson (guitare, voix), John Killpatrick (anglo concertina et accordéon), Royston Wood (chœurs), CWS (Manchester) (harmonie).

chronique

Styles
chanson
folk
rock
Styles personnels
pénombres et flamboiement

Dix embuscades, sans échappatoire. Regardez-les ces couleurs, ces nuances subtiles. Écoutez comme ils brillent, ces arrangements parfaits dans leur pleine concision. Admirez-les, ces mélodies sans défaut, fluides, légères, élégantes, jamais insignifiantes. Entendez-le, ce fin guitariste, jouer dans un même élan de l’Inde et du Celte, parcourir toutes les musiques populaires sans jamais les nommer, sans que rien ne s’y étale de son incroyable science. Soupesez s’il y eut jamais musique plus propre à recevoir le nom de folk, au sens premier du terme (musique du peuple, des peuples) ; et à la fois si loin, tellement au-dessus de toute vulgarité. Traces de gospel, éclats d’harmonie municipale (pour une fois accordée), gigue tout en piqués. Enchantements… Mais voilà : il y a les mots. Chacun de ces écrins renferme un coup de lame. Sec, précis, sans appel. Admirable et fascinant en son inéluctable trajectoire. De l’assassinat considéré comme l’un des Beaux Arts. Les deux époux (Richard et Linda Thompson viennent de convoler) se convertiront bientôt au soufisme, branche mystique de l’Islam, contemplative et portée aux louanges exaltées de l’Œuvre Céleste. Mais pour l’instant rien ne trouve grâce à leurs yeux. Leurs voix alternées portent, pire que des anathèmes, de simples et tristes constats, de plates et effrayantes histoires. Rien n’est épargné. L’amour du prochain, l’amour propre, l’amour tout simplement ; la foi, la vierge et la vieille fille, la beauté des jeunes gens et les vertus sociales ; l’alcool, ça et là, est excuse et fuite ; les fêtes sont de piètres et brèves consolations, tentatives dérisoires avant le retour aux sourdes routines. Et la peur si veule d'être seul, au nom de quoi l’on s’abaisserait à n’importe quel objet présentable ou prestigieux, justifié du dehors... L’enfance même n’est pas sauvée. La misère, petite fille en loques, crache son ironie aigre sur un public ravi, juste un peu honteux de n’en être pas. Le pire c'est qu’il n’y a là aucune affectation tragique. Les voix ne dérapent ni ne déraillent jamais, ne tremblent pas, égrènent leurs tristes contes comme si de rien n’était. Celle du mari, grave et un peu rude, trahit seulement une colère rentrée, pas explosive mais bien calée, compacte et musculeuse. Celle de l’épouse, d’une clarté sans tâche, froide, résignée, séduisante comme un coin de verre acéré, n'a même pas cette humanité. L’époux y trouve l’arme la plus conforme à ses noires macérations, à ses impassibles assauts. Neuf index durant défilent misères et faiblesses quotidiennes, sans aucune trace de commisération, sans indulgence. Richard et Linda endossent l’un après l’autre les rôles et les désillusions. Immigrant défait, brisé à même la terre d'accueil ; ivrognes englués dans leurs brumes, qui n’amusent même plus la galerie ; jeune femme flétrie, délaissée. Petite mendiante au cynisme achevé. La somme des misanthropies culmine en ce End of the Rainbow, impitoyable adresse à un nourrisson, posée telle quelle sur une mélodie pure et poignante. Et qui édicte en substance ce simple message : cesse de vivre car il n’y a rien. Ces neuf chansons sans issues suffiraient à faire de ce disque un chef d’œuvre, un achèvement de noirceur à la beauté nocive. Mais il y a plus. Le dixième morceau inverse la symétrie. L’accompagnement est dépouillé au possible (une guitare sans rien d’autre, au début), sombre, ambigu (ces passages de mineur en majeur…). Mais quand surgit la voix, forte et plus dure que jamais, c’est un chant d’élévation, plus terrible sans doute que les neuf malédictions qui précèdent. Le Grand Valerio c’est l’acrobate, le danseur de corde de Zarathoustra. Celui qui reçoit l’amitié, l’amour de l’imprécateur. Le seul qui n’agace son regard, parce qu’il a fait du danger son métier. Le péril est sa grâce et ses phrases sont énigmes. Il faut vivre comme lui, non pas malgré, mais par-delà, au-dessus du dégoût. Il n’est de chemin possible que la corde tendue. La vie, en ce lieu, n’est qu’élans, points de balancement et confiance intrépide. Toute erreur est menace de chute. Proposition sublime et terrifiante. Il faut s'en saisir ou bien descendre. En bas patientent les eaux amères, en neuf pièces profondes où s'enfoncent, sans fin, les damnés ordinaires.

note       Publiée le jeudi 23 octobre 2008

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nicliot › samedi 16 novembre 2013 - 01:24  message privé !

Album rempli de grâce. The Great Valerio entre dans le cerveau dès la première écoute, pour ne plus jamais en sortir.

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Alptraum › mardi 26 octobre 2010 - 22:24  message privé !

La vache, c'est vraiment trop beau… Superbe final effectivement.

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Mountain of Judgement › dimanche 15 novembre 2009 - 21:14  message privé !

Cette fin... j'en ai le gosier serré... Un album marquant.

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Coltranophile › mardi 27 octobre 2009 - 12:25  message privé !

Viens de découvrir la version de "The Great Valerio" par June Tabor. En rupture quasi-totale avec Linda, avec un coté Nico période "Marble Index" dans l'arrangement. Etonnant.

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Horn Abboth › vendredi 23 octobre 2009 - 17:06  message privé !

AHAHAHAHAH!! C'est clair, ça meule grave chez toi. Heureusement que y'a d'la Leffe à profusion pour se réchauffer ^^