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Planet Gong › Live Floating Anarchy 1977

  • 1978 • LTM Records LTM 1002 • 1 LP 33 tours
  • 1978 • Charly CRM 2000 • 1 LP 33 tours
  • 1990 • Decal CD LIK 68 • 1 CD
  • 1996 • Charly CDCRH 115 • 1 CD

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Dioneo      lundi 4 janvier 2021 - 19:20

lp/cd • 6 titres • 42:40 min

  • 1Psychological Overture2:36
  • 2Floatin’ Anarchy5:16
  • 3Stone Innoc Frankenstein3:18
  • 4New Age Transformation Try : No More Sages12:06
  • 5Opium for the People4:23
  • 6Allez Ali Baba Black-Sheep Have You Any Bullshit : Mama Maya Mantram15:01

enregistrement

Enregistré live par Grant Showbiz sur un magnétophone tascam 8 pistes, au Tanagra, Toulouse ; sauf Opium for the People, enregistré aux studios Ferber, Paris, par Frank Relish, assisté de Jérôme Laperrousaz.

line up

Daevid Allen (Daevit Alien Der Bananaspy/Dingbat Alien) (guitare, glissandi, voix), Gilli Smyth (Shakti Yoni) (space whisper, voix), Keith The Missile Bass (basse), Anni Wombat (chœurs), Suze Da Blooze (chœurs), Kifkif le Batteur (batterie), Grant Showbiz (voix), Steffe Sharpstrings (Prof. Sharpstrings P.A.) (guitare), Mary Clare (Mary Clearlite) (bras jambes pieds yeux), Gavin Da Blitz (synthétiseur)

remarques

chronique

L’anarchie dans le yucca (… pardon), en 77, ça ne leur suffisait pas… A ces deux-là – Allen et Smyth – il fallait toute la terre, le cosmos… L’ESPACE. Les voici donc, ayant quitté le Gong magnifique de la trilogie Radio Gnome Invisible en 1975, relocalisés à Ibiza, s’adjoignant la compagnie – après celle des Espagnols d’Euterpe, le temps d’un disque (Good Morning, en 1976) – des Londoniens de Here and Now… Bientôt compagnons de disque d’Alternative TV, ceux-là, le temps d’un split (What You See... Is What You Are, en 1978). En concert à Toulouse, sur ce Live Floating Anarchy produit par un Grant Showbiz qui gravite par ailleurs dans l’entourage de The Fall (c’est lui qui produira en partie leur Grotesque (After the Gramme) de 1980) – et en studio à Paris le temps d’un Opium for the People bien dans le ton.

« Gong Goes Punk », alors ? Les deux vieux hippies se raccrochant aux wagons de la génération Bollocks ? Les jeunes, en retour, apprenant auprès des Sages Babos, découvrant les charmes de la planance et de l’expansion de chakras ? Eh bien… Il serait séduisant de le croire. Mais tout n’est pas si simple. Here & Now, pour commencer, étaient « historiquement » au moins aussi proches des « anciens de l’anarchie » (des hippies, oui, mais radicaux), des organisateurs des « free festivals » des années soixante-dix – philosophiquement proches de types comme Hawkwind, pour qui « la révolution psychédélique » ne consistait pas seulement à se gaver de psychotropes pour le fun mais bien à vivre hors-système, en autonomie, de commencer une société nouvelle… ; que des punks les plus engagés – ceux pour qui, idem, tout n’était pas qu’une question de look et d’attitude en kit, de trois-accords-et-fais-ton-groupe-et-tiens-sniffe-moi-cette-colle mais bien de renversement profond. (Et oui : l’anarcho-punk à la Crass, groupe et communauté, serait bien un autre exemple de ce lien, de cette passation d’un âge à un autre, qui contredit la légende des « jeunes à crêtes venus là pour enterrer les hippies/proggeux/papys-de-dix-ans-leurs-aînés » – pas le seul mais, certes : sans doute le plus saillant). Musicalement, aussi : Here & Now, non-plus, n’avaient pas attendu de rencontrer le couple Smyth-Allen pour s’y mettre, aux longues impros, aux dérives exponentielles mais tenues de l’acid-rock, du space-rock le plus électrifié… Puis Allen-Smyth, de leur côté : ne le sortent pas du néant, ne le ponde pas du jour, ce concept « d’anarchie flottante ». Il propulsait déjà leur musique, leur ouvrage, sous-tendait leur mode de vie, à l’époque supposé « d’or » – celle de la vie commune à la campagne (à 120 bornes de Paris seulement, au vrai) à l’époque de la déjà citée trilogie, de la création collective et du partage de tout.

Qu’on m’entende bien, ceci-dit… Émulation il y a bien, ici, palpable, audible ! Je l’évoquais ailleurs (à propos de « l’autre » Gong, celui mené par Pierre Moerlen à la même époque) : Daevid et Gilli, en traçant leur chemin, avaient laissé derrière eux les artisans de la… précision du groupe – celle qui culmine sur You, en même temps que sa merveilleuse folie, à mon sens. En trouvant Here & Now, il est probable qu’ils aient rencontré… Autre chose que des « remplaçants ». Des musiciens et des individus qui les comprenaient – résonnaient et raisonnaient pareil, visaient les mêmes buts jamais figés. D’ailleurs on ne peut guère remplacer ces autres – Steve Hillage, Tim Blake, Moerlen donc, Didier Malherbe… Les imiter tuerait dans l’œuf toute velléité de sonner juste. De fait – et tant mieux – personne ne s’y risque. Alors certes, la musique jouée là est nettement moins ciselée – moins follement mais exactement articulée, certainement plus linéaire. Mais quelle puissance, quelle énergie elle trouve, dans cette simplicité ! Au vrai, il est probable que tous les membres du nouveau groupe – les anciens Gong comme ceux de Here & Now – aient trouvé dans le contexte, le mouvement punk, tout ce qu’il avait ouvert, une force à saisir, à quoi se joindre, plutôt que des formes à copier. Une nouvelle ouverture pour leurs idées – mobiles, vivantes, plutôt que fixement conceptuelles. D’où cette fraîcheur qui ne se dément jamais, dans l’énoncé d’un discours, dans le débit d’un flot – space-whispers et délires lutins-électriques, absurdité de surface qui habille l’esprit en pointe – ancré, initié au moins dix ans plus tôt. Bien-sûr : on n’a pas non-plus l’impression, ici, qu’une forme absolument nouvelle voit le jour. Bien-sûr : c’est du Gong « avec d’autres » (ou tout autant du Here & Now avec Allen et Smyth, on notera). Bien-sûr : tous ceux-là passeront encore ensuite, bientôt à autre chose. Pour autant, rien qui sonnerait ici comme un « en attendant ». Un bon disque de space-rock, plutôt – simplement, fortement, joyeux et puissant. Avec au bout cette pièce assez énorme : Allez Ali Baba (etc.) – musique qui rugit, qui vrombit comme un réacteur (alimenté au jus de spores), pas loin (justement) des meilleurs lives d’Hawkwind avec leurs jams sans fin mais sans vides sur une spirale d’accords invariables, une batterie qui ne fait guère plus (mais c’est quelque chose, pris comme ça) que de se densifier plutôt que vraiment « progresser ». Là, oui : on est happé – depuis le fameux flottement euphorique où nous avait porté le reste. Là, ça fait des pavés à jeter sur les brigades, avec les astéroïdes – à moins que ce ne soit la réciproque. Après ça ?

Après ça la comète sera passée. Après ça il y aura retombées, évidemment – nombre de ceux qui jouent là (et dans « l’autre Gong », d’ailleurs) se retrouveront dans d’autres projets, plus ou moins ponctuels (Gongmaison, Mother Gong, Invisible Opera Company of Tibet…). Pour le moment : Opium Pour le Peuple ! (Et les Yaks Célestes seront bien libérés).

note       Publiée le lundi 4 janvier 2021

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