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PEARL JAM (+ WOLFMOTHER) Sportpaleis, Anvers, Belgique 30/08/2006

par Progmonster › jeudi 31 août 2006

J'allais sur mes vingt ans quand Pearl Jam a déboulé dans ma vie. Et comme beaucoup de jeunes de mon âge intoxiqués aux clips vidéos qui passaient en boucle sur MTV, j'ai bien vite succombé au charme d'une formation résolumment rock, prenant le pari de faire revivre la flamme épique des grandes heures du hard rock. Ils n'étaient pas les seuls, mais le groupe de Stone Gossard et Mike McReady, avec ce petit goût de Lynyrd Skynyrd des abysses, avait le truc en plus que d'autres n'avaient peut-être pas. Un capital sympathie porté à bout de bras par un chanteur hors norme, Eddie Vedder, aux textes d'une rare mâturité.

Bref. Le reste de l'histoire, on la connait tous ; malgré un line-up solide où la seule variable était la place du batteur (quatre d'entre eux se sont succédés), le groupe de Seattle est le seul à avoir perduré au-delà de la déferlante grunge. Au fil des albums, un certain savoir-faire ou une certaine lassitude - tout dépend de quel côté on se place - s'est installé, si bien que nous sommes en droit de nous demander si cette longévité a été/est/sera finalement une bonne chose.

Pourquoi diable aller donc voir Pearl Jam dans de telles circonstances puisqu'ils sont devenus en quelque sorte les Rolling Stones de notre génération ? Et vu le prix des places...
Il faut d'abord comprendre que la venue de Pearl Jam en Belgique est tout simplement exceptionnelle. En quinze ans de carrière, c'est la première fois que le groupe pose ses bagages sur le sol belge. La tentative précédente ayant été avortée suite aux incidents dramatiques survenus à un de leurs concerts la veille au Danemark. Aller voir Pearl Jam au Sportpaleis d'Anvers, c'était conjurer le sort et sans doute aussi espérer secrètement assister à une rencontre extraordinaire entre deux amants qui se sont désirés pendant tant d'années aux travers des lettres enflammées qu'ils s'envoyaient sans jamais avoir pu échanger le moindre regard.

20h30. Le concert débute avec Wolfmother, trio australien constitué d'un guitariste à la coupe afro et la voix haut perchée, un batteur bloqué sur les temps binaires et un bassiste qui a comme trouble obsessionnel compulsif celui de jouer à l'équilibriste sur un clavier. Ça fout l'ambiance, ça déménage, mais ces trois petits jeunes gars, bien dans la mouvance des White Stripes, Hives et autres Music, semblent surtout avoir bâti leur show sur une analyse méticuleuse des performances des Who pour la gestuelle, T-Rex pour le look, Led Zeppelin pour le feeling et le Sabb' pour le gros son. Du beau monde au balcon, j'en conviens. Mais si c'est une entrée en matière finalement très fidèle à l'esprit véhiculé par la tête d'affiche de ce soir, la musique de Wolfmother est prenante quinze minutes, mais saoulante les quarante cinq suivantes, le groupe ayant déjà tout dit...

Pendant que ces hurluberlus s'agitent, le ballet incessant des gens qui arrivent de partout remplit peu à peu les dix sept mille places que peut accueillir la salle. La scène étant légèrement avancée, il y a même des forcenés qui iront prendre place dans le dos des musiciens.

21h30. Quand les lumières s'éteignent, c'est sous un tonerre d'applaudissements que les spectateurs accueillent Pearl Jam. Nous resterons debouts toute la soirée. Quand les américains entrent en scène, on peut entendre très clairement l'intro de ''Once''. Puis déboule ''Animal''. Très vite, les gros succès de l'âge d'or se succèdent à un rythme effrené, piochant ça et là, de ''Ten'' à ''Yield'' compris, quelques uns de leurs meilleurs titres (''Not For You'', ''Corduroy'', ''Hail, Hail'', ''Presentense'', ''Fly'', ''Do The Evolution'', ...). Sur toute la soirée, je n'aurais pas entendu un seul morceau de ''"Binaural"'', peut-être un seul de ''Riot Act'' ; j'avoue ne plus trop me souvenir. Pour défendre leur dernier disque en date, on aura droit à ''World Wide Suicide'', ''Comatose'', ''Severed Hands'' et ''Blue Wave'', pas plus, et il n'en faut pas plus ; ces morceaux étaient après tout les plus pêchus de l'album, les seuls qu'on aurait aimé entendre. Et ce fût chose faite.

Il faut quelques titres avant que le groupe commence à se lâcher un peu plus, vascillants presque tous sur leurs jambes - excepté Matt Cameron bien entendu - pris dans la tourmente de la fièvre rock qu'ils prodiguent avec une rare efficacité. Vedder hésite constamment s'il doit porter à sa bouche son micro, sa bouteille de pinard ou sa clope, Ament, comme beaucoup de bassistes, aime à dialoguer avec son ampli, McReady assure le show en changeant de guitares comme de t-shirt alors que Gossard, pilier rythmique sous-estimé et clef de voûte du groupe, semble se délecter du spectacle sans débordement excessif de sa part. Le fidèle Boom Gaspar à l'orgue Hammond viendra se joindre à la fête sur quelques titres qui requièrent son touché (''Difference'') ou sa folie furieuse au cours de jams endiablées.
Si le groupe s'est montré irréprochable et chaleureux dans la plupart des cas, le clou du spectacle, comme on avait pu s'y attendre, était la communion véritable qui liait le public, et je précise : tout le public au groupe américain. ''Black'', ''Jeremy'', ''Even Flown'', ''Why Go'' ou l'incontournable ''Alive'' étaient repris en choeur par la foule, bras tendus, tellement fort que parfois le groupe semblait perdre le contrôle du show. Il faudra bien attendre cinq minutes avant que Pearl Jam puisse reprendre sa setlist, admiratifs devant une horde de fans qui prolonge à tue-tête les harmonies vocales de ces chansons emblématiques qu'ils se sont depuis bien longtemps appropriées. C'était poignant, beau à voir, et j'étais vraiment content d'y assister. Je me suis tout de même demandé si cela ne devait pas être grisant pour le groupe de voir que ''Ten'' demeure, en vers et contre tout, le disque qui aura le plus marqué les esprits.
Faut se dire aussi que dans l'assistance, il devait y avoir une bonne petite dizaine de milliers de trentenaires qui ont fait leur dents sur ce disque alors qu'apparaissaient premiers poils et premiers boutons. Autant de personnes qui ont du attendre pendant quatorze longues années avant de pouvoir se lâcher en public et faire vibrer les murs du Sportpaleis dans un flot d'amour et d'admiration on ne peut plus palpable.

Lors d'un des deux rappels, le chanteur de Wolfmother viendra accompagner Vedder sur une des agréables petites surprises de la soirée ; l'oublié ''Hungry'', crédité à Temple of The Dog, one shot qui réunissait alors une moitié de Soundgarden et une moitié de Pearl Jam. Puis en guise de reprise, on aura droit à ''Baba O'Riley'' des Who, que Pearl Jam avait déjà inclus dans sa tournée précédente.
Quand les lumières se rallument, le public est toujours debout et Vedder et les siens de mettre du temps avant de se décider à quitter la scène tant l'accueil qui leur fût réservé ce soir fût digne des plus grands. Au cours de la soirée, le chanteur, avec une pointe d'ironie, s'était moqué de la malchance qui avait privé le groupe de pouvoir venir se produire plus tôt sur les terres du plat pays.
Depuis le temps, ils nous devaient bien 6h de show, avait-il dit...
Ce sera finalement 2h30. 2h30 d'un concert plein. Pleins d'émotions.

Mots clés : Pearl Jam grunge Eddie Vedder Wolfmother

Dernière mise à jour du document : jeudi 31 août 2006

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