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Shabazz Palaces › Black up

  • 2011 • Sub Pop SP900 • 1 CD digipack

cd • 10 titres • 00:00 min

  • 1Free Press And Curl
  • 2An Echo From The Hosts That Profess Infinitum
  • 3Are You… Can You… Were You? (Felt)
  • 4A Treatease Dedicated To The Avian Airess From North East Nubis (1000 Questions, 1 Answer)
  • 5Youlogy
  • 6Endeavors For Never (The Last Time We Spoke You Said You Were Not Here. I Saw You Though.)
  • 7Recollections Of The Wraith
  • 8The King’s New Clothes Were Made By His Own Hands
  • 9Yeah You
  • 10Swerve...The Reeping Of All That Is Worthwhile (Noir Not Withstanding)

enregistrement

Enregistré et mixé par Blood à Lixx-Alog aux Gunbeat Studios dans les Outplace Palacelands. - Produit par Knife Knights PLCRS

line up

[Line-up non renseigné, mais connu : THEESatisfaction (backing vocals), Palaceer Lazaro (mcing)]

remarques

artwork par Dumb Eyes

chronique

Ils ont souvent été de pair sans le savoir. Je veux parler du hip-hop et de l’électro. Alors qu’une activité bizarre et détectée chez l’un, similairement, des mouvements inhabituels sont font ressentir chez l’autre. Les choses semblent commencer un peu à se décloisonner pour le hip-hop, comprendre qu’on commence à voir des concerts rap dans des salles habituellement "rock", organisés par des tourneurs de rock indé, et plus seulement d’électro ou de rap stricto sensu. Il en a fallu du temps, et une décennie d’hégémonie R&B (qui est définitivement devenue le nouveau disco, avec une plus large proportion de déchet, de loin) pour que le hip-hop soit "pris en pitié", lui qui était tricard sous la pluie depuis que les putes et leurs macs ont viré les MC’s de la baraque et tout repeint en blanc et rose. Vous l’aurez compris, je ne vais pas vous parler de l’age d’or du genre, mais ce Black Up constitue quand même une remarquable éclaircie. Déjà, il y a 10 ans, un tel projet farfelu aux beats incommodes et aux vocaux sous hélium aurait été cantonné à l’autoproduction et à la marge (quelqu’un a déjà entendu parler de Divine Styler ?). Aujourd’hui, même si c’est un peu flippant niveau "effet de mode à combustion spontanée", ce disque sort direct chez Sub Pop et se voit propulsé en tête de tous les tops de l’année 2011 alors que le groupe n’a sorti que 2 maxis depuis sa formation en 2009… Avant de crier haro, rappelons-nous que Sub Pop a toujours eu un flair assez sûr et éclectique (non, c’est pas contradictoire), et que Palaceer Lazaro, MC principal, n’est autre que Ishmael Butler des Digable Planets, groupe de jazz-rap new yorkais aux deux albums cultes. Pourquoi vouloir absolument le cacher, au point de n’inclure aucun crédits dans l’album ? À mon sens, la volonté était de marquer un nouveau départ, de zéro. Car Black Up mérite vraiment l’appellation de hip-hop nouvelle génération, qui ne serait aucunement galvaudée ici : c’est un nouveau son, vaguement inspiré des méandres de Flying Lotus – qui ont sans surprise fait beaucoup d’émules – mais avant tout extrêmement aéré…
Oui, aéré alors que pas une seule seconde du disque n’échappe au déluge verbal des protagonistes, très inspirés. Seule entorse : les apparitions d’une chanteuse jazzy, issue du duo THEESatisfaction, légères et imbues de mystère. Ce sont presque les seuls repères dans cet album d’une compacité inédite pour le genre – on est aux antipodes du hip-hop dilué dans les interludes et l’egotrip – à la production totalement avant-gardiste, mélange de vrais instruments et d’électro, où les boucles de voix soul semblent chantées en studio plutôt que samplées. Aéré mais compact. Profond mais léger. Inventif mais chaloupé. On n’est pas habitué à ce hip-hop construit selon une géométrie nouvelle, bancale en apparence et pourtant ça le fait, on est absorbé avec facilité jusqu’à la dernière seconde. Ce qui explique le parcours fulgurant et chanceux de ce disque. Oui, Black Up peut s’écouter à merveille en fond sonore. Mais on peut aussi s’émerveiller sur le moindre détail de son architecture, se rendre compte que le producteur (Knife Knights, nouvelle tête au bataillon) a plus retiré d’éléments qu’ajouté, allant à l’encontre du principe d’empilement à la base du hip-hop. Et pourtant, Black Up, par d’incessants tours de passe-passe (une nappe discrète là, une instru à la structure élastique ici), échappe à tout minimalisme style Kool Keith ou Del tha funky Homosapien. Bien malin qui pourra dire de quels sous-courants obscurs les beats sont charpentés (vaine quête selon moi), on est loin du trip-hop et de l’abstract. Au bout du compte, c’est le travail sur le flow robotique et ovniesque de Palaceer Lazaro – et sa virtuosité insolente – qui porte cet album, qui semble vouloir réconcilier sous un dôme noir et brillant les deux extrêmes de la musique black, des racines africaines bien palpables ici (est-ce du à la présence de Tendai Maraire, fis d’un compositeur de piano à pouces du Zimbabwe ?) à un afrofuturisme aujourd’hui plus présent que jamais dans le paysage musical. Sophistiqué, sincère et vraiment unique.

note       Publiée le dimanche 15 avril 2012

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Note moyenne        2 votes

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Raven › lundi 16 avril 2012 - 23:18  message privé !
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Ils sont un peu plusieurs en un seul, c'est un pluriel schizoïde

azfazz › lundi 16 avril 2012 - 22:04  message privé !

C'est LE grand malade de Divine Styler, plutôt, non, ou je confonds ?... Pas écouté ce Black Up, mais j'en ai entendu dire du plus grand bien, ce que cette chronique semble confirmer...

Raven › dimanche 15 avril 2012 - 23:44  message privé !
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Je l'ai dans le viseur depuis quelques temps ce truc, mais si en plus y a un keum des Digable Planets, il faut vraiment que j'écoute ça !

absinthe_frelatée › dimanche 15 avril 2012 - 23:19  message privé !

Oh oui on a entendu parler des grands malades de Divine Styler.. =) (j'aime répondre aux parenthèses)

Note donnée au disque :       
E. Jumbo › dimanche 15 avril 2012 - 19:59  message privé !

J'ai vraiment pas accroché perso, trouvant ça très austère. Faudra que j'y rejette une oreille ou deux parce que je n'entends que du bien au sujet de ce groupe...

Note donnée au disque :