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 - aux groupes / artistes Black Witchery, Batushka, Inquisition, Gorgoroth, Taake, Behexen, Archgoat, Mgła, Valkyrja

Throne Fest 2016

par Nicko › jeudi 30 juin 2016


Style(s) : metal extrême / black metal

Aaaah la Belgique, ses frites, ses bières et... son festival de black metal ! La position stratégique du ce pays, entre les Pays-Bas, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne a tout pour organiser d'excellents concerts. Cela faisait quelques années que le Throne Fest était un passage obligé des amateurs de festivals metal extrême dans le courant du mois de mai. Sauf l'année dernière ! Heureusement, il est de retour en 2016, et pour se faire pardonner de son absence en 2015, le festival passe sur deux jours. L'affiche était absolument monstrueuse avec au programme Gorgoroth, Taake, Archgoat, Black Witchery, la nouvelle sensation Batushka, Mgła, Inquisition, Valkyrja et j'en passe... Il était impossible que je ne fasse pas le voyage vers Kuurne, en banlieue de Courtrai, à quelques encablures de la frontière française du côté de Roubaix.

Throne Fest 2016

Première journée - L'instant Norvégien

Le festival se déroule dans une salle spacieuse, le Kubox, offrant des conditions de jeu et d'écoute optimales, le tout pour une capacité d'environ 1.000 personnes. Le temps de monter depuis Paris, de poser les affaires à l'hôtel et de faire le chemin vers le festival (le seul inconvénient de sa situation est qu'il est particulièrement excentré par rapport à Courtrai et qu'il faut soit prendre un bus - inexistant après les concerts - soit marcher une petite heure pour revenir dans le centre ville), je loupe Deathrow et j'arrive alors que Plaga en est à son dernier morceau. Pas beaucoup le temps d'apprécier, même si les quelques notes entendues ainsi que le souvenir d'un set efficace quelques années auparavant, en Finlande, m'ont permis de me rendre compte que les polonais sont loin d'être des manchots même s'ils manquent de personnalité. Après, ça reste du black metal classique, sans autre prétention.

Ce sont les suédois de Valkyrja qui investissent à leur tour la scène du Kubox. Le groupe a connu quelques changements dans son line-up récemment avec l'arrivée au chant de RSDX qu'on a déjà pu voir à de nombreuses reprises en concert chez les français de Hell Militia. Notons aussi la présence, semble-t-il provisoire, d'Eric Ljung, batteur de Nifelheim, remplaçant Jocke Wallgren, engagé pour les tournées d'Amon Amarth. Comme vous le savez, pour moi, Valkyrja, c'est un peu la relève du black metal à la suédoise, avec un son et une production bien ample. La performance du groupe sera correcte ce jour-là. Il faut quand même s'adapter au nouveau chanteur qui n'aura pas la vie simple avec des problèmes de micro. L'ensemble aura sonné plus brutal et bœuf qu'à l'accoutumée, perdant en cela un peu d'ambiance noire. Cela aura quand même bien lancé mon festival avec quelques morceaux de bravoure et des solos de guitares originaux toujours aussi bien enlevés et bienvenus.

Le trio finlandais d'Archgoat enchaîne. Chez eux, il ne faut s'attendre qu'à du black metal ultra-primitif, sans fioritures. Et ce soir, le groupe n'était pas dans sa meilleure forme. Il manquait cette lourdeur, cette énergie si particulière pour faire de leur black metal une véritable messe noire, comme cela avait été le cas deux ans plus tôt au Speyer Grey Mass. Certes, la performance fut bonne, Archgoat sait délivrer un black metal basique et ultra-noir, mais ce soir, il manquait ce petit plus, cette puissance qui te prend pour ne plus te lâcher. On a eu droit à un bon set, classique, mais je suis resté sur ma faim. Je n'ai pas retrouver cette folie si caractéristique des shows du trio.

On devait avoir droit aux américains de Black Witchery mais pour de sombres raisons, leur set a été repoussé au lendemain. C'est donc les islandais de Sinmara qui investissent la scène alors qu'ils auraient dû jouer bien plus tôt dans la journée. Je ne connaissais pas, mais j'avais eu pas mal d'échos positifs de leur part. Etant arrivé en retard, je ne peux que me réjouir de ce changement de planning de dernière minute. A l'instar de bon nombre de formations islandaises, Sinmara ne joue pas du black metal comme les autres. On retrouve ce côté magmatique rappelant leurs compatriotes de Svartidaudi allié à un black metal destructeur à la Mgła que l'on retrouvera lors du deuxième jour du festival. J'ai beaucoup apprécié leur style, à la fois original et fidèle aux racines traditionnelles du genre. Sinmara sait être destructeur quand il le faut, le tout avec une lourdeur impressionnante. Sans aller jusqu'à dire qu'ils ont été la révélation du festival, il s'agit pour moi d'une belle découverte.

La suite devient encore plus intéressante avec les finlandais de Behexen. Voilà un groupe sur lequel il faut compter en termes de black metal satanique. Je ne les avais jamais vu en concert, donc l'occasion était trop belle. Même si leurs derniers albums n'ont pas la même aura que "By the blessing of Satan" ou "Rituale Satanum", j'avais hâte de voir ce que cela allait donner. Je suis sorti assez mitigé de leur performance. Sans être déçu, j'ai trouvé que le groupe manquait grandement de professionnalisme et qu'il n'était pas au niveau des autres groupes de la soirées en terme de maîtrise de leur art. Je n'ai pas senti les musiciens totalement à l'aise et détendu. Ceci dit, ils ont réussi à créer une véritable atmosphère poisseuse, dans un style à des années-lumières de Sinmara, bien plus centré sur l'agression sonore proche du black metal traditionnel norvégien.

En tête d'affiche, on retrouve le Gorgoroth d'Infernus avec l'invité Hoest au chant, que l'on retrouvera le lendemain, aussi en tête d'affiche, avec son groupe principal, Taake. Même si le groupe n'a pas sorti grand chose d'intéressant ces dix dernières années, il reste encore une référence sur scène. Le choix du vocaliste de session, après le retour avorté de Pest il y a quelques années, est on ne peut plus judicieux tant Hoest est une véritable bête de scène. Franchement, c'est lui qui possède la scène avec un charisme époustouflant. C'est bien simple, quand il est sur scène, que ce soit avec Gorgoroth ou avec Taake, on ne voit pour ainsi dire que lui. La set-list est conventionnelle, donc forcément avec des brûlots comme "Destroyer", "Revelation of doom", "Incipit Satan", "Unchain my heart!!!", "Krig" ou "Profetens Åpenbaring", bref du black metal norvégien pure et traditionnel, bien destructeur. Certes je préfère dans une salle plus petite, mais cela est resté très sympa dans le cadre de ce festival. Alors même si les derniers albums ne sont pas au niveau, sur scène, cela reste une valeur sûre !

La déferlante polonaise

Après une première journée déjà bien sympathique, j'avais hâte de revenir pour la deuxième salve de la cuvée 2016 du Throne Fest tant le programme était à nouveau alléchant ! Comme la veille, je loupe le début des hostilités. Ce coup-ci, je me pointe pendant le set d'Inferno. Comme pour Plaga la veille, je les avais déjà vu en Finlande par le passé et comme pour Plaga, j'ai trouvé la performance des tchèques honnête, mais manquant de personnalité et/ou de tranchant pour vraiment sortir du lot.

Ma journée commence vraiment avec les polonais de Mgła. Et franchement, on tient ici le groupe du festival. Le set des polonais fut admirable. Quand on les voit jouer, on se dit que faire du black metal destructeur et direct dans ta gueule, c'est facile. Quelle aisance dans l'exécution ! Toute la set-list fut mortelle, j'ai un petit faible pour les titres de "With hearts toward none" et faut bien avouer que le titre "VII" a été d'une intensité impressionnante !! Les deux titres de "Mdlosci" n'étaient pas en reste non plus... J'ai pourtant vu le groupe un bon paquet de fois depuis le Deathkult trois ans plus tôt, mais là, ils m'ont définitivement achevé. Bref, pas la peine d'en faire une tartine, les polonais tout cagoulés avec perfecto de cuirs nous ont tout simplement défoncés la gueule d'une telle puissance... Et tout ça dans la sobriété, sans artifices, en restant sagement chacun derrière leur micro. Je ne voulais pas être à la place de Black Witchery qui allait enchaîner...

Et donc voilà, le trio américain a la lourde tâche de monter sur scène après la démonstration de force de Mgła. Pour faire simple et direct, Black Witchery aura été la déception de ce festival. Cela faisait pourtant 9 ans que je ne les avais pas vu depuis leur prestation remarquée à la Scène Bastille. Mais là, en 2016, quelle blague ! Déjà, Vaz, le batteur, nous joue sa diva. Quelques secondes après le deuxième morceau, il s'arrête de jouer et engueule tout le staff technique pendant plus de 5 minutes avant de daigner revenir jouer. Niveau chant, mais où sont passés les vocaux ultra-haineux et vindicatifs d'Impurath ??? Alors oui, ça tabassait fort, Black Witchery, c'est du gros black metal basique uniquement composé de blast beats, mais alors la haine, elle était aux abonnés absents. J'ai réécouté "Desecration of the holy kingdom" en rentrant chez moi pour être bien sûr que c'était le même groupe !! Et puis, en 35 minutes, pause du début comprise, ça fait vraiment super light. D'un côté, vu la performance décevante, valait mieux ! Un véritable désastre !

Ensuite, on retrouve une autre pointure du genre avec Inquisition. Le duo est bien rodé et on les sent particulièrement à leur aise. Chez eux, soit on aime, soit on déteste, notamment à cause du chant nasal de Dagon, très particulier. Le caractère aérien et mystique du groupe est bien intégré. Dagon maîtrise à merveille le son ample de sa guitare et la performance globale est très convaincante. Alors certes, on peut leur reprocher de proposer une musique un peu trop redondante, mais sur scène, je n'ai ressenti aucun moment de lassitude. Le groove d'Incubus à la batterie est excellent donnant toute sa dynamique à la musique du groupe avec des breaks et des patterns toujours très variés. Inquisition n'aura pas du tout déçu, loin de là. Même en n'étant que deux sur scène, Dagon réussit sans problème à capter son auditoire. J'attends de pied ferme leur prochain album sobrement (!) intitulé "Bloodshed across the empyrean altar beyond the celestial zenith" prévu pour la fin de l'été.

On approche de la fin du festival avec la présence des polonais de Batushka. Le groupe profite d'un buzz autour d'eux en ce début d'année 2016. Je n'avais pas écouté grand chose de leur part avant de les découvrir sur scène. Déjà, le décorum... Le groupe est composé sur scène 8 personnes, avec notamment 3 chœurs. Tout le monde est entièrement habillé de toges et de masques à l'instar des suédois de Ghost. D'ailleurs tant qu'on est dans la comparaison avec les suédois, Batushka utilise aussi tout le côté visuel religieux pour le détourner avec les codes sataniques du black metal. On a droit à un mini autel avec la présentation de l'icone de la pochette de leur album. Pour ajouter au visuel, des vidéos sont projetés derrières le groupe mais comme ils ont mis le logo du groupe en fond, on ne voit pas grand chose de ce qui est projeté. Maintenant que la mise en scène est décrite, passons maintenant à la musique. Eh bien, c'est pas si mal que ça ! En fait, c'est une sorte de revival du vieux black metal symphonique des années 90 avec un chant black sur-aiguë me rappelant dans mes vieux souvenirs Hecate Enthroned, mais avec un côté religieux plus prononcé, aidé en cela par l'ajout de chœurs et de chants grégoriens. Le résultat est plutôt positif même si parfois, le chant black est un peu trop criard sans véritable puissance. Découvrant leur musique, j'ai quand même trouvé que leur set fut un peu longuet, mais je suis assez curieux de voir ce que cela peut donner sur disque. Une bonne petite découverte aussi.

Cette deuxième journée se termine comme la veille avec Hoest sur scène, mais comme je vous le disais plus haut, avec son groupe principal, Taake. Et là, c'est vraiment le black metal norvégien dans toute sa splendeur ! Le groupe a une discographie inégale, mais "Doedskvad" reste une référence du genre et le p'tit dernier, "Stridens hus", est vraiment très bon. J'ai eu la chance de les voir plusieurs fois l'année dernière et à chaque fois, j'ai eu l'impression de voir la Norvège devant moi. Et là encore, Taake n'a pas déçu ! Ils jouent du black metal dans la plus pure des traditions, le tout avec ce qu'il faut d'attitude rock n' roll, pour un résultat optimal ! Hoest est un frontman qui est totalement possédé par sa musique jusqu'au bout des ongles, il vit chaque seconde du concert et se donne comme un damné. Taake fait partie de ces rares groupes qui brandissent bien haut l'étendard du black metal traditionnel des années 90 à la norvégienne. Les morceaux sont longs avec ce qu'il faut de répétition et de breaks ravageurs. Et même si Hoest monopolisent les regards, les musiciens ne sont pas en reste. Certes, le concert n'a pas valu les performances de l'automne dernier (à mon avis !) mais ce fut tout de même un excellent concert, très énergique avec une atmosphère unique. Voilà en tout cas une performance idéale pour terminer un festival de très haut niveau ! Dire qu'un mois plus tard ils seront de retour au Hellfest, j'ai tellement hâte !

Bilan

Il n'y a pas à dire mais le Throne Fest, c'est vraiment un festival excellent. Le passage à 2 jours est le bienvenu, surtout avec une telle affiche. L'ambiance générale est très bonne avec un nombre de festivaliers très correct. Mgła aura été le groupe du festival avec une performance époustouflante. Ils vont avoir du mal à trouver une affiche du même niveau l'année prochaine, mais c'est vraiment tout le mal que je leur souhaite parce que je reviendrai à nouveau avec grand plaisir !

Mots clés : Nicko, festival, Throne Fest, black metal et concert

Dernière mise à jour du document : jeudi 30 juin 2016

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