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Luc Ferrari (1929-2005) › Chansons pour le corps/Et si tout entière maintenant

  • 1999 - Mode, 81 (1 cd)

6 titres - 75:20 min

  • CHANSONS POUR LE CORPS
  • 1/ Chanson 1 "Les yeux"/Interlude d'instruments (9:53)
  • 2/ Chanson 2 "Les mains"/Développement d'instruments (5:31)
  • 3/ Chanson 3 "Les seins" (3:19)
  • 4/ Chanson 4 "Le sexe"/Interruption d'instruments (12:40)
  • 5/ Chanson 5 "Chantons dans les silences" (9:40)
  • 6/ ET SI TOUT ENTIERE MAINTENANT (34:08)

enregistrement

"Chansons pour le corps" : GRM, salle Olivier Messiaen, Maison de la Radio, Paris, France, le 18 mars 1995. "Et si tout entière maintenant" : 1987.

line up

"Chansons pour le corps" : Elise Caron (voix), Carol Mundinger, Sylvain Frydman (clarinettes), Michel Maurer (piano), Christine Lagniel (percussion), Michel Musseau (synthétiseur). "Et si tout entière maintenant" : Anne Sée (voix), Nouvel orchestre philharmonique, Yves Prin (direction).

chronique

Ce disque rassemble deux pièces de Luc Ferrari écrites à la fin des années 1980 et au début des années 1990, qui ont en commun une atmosphère quelque peu onirique et sensuelle, ainsi qu'un attrait certain pour la voix féminine sous toutes ses formes (attrait que ceux qui suivent Luc Ferrari connaissent bien). La première de ces pièces, "Chansons pour le corps", est un recueil de "chants" (plus proches de lieder en fait), reliés entre eux par un continuum instrumental d'humeur vaporeuse, éthérée, avec des sonorités parfois à la limite du new-age (à cause de l'utilisation d'un synthétiseur) : ce n'est ni tonal ni atonal, c'est simplement... suspendu : les clarinettes et les percussions (piano, xylophone, celesta...) tissent une sorte de toile délicate, propice au rêve, au doux engourdissment de l'esprit. Sur ce nuage instrumental flottant viennent se poser des voix enregistrées par Ferrari, voix de femmes inconnues qui parlent de différentes parties de leur corps, des plus anodines (les yeux, les mains) aux plus intimes (les seins, le sexe). Bien évidemment, il n'y a rien d'obscène ou de lubrique ; comme d'habitude chez Ferrari, c'est plus ludique qu'autre chose, un jeu de séduction auquel l'auditeur est pour ainsi dire convié ; il est convié aussi à entrer dans l'intimité de ces femmes, mais toujours en passant par le regard distancié du compositeur, regard d'autant plus lointain qu'il est soutenu par le chant d'Elise Caron, qui reprend dans un lied classique, sur les harmonies tissées par les instruments, les propos en voix parlée déroulés par la bande. "Chantons dans les silences", d'une couleur plus agressive, est une sorte de commentaire ironique de l'oeuvre à l'intérieur de l'oeuvre elle-même, procédé méta-musical également courant chez le compositeur. La seconde de ces pièces, "Et si tout entière maintenant", conte symphonique pour actrice, orchestre, et enregistrements réalisés sur un brise-glace lors d'une expédition suédoise en Arctique, est davantage à classer parmi les "reportages" concrets de Luc Ferrari : une délicieuse navigation entre reportage radiophonique, texte littéraire, musique électro-acoustique et poème symphonique... le tout vu à travers le filtre de l'imagination du compositeur-recompositeur, qui assemble à sa manière les pièces d'un puzzle qu'il n'a pas fabriqué lui-même : j'aime cette forme si particulière. Car Ferrari n'a pas participé à cette expédition suédoise dans les glaces du grand nord visant à délivrer un pétrolier prisonnier de la banquise, pas plus qu'il n'a écrit le texte parlé, qui est l'oeuvre de sa complice l'écrivain Colette Fellous ; il a simplement récupéré des hectomètres de bandes enregistrées contenant les sons du voyage (mer, brise-glace, ingénieurs...), qu'il a mixés à sa manière, et sur lesquels il fait dire à une actrice le texte de Colette Fellous qui raconte cette expédition d'une manière décalée, à la première personne ; l'orchestre accentue certains passages, dramatise, inonde ; la voix devient caverneuse, se dédouble ; soudain, tout fait sens, ou plus rien n'a de sens. C'est un point de départ dans un environnement sonore réaliste (les sons enregistrés, le contexte) mis en perspective de manière irréaliste (traitemenent de la voix, interventions de l'orchestre, forme de la narration...) - rêve ou réalité ? Un OVNI sonore indescriptible et fascinant en tout cas. "Glissement des hanches. Pôle magnétique. Comme une plongée dans le bruit, au fond du bruit." (lundi 31 octobre 2005)

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Wotzenknecht › lundi 22 octobre 2007 - 17:43  message privé !
Poésie sonore, spectacle pour les oreilles ; Luc ferrari signe ici une merveille sensuelle, presque tactile (dans les dictions notamment), souvent légère voire humoristique, il remplit l'espace sonore, le déconstruit ou le met en abyme ('Chantons dans les silences') ; bref, un contemporain puisant de partout (on croirait entendre par moments des motets moyenâgeux) pour en extraire une saveur magique et légère.
Note donnée au disque :