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Marianne Faithfull › A Secret Life

10 titres - 35:22 min

  • 1/ Prologue
  • 2/ Sleep
  • 3/ Love In The Afternoon
  • 4/ Flaming September
  • 5/ She
  • 6/ Bored By Dreams
  • 7/ Losing
  • 8/ The Wedding
  • 9/ The Stars Line Up
  • 10/ Epilogue

line up

Angelo Badalamenti (composition), Marianne Faithfull (voix)

chronique

Styles principaux
pop
Styles personnels
sombre et romantique

“ It is safe to sleep alone in a place no one knows. And to seek life under stones in a place water flows. It is best to find in sleep the missing pieces that you lost. Best that you refuse to weep… Ash to ash, dust to dust.” Remettre ces paroles sur le tapis, pour moi, c’est comme déterrer un souvenir douloureux… ça me fait mal, ça me serre le coeur. Je ne me souviens pas avoir été aussi proche d’un album féminin depuis The End de Nico. Et encore, ce serait vous mentir, car je n’ai en réalité jamais été aussi bouleversé à l’écoute d’un album « de femme » qu’avec ce disque de la grande Marianne. Jamais. Il ne faut pas oublier le parcours hors du commun de cette lady, d’abord chanteuse de bistrot, puis groupie des Stones dans les sixties, puis actrice, puis femme de Mick Jagger, qui, à sa manière, aura contribué à faire d’elle se qu’elle est aujourd’hui, en lui transmettant l’art de la seringue et en la détruisant à petit feu. Marianne Faithfull à survécu à tout. Elle a ressuscité mille fois. L’espace de trois décennies, elle s’est transformée en une véritable déesse meurtrie, adulée par tous, demandée par tous, de Oxbow à Etienne Daho, de Jean-Pierre Jeunet à PJ Harvey, de Metallica à Nick Cave. Il faut dire que le simple fait d’évoquer son nom impose le respect. Chaque mot sortant de sa bouche est un nectar amer, vibrant, vivant, c’est le genre de voix qui ne peut à mon avis laisser personne de marbre, une voix qui, quoiqu’elle dise, quoiqu’elle chante, fait résonner dans nos oreilles toutes ces années vécues. Chaque fix injecté, chaque bouteille vidée, chaque clope grillée, c’est ce que l'on entend dans cette voix… toute une vie de joies et de douleurs, rien d’autre. On ne peut pas l’entendre sans détacher son attention du moment présent, ni l’écouter sans avoir un pincement au cœur. L’évolution vocale de Marianne Faithfull m’évoque celle de Leonard Cohen : ils ont tous deux commencé leur carrière en chantant avec fragilité et un manque d'expérience flagrant, et puis, au fil des décennies, leurs voix ont mué, se sont cassées, et en même temps renforcées, elles ont pris de l'ampleur, jusqu’à en devenir de véritables créatures dont chaque mouvement évoque la grâce la plus totale, la pureté absolue, une sorte d’incarnation du Divin dans les cordes vocales d’un homme ou d’une femme. On écoute pas Marianne Faithfull ou Leonard Cohen avec détachement : on les écoute à genoux, avec respect et soumission, comme si le simple fait de se passer une de leurs chansons avec légèreté ressemblait à une insulte… C’est exactement pour cette raison que je ne peux pas vraiment dire du mal de l’un ou de l’autre, que j’exagère en quelque sorte, que j’abuse de métaphores, de longs monologues admiratifs, que j’en fais tout simplement trop. Mais comme je suis en plus un gentleman, je garde mes plus grosses réserves de superlatifs pour les yeux de la belle Marianne… je m’excuse par avance pour cette débauche de sensibilité exacerbée, qui me pousse à trop en dire, et remercie ceux qui auront le courage de me suivre jusque à la fin. Maintenant, passons à la chronique en elle-même. Pour ce disque, c’est à quelque chose d’unique que nous sommes conviés, mesdames et messieurs : la rencontre d’un maître de la bande originale des années 80 - Angelo Badalamenti, fidèle compositeur de David Lynch – et d’une ex-diva des années new wave qui semblait faite pour le rencontrer. Nous sommes en 1995 : arrêt sur image. Les mégots sont froids, la voix est presque cassée, sur le fil, proche de la rupture, vibrante et poignante comme toujours, comme à l’époque des Ballad of Lucy Jordan et autre Broken English. En plus écorché encore. En plus grave, plus profond. En plus tremblant et fragile. C’est la voix d’une brebis blessée répandue sur ces instrumentaux d'orfèvre comme du cyanure sur un drap de velours. Badalamenti créé le tapis sonore idéal pour que Marianne entonne ses textes possédés : derrière des arrangements d'un raffinement extrême, des partitions de base volontiers minimalistes, faites de pulsations glaciales, gonflées par des lits de violons d’une intensité dramatique à vous serrer la gorge et figés par des cordes aux échos assassins. Quelques vents magiques viennent s’allier à elles, jouant de la mélodie de romance déchue à tour de rôle… il y’a évidemment une ambiance très cinématographique dans ce disque, Badalamenti oblige. Et, surtout, il y’a ce grand feeling poétique, à la fois mélancolique et morbide qui s’en dégage. La musique que Badalamenti a composée pour Marianne est tout simplement somptueuse. Elle évoque une sérénité macabre, un sentiment de profond désespoir qu’on essaierait de masquer par un sourire. C’est aussi, dans un sens, ce qui rend ce disque terrifiant… La chanteuse entame les hostilités par un extrait phrasé de la Divine Comédie. Le ton est donné… ce à quoi nous allons assister, c’est une succession de scènes, une pièce, une tragédie, avec autant de bleus à l’âme et de larmes qu’il doit y en avoir… autant de titres pour la composer. "Love In The Afternoon", complainte lugubre soutenue par une pulsation obsédante dans une atmosphère de gare désaffectée, entre dans le panthéon des chansons les plus glauques interprétées par Faithfull. Paroles désabusées évoquant la possession mutuelle, l’abandon sexuel et le caractère malsain qu’une relation sans issue peut avoir. Violons pesants, charnels, et puis l’image d’une femme publique à bout de nerfs s’ouvrant les veines sous un réverbère qui me hante… Et "Sleep"… aaah, "Sleep"… la chanson la plus triste des années 90 ? Celle qui vous retourne le cœur et vous compresse les nerfs à tous les coups… ça vous fait trembler, ça vous chavire ! Un véritable requiem tragique et sans retour que je n’ai pas été étonné d’entendre à plusieurs reprises dans les moments clés du Roberto Succo de Cédric Khan, tant ce titre peut façonner la tension dramatique d’une scène par sa seule présence. Beau comme un cadavre nu. Morbide, tétanisant. "Flaming September", possédée et larmoyante, m’évoque le générique d’un film que je n’ai jamais vu, un remake de Fuller par Polanski. De légers accents orientaux (à moins qu’ils ne soient latins) lui confèrent cette ambiance envoûtante et singulière, entre ombre et lumière. Pour "She", Badalamenti convoque les esprits des vieux films noirs, et les fantômes de mélodies italiennes presque irréelles, dans une atmosphère vénitienne et spectrale. La voix de Marianne reste sur le fil, à tutoyer les abysses. A nous chavirer. "Bored By Dreams" (avec quelques lignes dans un français délicieusement accentué) et "The Wedding", beaucoup plus ‘dansantes’ que le reste, mais somptueuses, sont davantage dans l’esprit de ce que Marianne faisait dans ses années new wave : une pop enjouée mais pleine de blessures secrètes. La voix de la belle étant toujours aussi grave, ces passages apparaissent finalement comme de brefs moments de lumière au milieu d’un océan de désespoir et de mélancolie. Ils savent mettent en valeur le reste de l’œuvre sans faire déplacés… le vague à l’âme de "Losing", pièce secrète et cajoleuse, ou la beauté épurée de "The Stars Line Up" ne sont pas en reste, tout est maîtrisé et grand de bout en bout dans cet album. L’association de Badalamenti et Faithfull est tout simplement grandiose et donne lieu à une fusion entre deux univers troubles d'un romantisme noir profond, dans le strict cadre de la chanson pop. Un oratorio sublime. Un disque d’ébène. Nocturne et bouleversant. (vendredi 16 novembre 2007)

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kama › mardi 3 mars 2009 - 14:34  message privé !

Petit air de Bowie, sur la pochette.

Potters field › mercredi 28 janvier 2009 - 11:59  message privé !

irina palm touch

Coltranophile › mercredi 28 janvier 2009 - 10:37  message privé !

Ah, ce Raven! Dès le début de la chronique, il cite Nico. J'avais pas lu la chronique en question et j'écoutais ce disque hier soir, me disant justement que ce disque me faisait le même effet que les disques de Nico malgré la distance stylistique. "The Stars Line Up" est juste une chanson divine. Et puis ce disque se finit sur le monologue de Prospéro de "La Tempête" qui un des plus beaux textes de Shakespeare.

Note donnée au disque :       
kama › dimanche 13 juillet 2008 - 16:15  message privé !
Ctrl + molette haut si tu as firefox, et tes problemes disparaissent.
robingoodfellow › vendredi 14 décembre 2007 - 22:06  message privé !
@ Geoo.... euh... jsuis assez vieux maintenant (41)...A vrai dire ce n'est pas longueur des textes , mais le format!! (un peu plus gros les caractères SVP!