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The Jesus Lizard › Goat

cd | 9 titres

  • 1 Then Comes Dudley
  • 2 Mouth Breather
  • 3 Nub
  • 4 Seasick
  • 5 Monkey Trick
  • 6 Karpis
  • 7 South Mouth
  • 8 Lady Shoes
  • 9 Rodeo In Joliet

enregistrement

Albini in da place

line up

Duane Denison (guitare), Mac Mcneilly (batterie), David Wm. Sims (basse), David Yow (chant)

chronique

Styles
rock
Styles personnels
noise rock

Vous connaissez l’histoire. On parle de Jesus Lizard à tout bout de champ, il a influencé machin, le gars il joue avec Patton, le chanteur il arrive bourré tout ça, mais en vérité personne ne connaît la moindre note d’aucun de leurs albums. La malédiction du culte, parait-il. Alors, pour paraître moins idiot quand on vous demandera de reconnaître le mime de « Then comes dudley » en le sifflotant et que vous nous répondrez The Cure (ahahah), je vous propose d’écouter « Goat ». Car le premier titre de ce pavé, épique s’il en est (une basse énormissime, un riff façon collage dans les neurones, un Yow qui gueule comme un putois), reste sans aucun doute le truc le plus accessible et limite stéréotypés des Jesus. Et accessoirement l’un de ses plus grands tubes. Parce qu’il est souvent difficile de se faire une idée sur la direction que prendra les prochaines chansons (le punk « Nub », le bluesy « Seasick » qui aura marqué nos amis d’Oxbow), de par son éclectisme – tout relatif – et ses compos plus « in your face », sans fioritures, « Goat » sert généralement d’excellente carte de visite pour les newbies que vous êtes. Parce que faut l’avouer sans honte, au début, Jesus Lizard ça fait peur. Moi aussi j’étais pas rassuré avec ce chant qui fait n’importe quoi, qui ne suit aucun rythme, qui gueule n’importe quoi n’importe comment. Et cette guitare qui sort des arpèges incongrus et dissonants, sans qu’on puisse se rattraper à autre que cette basse qui émerge de ce tas de goudron… Ouais, Jesus Lizard, c’est pas pour les fans d’Isis.

note       Publiée le jeudi 21 juin 2007

chronique

Styles
rock
noise rock
Styles personnels
noise rock sans muselière

Quatre lettres… à chaque fois quatre lettres, comme pour les albums de Fœtus. Alors que le concept reste flou chez Jim Thirwell, pour Jesus Lizard on comprend tout de suite : y’a quatre membres à égal investissement dans ce combo, quatre mecs liés ensemble comme les quatre doigts de la main (une réplique que j’ai vu dans Drop Zone avec Wesley Snipes, la classe hein ?) Dans la disco des Petits Lézards à la Croix de Bois, Goat fait figure de trublion. C’est le Bart Simpson de la famille, le merdeux qui fait des crasses à tout le monde, le cancre. Mais, paradoxe, c’est aussi le disque de la maturité (la vieille phrase toute faite), car tous les ingrédients du style Lizard sont réunis ici et se reproduiront presque à l’identique dans les deux albums suivants. C’est teigneux, c’est furibard, ça groove comme jamais, y’a plein de mélodies qui te marquent à vie, bref c’est jouissif… Dès "Then Comes Dudley", avec son riff strident, on comprend qu’on va prendre son pied tout du long. Car Goat est aussi l’album le plus dansant des JL, le professeur parfait pour faire tomber les filles au prochain bal de la Saint Valentin, avec toutes les danses qu’il t’appendra. Twist, tango, rumba, slow, flamenco, à travers le prisme albinien, tout ça n’aura plus de secret pour toi. Goat est nerveux et cabotin, Goat savate la gueule, Goat est métallique, rythmique, Goat ne se sirote pas : Goat se boit au shooter, cul sec. Trop court et intense pour être dégusté à la paille. Le son de Steve est aussi cru et organique que ce qu’on est en droit d’attendre de lui, bien plus appréciable que sur Pure et Head. Par rapport aux EP qui sonnaient bien ‘made at home’, le groupe a densifié son blues noise, injectant une bonne dose de fureur dedans : des riffs à convertir du bouddhiste en tueur de masse, un jeu de batterie à te faire pisser tes acouphènes, et une basse aux lignes priapiques dont la turgescence mettra à mal ton fondement. Et David, ah… David… ‘Les bonnes manières se barrent en vacances, l’alcool fait des ravages dans notre belle jeunesse, toutes les valeurs de notre société sont parties en cendres’ comme dirait mon grand-père. Meuh, rien à secouer papy, prend cette batte de base-ball et élague le terrain, qu’on puisse danser le twist en vomissant nos fonds d’alambic ! YAH, YAH ! YAW ! Yow ? Oui, Yow ! Bramant et schmectant à gorge déployée, David se donne entier, comme le lait U.H.T. Il gesticule avec sa voix, glapit, vomi, crache, couine, beugle, feule, on comprend qu’il souffre vraiment par moments ("Seasick", où il frôle l'infarctus) et c’est bouleversant. Il pleure et gueule, au fil des neufs tubes émaillant ce massacre bluesly : "Nub", hit punk tout droit sorti d’une aciérie, avec son riff de scie sauteuse et son déhanché Elvis plus dansant qu’un tir de mitrailleuse au milieu d’un cours de tektonik, fera de toi un cow boy déchaîné. L’ultime "Mouth Breather", au riff psychotique et spasmodique, te mettra dans un état d’excitation fatale, de stress délicieux, tu feras des gestes saccadés en suivant le chant plus malade et accrocheur que jamais de David : "I LEEEEEEAAAAAAVED MY HOOOOME, I LEEEEAAAAAVED A COUPLE WEEKS", et tu jouiras du sang sur le poster immaculé de Steve le binoclard. Une légende veut que depuis qu’il a entendu "Seasick", Eugene Robinson porte des couches sous ses slips. J’sais pas sur quoi c’est fondé, mais j’y crois. "Lady Shoes", parfait pour une course-poursuite avec le chat de la voisine, entrecoupé de breaks mélodiques pur jus, laisse KO sur le plancher. La ligne de basse recouverte de cambouis et les dissonances mélodieuses de "Monkey Trick" envoient dans le décor… eeet… Je me rend compte à l’écoute des aboiements de David que ce disque ressemble à un chien. Ouais, un chien. Une bête féroce et imprévisible, un doberman qui carbure au Jack Daniel’s et qu’on a lâché dans une nursery. TA nursery. La nurse c’est toi, et les bébés bien rangés dans leurs lits à barreaux, ce sont tes préjugés sur le rock’n’roll, tout ce que tu croyais vrai et qui se casse la gueule devant leurs petits corps déchiquetés, broyés par les dents du clébard fou. Ce disque décapite des lapins et t’envoie valser dans le fumier, c’est pas plus compliqué que ça mon pote. Ce disque coupe les doigts et met les talons en feu. Ce disque est rock’n’roll, ce disque est blues, écorché vif, il plombe tes ailes pour mieux te faire voler. Je ne préfère pas Goat à Liar ou Down, mais celui-ci, c’est un peu mon petit boutchou à moi, mon Jesus Lizard de défouloir complet, celui sur lequel je pars illico en breakdance, sachant qu’à un moment je me mettrai à baver du sang en ayant l’air hagard. Depuis que j’écoute cet album, mes amis m’appellent Travolta.

note       Publiée le mercredi 12 décembre 2007

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bubble › vendredi 10 juillet 2015 - 09:33  message privé !

pfiuu ca me rappel un concert mémorable au gibus en 92 ! putain 23 ans deja !

Raven › vendredi 10 juillet 2015 - 03:04  message privé !
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je dirais même presque musique concrete

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allobroge › vendredi 10 juillet 2015 - 00:58  message privé !

Génial cet album au rock étrange et unique, presque jazz ou progressif, à la fois déglingué ( ce chanteur à la voix improbable ) et précis ( quels musiciens ), groovy, mélodique et énervé. Inusable.

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boumbastik › vendredi 8 mars 2013 - 21:38  message privé !

Totale classe que ce groupe. Et ce bâtard de gratteux qui a tout compris à quoi faire, quand, et comment. Je vénère. Je suis vénère aussi, après écoute de cette torcherie, j'ai envie de casser un truc, n'importe quoi, mais cher de préférence.

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Raven › vendredi 8 mars 2013 - 17:28  message privé !
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curieux, moi il me donne pas du tout envie d'écouter Miles Davis, il me donne même plutôt envie d'en dire du mal, gratuitement...

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