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Company Flow › Funcrusher Plus

19 titres - 74:02 min

  • 01/ Bad Touch Example - 02/ 8 Steps To Perfection - 03/ Collude / Intrude - 04/ Blind - 05/ Silence - 06/ Legends - 07/ Help Wanted - 08/ Population Control - 09/ Lune TNS - 10/ Definitive - 11/ Lencorcism - 12/ 89.9 Detrimental - 13/ Vital Nerve - 14/ Tragedy Of War (In III Parts) - 15/ The Fire In Which You Burn - 16/ Krazy Kings - 17/ Last Good Sleep - 18/ Info Kill II - 19/ Funcrush Scratch

informations

Produit par El Producto (tracks: 1 to 8, 10, 12 to 18), Mr Len (11, 19), et Bigg Jus (9)

line up

El-P (Production, MCing, écriture), Mr. Len (DJing, Scratches, Cuts, co-prod sur la 17), Bigg Jus (MCing, écriture), Brewin, J-Treds, BMS (featurings)

chronique

  • underground > ass-whippin'

Quand sort ce Funcrusher + - originellement une version améliorée de leur double 12 pouces Funcrusher de 95 (dont il reprend 6 titres) devenu finalement album pléthorique - le hip-hop entame sa longue descente aux enfers… L’âge d’or est terminé, les très gangsta et sulfureuses années 90 sont passées par là, et la West Coast a en quelque sorte gagné la très débile guéguerre Est/Ouest. Après la débâcle Wu-Tang, personne ne s’attend à ce qu’un petit collectif multiracial obscur de New York surgisse et réinvente de nouvelles règles… Et c’est pourtant ce qui arrive en 1997 avec ce premier album sorti sur Rawkus (à l’époque vu comme l’arche de Noé échappant au déluge gangsta/puff daddisme/my ass), à la prod radicalement à contre courant des standards de l’époque (cheap, monochrome, et austère), concoctée par El-P, alias Don Digital, le geek barbu poil de carotte qui aura tant les faveurs du public electro. Ce premier album, donc, fera figure de tournant pour beaucoup de gens, bien que la vaste majorité du public semble encore ignorer son existence 10 ans après. Car tout le hip-hop « pour nerds » des années 00 prend racine ici, d’Anticon à MF Doom en passant par TTC. Mais bizarrement, cet album n’est pas mentionné très souvent, comme un Never Mind the Bollocks du rap qui n’aurait pas eu de Malcolm McLaren pour le canoniser. C’est pourtant presque tout le hip-hop chroniqué sur Guts qui est préfiguré sur ce disque. Rien d’étonnant finalement quand on s’aperçoit que Rawkus accueillait, avant Company Flow, les side-projects de Mick Harris ou James Plotkin ! Basses pesantes, rythmes chétifs et obsédants, sampling de Séries Z de science fiction, la production est à l’avenant du discours : impitoyable, entre éthique old-school et esthétique 100% Big Apple, c’est-à-dire cradingue, do-it-yourself, et sèche comme un coup de trique, à la 36 Chambers. Mais El-P ne fait pas qu’inventer un son, il rappe aussi, et à une vitesse affolante. C’est comme si toute la violence qu’il ne pouvait pas mettre dans la prod faute de moyens sortait par ses lyrics et son flow, intraitables, remontés à bloc. Company Flow a au moins eu le mérite de poser cette question cruciale à l’époque : ok, maintenant on a des productions hip-hop qui font envie aux rockers et qui dominent le monde, mais ou en est le flow ? D’ailleurs, on comprend pourquoi ils s’appellent Company flow à l’écoute de The Fire in Which You Burn, assommant concentré de rimes et de jeux de mots à l’instru atypique. Car les deux MC’s du groupe sont des drogués du flow, ça saute aux oreilles. Malgré le format et la densité hors normes de l’album, ils semblent pressés d’en rajouter, empiètent sur leurs couplets respectifs, quand ils ne rappent pas carrément à deux en même temps sur les refrains de Population Control - sur lequel leur message est délivré pur et brut de décoffrage ; rageusement éructé par Rugged Man par-dessus le chorus et indécelable sans manipuler le son ou sans les lyrics sous les yeux (en gros : « fuck les gros bonnets du rap, ça fait combien de temps qu’ils ont pas fait de battle ? » un plaidoyer pour un retour à l’esprit d’Eric B & Rakim, en somme). Un message
anti-majors, anti-compromission, anti-rap de merde (et y’a du boulot), bref : anti-bullshit. Comme le démontre cette rime : “Any rapper on a label should resign and quit/Taking back to kicking real shit” à la fin de “Legends”. Mais s’il faudrait un recueil entier pour recenser les lignes fracassantes, on peut mentionner « I’m leaving Las Vegas like a hundred flying elvises » (Bad touch) et “I’ve got more styles than pagers from Motorola” sur “Silence”, qui se paie également le luxe de sampler Vampire Hunter D, tandis que « Help Wanted » et « Population Control » recèlent des cuts de La Montagne Sacrée de Jodorowski. S’il se révèle, par son ascétisme et son homogénéité, tout aussi aliénant que le hip-hop commercial qu’il critique amèrement, Company Flow élève indéniablement le niveau… Et puis après tout, il en faut bien, des albums « inaccessibles au néophytes »… Parmi les tueries se détachent « Definitive », sur laquelle El-P couche tout le monde à lui tout seul, vitupérant tandis que Mr Len scratche sur le sample le plus explicitement intègre qu’on puisse trouver (KRS One qui éructe « Live and Direct ! »), « 89.9 Detrimental », 1 minute comme arrachée à un freestyle d’El-P en studio sur une instru bontempi préhistorique, et surtout « Vital Nerve », LE carnage du disque, qui continue sur la même instru cheapos ridicule, et qui contient un sample qu’utilisera Lauryn Hill un an plus tard pour sa reprise de Can't Take My Eyes Off You !
Et puis, derrière la haine, derrière la colère de voir le hip-hop s’enliser dans le bling-bling, derrière les flows percutants et torrentiels, il y a Last Good Sleep, illustration de la fragilité de cette nouvelle génération de MC’s, pour qui les instrus sombres et les beats rances ne sont pas qu’une pose, mais bien l’expression d’un malaise. Malaise qui rejette la misogynie et l’inhumanité latente du milieu hip-hop (ici représentée par un beau-père violent), mais qui semble malgré tout les étouffer. « At night I cover my ears in tears/The man downstairs must have drank too many beers ». L’album se termine ensuite dans une indescriptible atmosphère de suicide sans émotion, comme une lente dérive vers la mort, sereine et anesthésiée... avant une coupure abrupte et terrifiante, inutilement prolongée (inutile d’écouter le disque d’une traite) par une ultime pirouette de Mr.Len qui conclut ainsi ce manifeste tendu et retrofuturiste qui comptera tant pour les générations futures… ouf.

note       Publiée le dimanche 17 juin 2007

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    luapluap Envoyez un message privé àluapluap

    Le flow d'El-P est vraiment une plaie, zéro charisme et ça rappe vite pour rapper vite...

    empreznor Envoyez un message privé àempreznor

    merci +

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    Damodafoca Envoyez un message privé àDamodafoca

    deterrons ce disque pour rappeler qu'il vient d'être réedité chez Def Jux. Un moyen pour ceux qui ne l'aurait pas fait de se le procurer?!

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    ACA Envoyez un message privé àACA
    Finalement, je retire ce que j'ai dit, je suis devenu un fan de l'ensemble ! Ça fait une semaine que je me le passe 3 fois par jour et j'en redemande ! Plus je l'écoute, plus je découvre des tueries : Info Kill II, Defnitive, Silence (pour le 1er couplet qui DÉCHIRE de Big Juss) et Collud-Interlude ! Bref, je mange Co Flow matin, midi et soir.
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    empreznor Envoyez un message privé àempreznor
    apres avoir réécouté quelques milestones du hip-hop (wu tang, Madvillain, El-P, Dalek), celui-ci sort du lot, vraiment extraordinaire, surtout le debut de l'album; quel flow et quelles instru! Je kiffe la chro (comme souvent avec dariev, c'est haute qualité garantie) mais je comprends pas la note.
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