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Edouard Artemiev › Tarkovski par Artemiev : Solaris, Le miroir, Stalker

  • 2002 - Milan, 198 965-2 (1 cd)

cd | 13 titres

  • 1 Stalker-Theme [4:25]
  • 2 Stalker-Train [4:43]
  • 3 Solaris-ILL [4:41]
  • 4 Solaris-Station [3:27]
  • 5 Solaris-Listen To Bach (The Earth) [3:10]
  • 6 Le miroir-Exodus [7:05]
  • 7 Stalker-They Go Long [4:42]
  • 8 Solaris-Dream [7:06]
  • 9 Stalker-Meditation [5:26]
  • 10 Solaris-Ocean [11:42]
  • 11 Solaris-Picture P. Brueghel "Winter" [5:30]
  • 12 Solaris-Return... [4:41]
  • 13 Hommage à A. Tarkovski [9:23]

enregistrement

Studio Le Roy, Studio Artemiev, Studio Moscow.

line up

Edouard Artemiev (réalisation sonore).

chronique

Dans mon souvenir, sans doute parce que je l'associais à l'émotion ressentie lors du visionnage des films, la musique qu'Artemiev avait composée pour quelques-uns des chefs-d'oeuvre cinématographiques d'Andréï Tarkovski était une sorte de musique électro-acoustique avant-gardiste intensément évocatrice et puissante. C'est parfois le cas, en effet. Pourtant, c'est une petite déception qui a globalement dominé à l'écoute de la "vision" d'Artemiev dénuée de celle de son prestigieux compatriote et ami. Car là où je m'attendais à du Pierre Henry sous acide, n'est à certains moments apparu qu'un comparse soviétique de Klaus Schulze ou (pour prendre des références dans la musique de film) de Walter/Wendy Carlos et Vangelis, c'est-à-dire un type audacieux qui expérimente, certes, avec le dernier cri des synthétiseurs que lui offrait son époque (en l'occurrence les seventies), mais qui a parfois la fâcheuse tendance d'endormir l'auditoire sous de longues nappes planantes et une esthétique cruellement vieillie. J'ai par exemple bondi de mon fauteuil en entendant le "thème" de Stalker ouvrant ce disque, sirupeux et monosémique à souhait. La reprise de Bach au synthétiseur pour Solaris ne fait guère meilleure impression, rappelant le pire de Walter Carlos. Mais commençons par le commencement. Alors que Tarkovski vient de voir "2001 l'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick, film dont l'esthétique l'écoeure profondément, il décide de réaliser lui aussi un film de science-fiction, qui répondra à ses propres attentes dans ce genre. Il s'agit de "Solaris" en 1972 (dont George Clooney a naguère fait un remake insipide). Si Solaris est loin d'être une entière réussite, il n'en demeure pas moins une vision poétique puissante à l'onirisme troublant. À cette occasion, Tarkovski fait appel à Artemiev, compositeur qui se passionne pour les nouveaux media électroniques et synthétiseurs, pour la première de leurs trois collaborations. Étrangement, cette B.O. s'avère être la plus convaincante : des distorsions acides et dissonnantes de "ILL" jusqu'au maelström furieux de "Ocean" en passant par la transe technoïde de "Station" ou les ténébreux errements de "Dream". Artemiev est dans son élément lorsqu'il ne se préoccupe plus que d'ambiances, laissant de côté la "dramaturgie" musicale, la narration, souvent inhérente à l'illustration sonore d'oeuvres cinématographiques. Avec "Le miroir" en 1974, Tarkovski nous livre une sorte d'autobiographie sous la forme d'un récit d'initiation fragmenté et labyrinthique, film étrange, fascinant et déstabilisant à bien des égards, qui inspire à Artemiev un cauchemar strident : l'impressionnant "Exodus". Enfin vient le second film de science-fiction de Tarkovski, "Stalker" (1979), qui est lui un chef-d'oeuvre incontestable, la vraie réponse à "2001..." (contrairement à "Solaris") : un film contemplatif, poétique et métaphysique ; la perfection plastique et l'épure totale ne masquent pas un seul instant le suspense haletant de ce film d'anticipation de 140 plans (pour deux heures et demie) ne contenant pas un seul effet spécial ou presque. Mais le lieu n'est pas ici à faire de la critique de cinéma, dommage en l'occurrence car la musique seule offre un intérêt bien moindre. Ceux qui ont vu le film se souviennent sans doute de ce très long plan dans lequel les trois protagonistes empruntent une draisine pour pénétrer dans cette fameuse "zone" interdite (où des créatures extra-terrestres auraient stationné puis d'où elles seraient reparties, laissant derrière elle des objets et des lieux emprunts de magie et de phantasme, où les désirs se réaliseraient). Le ton passe alors du sépia à la couleur vive (qui symbolise la zone) ; durant plusieurs minutes, Solonitsyne est filmé en gros plan tandis que défile derrière lui le paysage. Ici, les échantillons de train utilisés par Artemiev mêlés aux nappes synthétiques attirent l'attention, dans la mesure où la distorsion qu'il leur impose progressivement peut refléter l'ambiguité ou l'altération des sentiments du personnage à l'approche du mystérieux sanctuaire. Pour le reste, le lyrisme trop marqué de la partition, apprécié hors du contexte cinématographique, fait assez mauvais effet. En conclusion, ceux qui s'intéresseront réellement à un tel disque seront bien davantage les mélomanes curieux de découvrir la musique electro/ambient des pionniers que les amoureux du cinéaste russe. À moins que les deux catégories, incidemment, ne se confondent.

note       Publiée le mardi 2 janvier 2007

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Spektr › mardi 2 février 2010 - 00:01  message privé !

C'est marrant Stalker n'est de loin pas mon préféré du maître Tarkovski (ou devrais-je dire Dieu finalement?). Je lui préfère le Miroir par exemple, plus labyrinthique certes, mais jusqu'en boutiste, et d'une perfection visuelle absolue. Après... De toute façon, les films de Tarkovski sont certainement les plus beaux films au monde tout simplement, que l'on préfère L'Enfance d'Ivan, Andrei Roublev, Le Miroir, Le Sacrifice, Stalker, Solaris ou Nostalghia, ça ne fait pas de grande différence. Et puis on est déjà bien assez frustré de voir au combien tout le reste peut paraître bien pâle à côté de Ses films.

mangetout › vendredi 9 janvier 2009 - 17:19  message privé !

J'ai ce disque depuis de longues années et je n'arrive pas à l'expliquer, quand Trimalcion parle du trouble à son écoute et du décalage entre ses souvenirs et la musique sortant de ce CD, on ne peux qu'acquiescer, quand il parle du thème de "Stalker" comme quelque chose de "sirupeux et monosémique à souhait" ce qu'il est réellement, rappelant les pires horreurs new-age, il ne correspond en rien à ce qu'on pouvait produire au début des années 70, la flute se fait reconnaitre à plusieurs reprise comme étant un sample grossier (modification du timbre dans les changements de hauteurs) digne d'un preset de clavier Yamaha bon marché chose qui ne pouvait exister à l'époque. Je n'ai pas vu "Stalker" mais je doute que ce soit la musique originale qui figure dans ce CD, alors que dans le livret rien n'est indiqué quant à une possible nouvelle version. Le reste du disque est du même tonneau, quand on sait que la musique de "Solaris" a été composée et jouée sur l'antique synthétiseur ANS (qui marchait avec un système d'interface graphique, sans clavier) on a de quoi se poser de sérieuses questions sur la validité historique des bandes que nous entendons dans ce disque (la boite à rythme sur "Solaris - Station" façon Linn Drum fallait oser quand même).

viandes › dimanche 14 décembre 2008 - 11:05  message privé !

Stalker évidemment ! et.. je viens de découvrir l' album Tilt De Scott Walker.. écoutez le morceau Bolivia '95.. on est dans La Zone là. on est dans La Zone..

saïmone › mardi 2 janvier 2007 - 20:58  message privé !
avatar
Stalker est favori, mais Le miroir n'est pas loin; le sacrifice aussi
torquemada › mardi 2 janvier 2007 - 20:57  message privé !
Comme tout le monde ici, il semble, ma préférence va à "Stalker" (devant "Andrei Roublev") que cette chronique m'a donné envie de revoir sous peu.