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Boards Of Canada › Music has the right to children

  • 1998 • Skam SKALD001 • 1 CD

cd • 18 titres • 70:54 min

  • 1Wildlife Analysis1:15
  • 2An Eagle In Your Mind6:25
  • 3The Color Of The Fire1:45
  • 4Telephasic Workshop6:35
  • 5Triangles & Rhombuses1:50
  • 6Sixtyten5:48
  • 7Turquoise Hexagon Sun5:07
  • 8Kaini Industries0:59
  • 9Bocuma1:36
  • 10Roygbiv2:31
  • 11Rue The Whirl6:39
  • 12Aquarius5:58
  • 13Olson1:31
  • 14Pete Standing Alone6:07
  • 15Smokes Quantity3:07
  • 16Open The Light4:25
  • 17One Very Important Thought1:25
  • 18Happy Cycling7:25

line up

Marcus Eoin, Michael Sandison

remarques

La réédition de 2004 comporte le bonus track « happy cycling »

chronique

Styles
ambient
electro
trip hop
Styles personnels
idm

Pour ceux qui ne connaissent pas l’univers du groupe, c’est par ici qu’il faut y entrer… Voici leur travail le plus accessible et chaleureux et paradoxalement, le plus hétérogène. Passons sur le traumatisme qu’a généré ce disque dans la scène electro de l’époque (tout le monde a voulu faire pareil, blablah, personne n’y est parvenu, blablah…), ainsi que sur le cliché récurrent qui veut que Boards Of Canada fasse une musique d’autiste bloquée sur les thèmes de la nature et de l’enfance. A la lumière de ce grand disque candide, la nature apparaît certes comme l’une des principales inspirations du duo, mais peut être pas autant que les œuvres de Tangerine Dream par exemple. Toutefois, mettons les point sur les « i » : ceci n’est pas de la berlin school, et encore moins de l’ambiant. Les nappes de synthés si caractéristiques du duo sont trop hachées par des cut-ups de rythmes pour cela. Le hip-hop a toujours été l’élément terre à terre de BoC, et ce premier album en regorge dans ses moindres chaloupements. L’ouverture, sorte d’improvisation ambient pastorale et figée, s’intitule « Analyse de la vie sauvage ». Un hommage à l’office national du film du Canada, la matrice de la musique des frères Sandison. Suit « An Eagle In Your Mind », long morceau désertique plein de buée, parcouru par des samples lointains, à la progression mystérieuse : tout est en demi-teinte, caché. BoC crée une musique aussi peu démonstrative techniquement que profonde. L’oreille ne décèle rien de particulier (si ce n’est un « I Love You » incongru et isolé au milieu du morceau), mais le subconscient absorbe. L’élément le plus parlant, c’est encore le silence, l’espace laissé entre les samples, par exemple. BoC joue avec le vide comme aucune autre formation. Après ce morceau nocturne, vient le lever de soleil (The Color Of The Fire), puis la pluie. « Telephasic Workshop », c’est le son des gouttes de pluies qui s’abattent dans la forêt, des insectes qui s’affairent… Au fil de ce très long disque, BoC dévoile une mécanique encore inédite, fortement inspirée du son shoegazing comme un témoigne le drone de « Olson »… Et ce n’est pas là la seule filiation avec les regardeurs de chaussures. « Music has the right », en réalité, est un disque « jumelé » avec « Isn’t Anything » de My Bloody Valentine ! Ceux qui doutent d’une telle affirmation peuvent toujours comparer les artworks : même police Bauhaus, même visages effacés, même disposition. Quand à la musique, elle possède le même pouvoir d’attraction immédiate, la même résonance intérieure, la même sensibilité à fleur de peau, même si les outils sont différents. On peut penser également à Pink Floyd ou à Air, autres groupes à la musique relativement simple, mais sujets aux extrapolations les plus farfelues, du fait de leur statut culte. L’apaisé « Open The Light » peut d’ailleurs rappeler le duo français, et recèle des constructions harmoniques comme le duo n’en a encore jamais osé et n’en osera plus. « Pete Standing Alone » crépite comme un train à vapeur, les effets rajoutant à l’impression de bruits de locomotive, lancinants, confortables. Le dodelinant « Roygbiv » évoque un lever de soleil hivernal sur une campagne écossaise verdoyante… Des papillons virevoltent, quelques rayons de soleil lascifs transpercent le feuillage des arbres, une brume rose se dissipe… L’album se clôt sur un message anti-censure (seul message non caché de tout le disque), « One Very Important Thought », explicite et intelligent, que « Happy Cycling » prolonge de 8 minutes de notes vaporeuses et de cris de mouettes (sur la réédition de 2004). Au final, curieux de constater que contrairement à la réputation que peut avoir cet album aujourd’hui culte, « Music Has The Right… » n’est jamais qu’une succession de vignettes ambient plus ou moins longues, sans réel rapport entre elles (certains morceaux proviennent de sorties précédentes); essentiellement constituées de loops et de claviers trafiqués proches de la musique électronique planante des 70’s, posés sur des beats hip-hop relativement structurés (pour une sortie Warp s’entend)… Bref, quelque chose de très basique, rien d’intellectuel… Même si les interprétations de chaque titre de chansons pullulent sur internet à en donner le vertige. Non, nos deux écossais prennent simplement leur mal en patience pour vieillir leurs bandes audio et concocter ainsi ce son très légèrement dissonant qui – et c’est là le vrai mystère – réveilla chez des milliers d’auditeurs des souvenirs d’enfance enfouis. De la même manière, si un morceau ne nécessite pas plus d’une minute trente pour être magnifique, il ne récoltera pas plus de temps de la part du groupe… si il faut prendre six minutes, ils les prendront. On sent bien que chez eux tout est produit à l’instinct. Pas un disque expérimental donc, ni un concept album (contrairement à son successeur). Mais sa force évocatrice démesurée a poussé bien des auditeurs à se creuser la tête pour y déceler des sens cachés… Tant d’efforts pour essayer de cerner ce qui est incernable : l’émotion.

note       Publiée le jeudi 21 septembre 2006

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Note moyenne        22 votes

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Aladdin_Sane › mercredi 27 novembre 2019 - 13:40  message privé !

A noter qu'une Peel Session de BOC vient de sortir dans un coffret WARP avec des morceaux de "Music has the right to children" et une rareté de l'époque nommée "XYZ".

nowyouknow › dimanche 24 juin 2012 - 12:36  message privé !

"dans le même ésprit", tides d'arovane est un très bon album également.

Note donnée au disque :       
Jean Rhume › jeudi 31 mai 2012 - 14:32  message privé !

Merci pour le conseil ! J'avais remarqué qu'il était souvent question de ce groupe et de cet album ici, j'avais déjà essayé mais je vais aller le réécouter (bon là, il y a Tutube qui me fait le coup du coinçage de vidéo au bout de 30 secondes, je réessaierai...).
Mais alors mauvaise foi, parti-pris ou pas, je suis pas sûr qu'ils arriveront à détrôner les Boards in my heart car de l'électronica disons "intimiste et crépusculaire" j'en connais un peu mais pour moi, les Boards ont vraiment leur son à eux, leur univers, un truc particulier qui les démarque de toute cette "scène".
Ces espèces de nappes de synthés à moitié fausses, à la fois glaciales, chaudes et enveloppantes, je sais pas comment dire mais ça me tourneboule le giboulin. Bon ça marche pas tout le temps, en plein après-midi ça se vautre généralement mais quand t'es dans le bon mood (c'est-à-dire mélancoliquement et sereinement tristounet > ?), c'est incroyable. je ne les écoute pas pendant des mois mais quand je retombe dans la marmite, je peux écouter ça pendant des heures et sans avoir à sauter un morceau ou penser "mouais ce morceau-là est moins bon". Non ça te prend comme une mer (comme disait Baudelaine).

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Seijitsu › jeudi 31 mai 2012 - 10:11  message privé !

Dans le même esprit, Seijitsu vous recommande: http://www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=14176

Et c'est encore meilleur que cet excellent album à mon avis.

Note donnée au disque :       
Jean Rhume › mercredi 30 mai 2012 - 23:16  message privé !

Rhooo, même pas une chro de Geogaddi... Des génies ces gars-là, rien d'autre. Un boulage pour l'ensemble de leur oeuvre. RIEN à jeter, même s'il y a du moins bon dans les débuts. Un son, une cohérence, une poésie, une unité, une personnalité, une distinction à toute épreuve. Un univers entier.

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