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Sonny Rollins › East Broadway run down

3 titres - 38:34 min

  • 1/ East Broadway Run Down (20:23)
  • 2/ Blessing in Disguise (12:21)
  • 3/ We Kiss in A Shadow (5:37)

enregistrement

Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, New Jersey, USA, 9 mai 1966

line up

Jimmy Garrison (contrebasse), Freddie Hubbard (trompette), Elvin Jones (batterie), Sonny Rollins (saxophone ténor)

remarques

Il s'agit du pressage cartonné japonais à tirage limité

chronique

Styles
jazz
Styles personnels
post bop > free jazz

Il fallait bien que ça arrive ; "East Broadway Run Down" est la réponse de Sonny Rollins au courant free. Ou, en tout cas, c'est apparemment comme ça qu'on essaye de nous le présenter. De toute façon, tout l'y appelait. À commencer par le contexte, Bob Thiele poussant le vice jusqu'à mettre dans les pattes du saxophoniste les laissés pour compte de l'aventure Coltranienne, Jimmy Garrison et Elvin Jones. Et qui retrouve-t-on au milieu de tout ce beau monde ? Cette blatte de Freddie Hubbard qui a depuis longtemps compris qu'une réputation, cela peut aussi s'acquérir par des pistons bien placés. Saxophone, trompette, batterie, contrebasse... Et que dire de la pochette ? Si tout ceci ne vous rappele pas la formule magique du quartette d'Ornette Coleman, alors c'est que vous ne vous sentez en rien concernés par tout ceci. Mais merci de me lire tout de même. Car, si l'intention est claire, le résultat, lui, est très en deça des espérances. Et je pèse mes mots. Une plage titre interminable, hésitante, laborieuse, tirant inutilement en longueur et où finalement rien ne se passe. On entend Jones, beaucoup, Garrison, pas mal, mais les interventions de Rollins et de Hubbard sont vraiment sporadiques, montre en main, exception faite du thème repris à l'unisson. Mais même celui-ci ne peut prétendre rivaliser avec les abstractions harmoniques de leur illustre prédécesseur. Et ce ne sont pas les quelques stridences contenues en bout de course qui pourront y changer quoi que ce soit. Se frotter à une forme artistique qui s'emploie à briser les conventions et qui sonne au final très convenu, ça me pose problème. Même Jackie McLean, dans ses exercices crossover, affiche un profil beaucoup plus convaincant. Un titre le cul entre deux chaises en somme, qui pêche par un manque évident de cohérence dans la démarche. Ce morceau représentant à lui seul la moitié du disque, c'est sur les épaules de "Blessing in Disguise" et "We Kiss in A Shadow" que repose donc l'espoir de sauver l'album du naufrage intégral. Le premier est mollasson, mais Rollins y est tout de même nettement plus présent. Le second est excellent, mélancolique et coloré à la fois, mais hélas bien trop court que pour inverser durablement la tendance. Au sortir du disque, son écoute ne s'est pas avérée pénible, juste décevante. Je laisserais seuls juges ceux que ça intéresse quant à la réelle pertinence de ce disque. Quoi qu'il en soit, "East Broadway Run Down" marquera un second point d'arrêt longue durée dans la carrière de Sonny Rollins, celui-ci se mettant une fois de plus volontairement à l'écart de toute activité studio pour ressurgir quelques six années plus tard sur le label Milestones, alors très en vogue dans le giron fusion. Parce que, oui, timidement, Sonny Rollins y goûtera aussi !

note       Publiée le lundi 26 juin 2006

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Coltranophile › mardi 20 novembre 2007 - 10:40  message privé !
Le problème du fameux morceau-titre, et ce qui fait une partie de son charme, ne tient pas tant au coté discret des interventions des solistes ( à mon sens, Hubbard est impérial sur son solo) mais à une forme de conflit entre Rollins et la section ryhtmique. A l'époque Rollins n'en était pas à son coup d'essai free, il était en plein dedans depuis son "Sonny Meets Hawk" et surtout "Our Man Is Jazz" avec une partie de la section d'Ornette (il avait même tourné avec cette formation). Et pour peu que l'on ait écouté "Ornette On Tenor", on s'aperçoit bien dans quelle direction tire Rollins. Et comme quand Ornette se frotte à la section de Coltrane, le résultat est étrange, ce phrasé elliptique, évasif, planant au-dessus du ryhtme, Rollins l'a fait sien et contre une telle force motrice que le duo Garrison/Jones, ça donne des moments merveilleux et parfois ça coince sérieusement. Mais ce titre reste d'ailleurs un titre-phare, Vandermark l'ayant repris plusieurs fois, David S.Ware également (ce dernier ayant affirmé qu'il s'agissait d'un des titres qui l'ont le plus influencé).
Note donnée au disque :       
heirophant › lundi 26 juin 2006 - 18:47  message privé !
étrange, east broadway run down est pour moi un des meilleurs titres de jazz de tous les temps! le sax de rollins, tout en notes discrètes, est vraiment magique, et le bougre de hubbard que tu n'aimes pas sort quand meme encore un super solo, tout comme jones et garrison, au meilleur de leurs formes. la fin du morceau est très bizarre, avec ces échos venant de nulle part...nan vraiment, il est géniale ce titre!
Note donnée au disque :